mardi 26 avril 2016

Chronique : Miniaturiste

Miniaturiste de Jessie Burton

Gallimard (Du monde entier), 2015, 501 p.

Drame, Historique


Résumé :

Nella Oortman n'a que dix-huit ans ce jour d'automne 1686 où elle quitte son petit village pour rejoindre à Amsterdam son mari, Johannes Brandt. Homme d'âge mûr, il est l'un des marchands les plus en vue de la ville. Il vit dans une opulente demeure au bord du canal, entouré de ses serviteurs et de sa soeur, Marin, une femme restée célibataire qui accueille Nella avec une extrême froideur. En guise de cadeau de mariage, Johannes offre à son épouse une maison de poupée, représentant leur propre intérieur, que la jeune fille entreprend d'animer grâce aux talents d'un miniaturiste.
Les fascinantes créations de l'artisan permettent à Nella de lever peu à peu le voile sur les mystères de la maison des Brandt, faisant tomber les masques de ceux qui l'habitent et mettant au jour de dangereux secrets.

Mon avis :

Au début de ma lecture, c'est peu dire que je n'étais pas convaincue. La jeune femme naïve qui se retrouve mariée à un homme absent et qui passe le plus clair de son temps à s'ennuyer, ça me rappelait douloureusement Une Vie de Maupassant, lecture obligatoire de 3ème que j'avais détestée (anecdote funky, j'avais eu 18 à un devoir sur ce texte. Comment j'ai fait : je me suis dit que j'allais écrire le truc le plus ennuyeux du monde. Comme quoi...).
Pour revenir à Miniaturiste, arrive ensuite ce cabinet. Qui n'est jamais qu'une mot pour dire maison de poupée, mais ça fait plus adulte. Bref, cadeau de mariage, Petronella est vexée comme un pou. Et derrière, pour le remplir, des meubles et poupées qu'elle n'a pas commandé et et qui peu à peu semble prédire l'avenir.
On rencontre également une belle-sœur dure et froide qui règne d'une main de fer sur la maisonnée, un domestique noir alors que la mode de l'époque, c'est plutôt l'esclavage et on commence à se poser beaucoup de questions.
Le problème, c'est que c'est long. Si on s'accroche, par contre, on aura le plaisir de se faire embarquer par l'auteur dans l'Amsterdam de l'époque, et on finira par vraiment voir la ville et la société à travers sa plume.
Je m'attendais un peu facilement à du fantastique avec cette histoire de maison de poupée, mais au final, la thématique, c'est plutôt une adaptation du dicton "pour vivre heureux, vivons cachés" avec une mise en exergue assez violente par moments des conséquences à voir un secret dévoilé.
Les thèmes qui vont surgir m'ont étonnée, je ne les attendais pas là, mais alors vraiment vraiment pas. On va donc aborder la jalousie, la religion, le regard de la société sur la façon dont on vit sa vie, l'importance des apparences, le racisme, la place de la femme ou encore la sexualité. Le tout s'entremêle de façon plutôt intelligente, même si certaines révélations n'en sont pas vraiment. D'autres sont par contre sont vraiment surprenantes (à titre personnel, j'étais sur le popotin).
J'ai aimé voir l'évolution de Nella, si agaçante de naïveté au début du roman, introvertie, à ne pas savoir quoi faire d'elle-même et qui s'écrase complètement devant Marin, sa belle-sœur toute-puissante. Complètement perdue, elle n'aspire qu'à coller à ce qu'elle pense devoir être, la conception de la femme qu'elle a faite sienne : mère et épouse oisive. Puis, elle va grandir, mûrir, s'affirmer, faire des choix. Ils seront parfois mauvais, évidemment, mais son évolution est très intéressante.
Marin est également un personnage plein d'ambivalences, qui vont aller en s'accentuant au fil des chapitres. Dévote et très attentive à faire ce qu'il faut, prêchant le minimalisme afin de vivre le plus en accord possible avec la religion, elle est en même temps la femme qui n'a jamais été mariée, qui se mêle des affaires commerciales de son frère et qui dirige la maison.
Dans l'opposition de ces deux personnages, leur évolution à chacune, la façon dont elles gèrent leur féminité, on a un bel aperçu de la place de la femme de l'époque, de ce qu'une femme doit faire, et surtout, ce qui est bien plus important, ce qu'elle ne doit absolument pas faire.
En refermant le livre, j'étais tout de même mitigée : les actions ont parfois du mal à s'enchaîner et tout n'est pas d'une fluidité renversante, même si plus on avance, plus on a envie d'en savoir davantage.
Je ne savais finalement pas trop si j'avais aimé ou non. Mais le livre reste dans la tête, on y repense, on cherche d'autres réponses, d'autres pistes de réflexion à travers la richesse des thèmes abordés et je crois que c'est ce qui fait en partie une bonne lecture.

Ma note en maisons de poupées : 3.5/5

Les + :

  • Les thèmes abordés, auxquels on ne s'attend pas forcément en ouvrant le livre
  • Les personnages, en particulier les femmes, qui sont très intéressantes à suivre et atypiques
  • La vision de la société amstelodamoise de l'époque

Les - :

  • Beaucoup de temps passe avant que le récit ne se lance
  • Le style n'est pas toujours fluide

11 commentaires:

  1. Perso, même si je lui reconnais toutes les qualités que tu as cité, je me suis pas mal ennuyée pendant ma lecture. Mis à part quelques rebondissements étonnants, j'ai trouvé ça trop lent...

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    1. Je pense que c'est surtout dû à un manque de fluidité. Peut-être à cause de la traduction ?

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  2. Malgré le début, contente de voir que ça s'améliore quand meme un peu pour l'apprécier

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  3. J'ai vu beaucoup d'avis mitigés dessus. Au départ, je comptais lui laisser une chance. Toutefois, plus je vois de chronique dessus, plus je pense passer mon chemin :-/

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    1. Il est vraiment intéressant, mettrais c'est vrai que certains passages sont très longs.

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  4. Je suis complètement d'accord avec ta chronique, j'avais acheté ce livre à Amsterdam parce que la couverture et le résumé me tentaient bien. Mais quand j'ai commencé ma lecture, je ne m'attendais pas du tout à ça ! Les thèmes abordés m'ont étonné également. J'ai eu beaucoup de mal à apprécier l'héroïne, en revanche j'ai bien aimé la complexité du personnage de Marin. Mais je me suis un peu ennuyée pendant ma lecture, ça manque de fluidité.

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    1. Oui, je suis vraiment du même avis. Marin est vraiment un personnage intéressant, plein d'ambivalance. Je n'en ai pas trop parlé pour ne rien spoiler, mais c'est souvent elle qui m'a maintenue dans le récit.

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  5. Un livre que j'ai beaucoup aimer pour ma part, pratiquement un coup de cœur :) !

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    1. Je comprends tôt à fait les avis complètement différents qu'il peut susciter en tout cas.

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  6. J'ai beaucoup aimé ce livre, déstabilisant au début il est vrai, mais très bien construit!
    Merci de ta visite sur mon blog!

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  7. Je te rejoins complétement ! On a globalement le même avis :)

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