vendredi 15 janvier 2016

Le classique du mois : De Sang-Froid de Truman Capote

De Sang-Froid de Truman Capote

Folio, 1972, 512 p., 9,20€


Résumé :

Il était midi au cœur du désert de Mojave. Assis sur une valise de paille, Perry jouait de l'harmonica. Dick était debout au bord d'une grande route noire, la Route 66, les yeux fixés sur le vide immaculé comme si l'intensité de son regard pouvait forcer des automobilistes à se montrer. Il en passait très peu, et nul d'entre eux ne s'arrêtait pour les auto-stoppeurs... Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l'argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert.

Mon avis : 

Petite précision : j'ai lu ce livre en participant au Book Club de chez Gaby. Ce livre traînait dans ma bibliothèque depuis un jour fort lointain où je m'étais dit de façon très intelligente que je n'avais quasiment lu aucun des classiques de la littérature américaine et que j'en avais acheté une paquasse. Sans les lire, donc. Parce qu'après, j'ai oublié. C'était donc l'occasion de le ressortir. Nous avions jusqu'au 14 janvier pour le lire, je l'ai fini dimanche soir, donc, banco pour la chronique.

Dans ce livre, on suit, comme le résumé ne nous l'indique pas, deux voyous un peu losers qui vont commettre un quadruple meurtre. Je ne spoile rien, c'est dans les premières pages que ça se passe. Ce qui va être intéressant, c'est de comprendre leur évolution, ce qui les amène à ce moment-là, bien au-delà de l'enquête policière. Le vrai sujet n'est pas tellement le meurtre, que la façon dont deux "simples" marginaux en viennent à tuer.
Il faut aussi savoir que Capote a écrit ce roman  suite à un fait divers (il s'est d'ailleurs installé quelque temps à Holcomb où les meurtres ont été commis afin de s'imprégner de l'ambiance et d'interroger les habitants) (ça, c'est mon anecdote pour briller dans les dîners mondains auxquels je n'assiste pas).
Sachant cela, vous pouvez imaginer mon intense frustration en début de lecture. L'auteur nous présente en effet la petite famille qui va mourir. Oui, ça aussi c'est annoncé. On ne sais pas qui, on espère que ce soit plus tard, on commence à s'attacher aux personnages, et ben non.
Capote, c'était un peu le G.R.R Martin d'avant que ce soit hype de tuer tous ses personnages.
Passé ce choc, et en parallèle, j'ai rencontré Dick et Perry, nos deux braqueurs à la petite semaine (qui m'ont un peu fait penser au couple qui braque le diner dans Pulp Fiction dans leur lose de départ). Malgré ce côté "galérien", les deux personnages m'ont mise assez mal à l'aise.
Perry est particulièrement dérangeant. Pour lui, tuer, ce n'est rien, pas de quoi casser 3 pattes à un canard. Il n'a littéralement aucune conscience. Mais à côté, plus ça va, plus on a l'impression qu'il vit simplement dans un autre monde, comme un gamin qui serait resté persuadé que les histoires de pirates et de trésors cachés existent encore. Sa motivation, à lui, ce n'est pas d'être riche, ou d'avoir du pouvoir. Lui, il veut découvrir des trésors avant les autres, pour la seule gloire de la découverte. Il veut voyager à travers le monde, la guitare en bandoulière. On a finalement l'impression que c'est un pirate, vraiment dans la vision romantique qu'on peut en avoir et pas selon la réalité historique de la chose, qui se serait planté de siècle. Voire de monde.
Et il y a Dick. Dick est plus banal, parce que Dick veut juste être riche. Dick a aussi un côté attachant, il pense notamment beaucoup à sa famille. Mais c'est celui des deux que j'ai vraiment trouvé le plus perturbant. Il manipule son complice sans aucun remords, achète son amitié par des flatteries pour qu'il l'aide à remplir ses objectifs, lui ment sur ses ambitions futures, en lui faisant croire qu'ils vont effectivement partir à la recherche de cartes au trésor une fois qu'ils auront accumulé du cash.

Je n'ai pas passé un bon moment de lecture. Il a fallu que j'y revienne à plusieurs reprises, que je l'entrecoupe de choses plus légères. Mais c'est un bon livre. La psychologie des personnages est génialement bien construite, le rythme est parfait, il n'y a pas de lourdeurs dans l'écriture (chose que j'appréhende toujours un peu avec les "classiques", même si celui-ci est plus récent). Mais rentrer autant dans la tête de criminels est très perturbant, au final.
D'ailleurs, Truman Capote a carrément fini par tomber en dépression suite à la rédaction de ce roman. Voilà. Pour vous donner une idée de la digestion du machin.
En tout cas, je suis très contente de l'avoir lu (et de l'avoir fini...)

Les + :

  • La psychologie des personnages, crédible, fouillée et intelligente.
  • L'écriture fluide qui facilite la lecture, on n'a pas l'impression de lire un reportage ou un documentaire, justement, malgré le travail de documentation indéniable fourni par l'auteur.

Les - :

  •  L'ambiance qui se dégage du livre, qui est assez pesante, ou du moins, qui m'a mise mal à l'aise.

7 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas du tout ce livre, honte à moi ! Mais voilà oulala, certes ça a l'air d'un bon livre, mais il ne faut vraiment pas que je le lise en ce moment ! Je me le note pour quand la déprime hivernale m'aura quitté :p

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne dirais pas qu'il est déprimant, mais l'ambiance est un peu pesante, et il fait vraiment réfléchir en fait.

      Supprimer
  2. Il faudrait que je lise du Truman Capote c'est un grand auteur :)

    RépondreSupprimer
  3. Dick et Perry sont vraiment marquants, on dirait qu'ils n'ont aucune conscience de leurs actes. Ils m'ont pas mal marquée. Merci d'avoir participé au club de lecture !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce fut avec plaisir ! Je remets ça dès que je suis un peu plus dispo ou que tu proposes un livre que j'ai déjà :)
      Je viens de voir ta chronique, d'ailleurs !

      Supprimer
  4. J'ai beaucoup aimé ce roman, découvert il y a peu. J'ai trouvé la psychologie des personnages très développée et passionnante et l'écriture très belle. L'atmosphère dont tu parles est certes pesante, mais elle m'a parue renforcer le côté très réaliste de l'histoire. J'ai passé un très bon moment de lecture.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il a fait un gros gros travail de recherche, il a même rencontré un des deux compères, du coup ça sonne forcément très juste.
      J'avais aussi passé un très bon moment !

      Supprimer

Laissez une petite trace de votre passage :)