vendredi 18 mars 2016

Chronique : Anomalia

Anomalia de Laura Gustafsson

Grasset, 2016, 297 p., 20€

Contemporain


Résumé :

Dans les années 1920, au cœur de la forêt indienne, une meute de loups terrorise les villageois. Parmi ces bêtes, deux têtes blondes – deux fillettes sauvages, bientôt recueillies par le pasteur Singh dans son orphelinat pour être « civilisées ». Quelques années plus tard, une hôtesse de l’air, enceinte, apprend que son enfant est atteint de trisomie, et prend alors une décision aussi étrange que fatidique. Le même jour, un fait divers atroce défraie la une de tous les journaux anglais : la mort d’un tout jeune enfant, martyrisé par une mère immature et un beau-père sadique. À travers ces trois destins entremêlés, Laura Gustafsson dresse avec audace et humour le portrait glaçant du monde que nous partageons, gouverné par la cruauté, la bêtise et l’indifférence. Un monde où, plus que jamais, l’homme est un loup pour l’homme.

Mon avis :

J'avais d'abord été attirée par la couverture, puis par le résumé.
Au final, je ressors avec un sentiment assez étrange de cette lecture, qui se décompose en plusieurs parties, chacune s'attardant sur un point de vue et des situations bien différentes qui se rejoindront dans un final assez chaotique.
Ces trois premières parties ont sans conteste été de "bons" moments de lecture, même si les thèmes abordés en filigrane mettent de plus en plus mal à l'aise (soutenus par une écriture de plus en plus incisive).
Dans la première, on retrouve une hôtesse de l'air de 45 ans. Enceinte alors qu'elle ne l'avait ni planifié, ni souhaité, et qui plus est d'un enfant porteur de trisomie 21, elle va devoir faire un choix.
La seconde semblera familière à tous ceux qui se sont plus ou moins penchés sur la notion de l'enfant "sauvage". On y retrouve le révérend Singh, directeur d'un orphelinat en Inde, qui va tenter de "civiliser" deux petites filles élevées jusqu'à présent au sein d'une meute de loups.
Enfin, c'est le point de vue d'une jeune mère de famille désemparée que l'on suit. C'est le récit qui m'a mis le plus mal à l'aise. Extrêmement malsain, j'avais du mal à lire mais paradoxalement, je n'ai pas pu lâcher le livre avant d'avoir terminé cette partie, comme si j'avais l'espoir que les choses s'arrangent finalement SPOIL alors que ce n'est clairement pas le ton du roman /SPOIL. J'ai donc été encore plus touchée par cette partie.

En filigrane de ces trois textes, on retrouve le thème de la nature humaine et animale, même si l'auteure nous montre clairement qu'elle estime bien plus les seconds que les premiers. L'enfance (dans ce qu'elle a de plus innocent), et le rôle de parents, ou du moins de tuteur, dans le sens très littéral "qui aide à grandir, à survivre" sont au cœur du propos et nous font nous questionner sur les dérives que l'on retrouve fréquemment dans les faits divers et la notion même d'humanité.
Jusque là, tout se passait bien, donc.
Malheureusement, un chapitre est venu complètement discréditer la lecture pour moi. Ici, l'auteure s'adresse directement au lecteur et je n'ai pas du tout apprécié cette partie. Tout d'abord, elle se montre extrêmement moralisatrice, portant à bout de bras un discours qui non seulement n'a rien à voir avec le propos du roman mais en plus tend parfois vers l'absurde (comparant la maltraitance parentale amenant à la mort aux personnes ayant un régime alimentaire incluant de la viande). Pour moi, ça n'a vraiment pas fonctionné, j'avais l'impression d'être face à un cliché ambulant pro-végétarien, du genre qui donne naissance à des memes sur 9gag ou 4chan. J'ai vraiment eu l'impression que l'auteure ne se faisait pas confiance et voulait à tout prix faire passer son message aux lecteurs, quitte à leur enfoncer à coups de marteau dans le crâne. Bref, j'ai un peu eu le sentiment qu'elle prenait le lecteur pour un abruti ayant besoin de sous-titres. Et, pire que tout, ça m'a un peu fait oublier le reste du roman, pourtant très intéressant à lire.
De plus, le final où l'on retrouve certains protagonistes des différents récits m'a semblé assez factice, comme s'il fallait absolument que ces récits soient liés physiquement à un moment pour que son roman prenne corps (d'autant qu'il me semble qu'il y a un petit problème de temps, puisqu'on retrouve des personnages du récit dans l'Inde des années 20 côtoyant les autres personnages qui vivent au plus tôt tout début 2000, puisqu'on y trouve une mention à Britney Spears + il s'agit visiblement d'un histoire vraie romancée qui avait fait les choux gras de la presse britannique en 2007).
En bref, si l'on oublie cette dernière partie, il s'agit d'une excellente lecture, malgré les sujets abordés. Malheureusement, le roman me laisse une dernière impression plutôt mauvaise qui mitige beaucoup mon avis global.
(Par contre, j'ai vu qu'il était parfois classé en fantastique, et ça n'a rien à voir avec la choucroute si vous voulez mon avis).

Les + :

  • La plume de l'auteur, qui devient de plus en plus violente au fil des différentes histoires relatées
  • Un certain détachement par rapport aux actions des personnages, qui augmente encore le sentiment de malaise
  • La partie concernant Baby P., particulièrement poignante et criante de vérité
  • Les réflexions toutes en subtilité autour de la nature humaine

Les - :

  • Le dernier tiers du livre dans son intégralité
  • Le chapitre où l'auteure s'adresse au lecteur que j'ai trouvé complètement HS et condescendant
  • Gros problème de situation dans le temps dans la dernière partie

    Merci à NetGalley et à Grasset pour cet envoi.

1 commentaire:

  1. Intriguant ce livre, la couverture est magnifique et le résumé lot à la bouche mais ta chronique laisse un peu de déception. On verra...

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