mercredi 18 mai 2016

Chronique : La Figurante

La Figurante de Avraham Yehoshua

 Grasset, 2016, 400 p.

Contemporain

Merci à NetGalley et Grasset pour cette lecture

Noga, harpiste israélienne de l’Orchestre municipal d’Arnhem, aux Pays-Bas, s’apprête à jouer en soliste le Concerto pour flûte et harpe de Mozart, le couronnement de sa carrière. Il lui faut y renoncer lorsque son frère Honi la supplie de revenir à Jérusalem pour occuper le vieil appartement familial afin qu’il ne soit pas récupéré par ses propriétaires avides durant l’absence de leur mère, partie vivre dans une maison de retraite de Tel-Aviv. Lorsque Noga s’installe, son frère lui déniche des rôles de figurante. Elle se prend au jeu, passe de rôle en rôle, libre de toute attache, curieuse de renouer avec un pays et des compatriotes oubliés dans son confortable exil néerlandais. Elle découvre un quartier métamorphosé par les juifs orthodoxes, retrouve un ancien voisin religieux, fait la connaissance d’Eléazar, inspecteur de police à la retraite, éternel figurant du cinéma local, soupirant paternel et platonique. Et voilà que soudain, son passé la rattrape en la personne d’Ourya, son ex-mari...


 
Il ne s'agit pas d'un livre plein d'action, de péripéties et de rebondissements en tout genre. Mais attention, si on est plus dans quelque chose de l'ordre du contemplatif, à l'image de la protagoniste principale, c'est néanmoins loin d'être ennuyeux.
L'auteur dresse le portrait d'une femme, Noga. Israélienne, elle a quitté son pays voilà des années pour rejoindre un orchestre aux Pays-Bas et avoir une vraie place de harpiste. Pour permettre à sa mère de faire un essai en maison de retraite, sur l'insistance de son frère, elle va revenir pour quelques semaines dans son pays d'origine afin de garder l'appartement familial.
Entre de nouvelles rencontres, l'intrusion d'enfants qui viennent squatter son salon et sa télé puisqu'elle est interdite chez eux, de petits rôles de figurante pour occuper son temps libre et sa ré-acclimatation au quartier de son enfance qui a bien changé, Noga va revenir sur sa vie et ses choix.
C'est finalement la rencontre avec son ex-mari qui va lui permettre de mettre un point final à leur histoire et d'aller de l'avant.
Les thèmes de la relation aux parents, du (non-)désir d'enfant (et évidemment, des jugements que cela occasionne au sein de la société mais aussi du cercle familial) et du même coup de la féminité et du contrôle de son corps / de sa vie sont vraiment au coeur du récit et prennent de plus en plus d'ampleur au fur et à mesure que les choix de Noga sont dévoilés et qu'elle s'affirme.
Parce que si le fait de quitter son pays pour avoir une carrière plus épanouissante, de refuser d'avoir un enfant ou encore d'assumer sa sexualité peuvent sembler faire preuve d'affirmation de soi, au final, l'héroïne est en retrait de sa propre vie. Elle donne l'impression de subir les pressions familiales, notamment une culpabilisation de la part de son frère, mais aussi de son orchestre, où finalement le rôle de harpiste est souvent dans l'accompagnement et quand une œuvre la met en avant, elle est jouée durant son absence. Les rôles de figurante qu'elle va jouer pendant ces congés forcés illustrent finalement très bien sa vie et c'est quand elle va leur tourner le dos qu'elle va pouvoir s'affirmer, et devenir véritablement l'actrice de son existence (la métaphore est super facile, je sais, mais j'ai vraiment le sentiment que c'est ce que l'auteur a voulu transmettre à travers l'histoire de Noga).
C'est d'ailleurs à son retour au pays, avec une tournée à l'étranger et alors qu'elle interprète enfin une oeuvre qui met en valeur sa harpe et surtout son talent que Noga reprend véritablement le contrôle sur sa vie / son corps et parvient à assumer ses choix.
On retrouve évidemment quelques réflexions sur la religion et ce qu'en fait une certaine radicalisation de la foi, mais ce n'est pas le propos essentiel du roman. Si cela se passe en Israël, je pense que le même texte aurait pu avoir à peu près n'importe quel contexte géographique.
Malheureusement, malgré l'intérêt des thèmes et la douceur de la plume qui nous immerge vraiment dans cette ambiance d'observation, quelques longueurs sont à relever et pour ne pas vous mentir, j'ai parfois trouvé le temps long. Je n'ai pas toujours adhéré aux réflexions de Noga ni à son comportement (notamment concernant sa sexualité, j'ai en tête une certaine scène dont je n'ai clairement pas compris l'intérêt) (ma remarque prête à confusion, peut-être, il n'y a pas de scène de fesses à proprement parler, hein, ce n'est clairement pas le style du livre), son frère m'a agacée dès le tout début, ainsi que certains autres personnages (l'ex-mari notamment). Certains passages me sont passés au-dessus de la tête. L'auteur a certainement voulu dire quelque chose à travers eux, mais je ne l'ai pas saisi (la question du lit médicalisé, par exemple).
Au final, c'était une lecture agréable, qui fait passer un bon moment, et dont le thème principal (même si j'aurais apprécié qu'il soit un peu plus approfondi, au final) est peu abordé à ma connaissance en littérature. Par contre, je ne pense pas en garder un souvenir impérissable pendant des mois et des mois.

Ma note sur 5 harpes : 4/5

  • Thème de la maternité et du non-désir d'enfant intéressant (et bien mené, puisque jamais Noga ne justifie ce choix, ce que j'ai apprécié) (c'est vrai, on ne demande jamais aux gens pourquoi ils veulent se reproduire, pourquoi faire l'inverse ?)
  • Style d'écriture très doux que j'ai apprécié
  • Personnages secondaires qui apportent un peu d'originalité et d'humour (l'éternel figurant, notamment)

  • Quelques longueurs qui peuvent faire sortir du texte
  • Certains passages dont je n'ai pas compris l'intérêt / la signification

4 commentaires:

  1. Tu me donnes envie de découvrir ce livre ! Ce n'est pas trop mon genre, mais tu le décris très bien. Je vais peut-être me laisser tenter. :)

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  2. Cette histoire ne me tente pas plus que ça. Je suis un peu curieuse mais je ne sais pas si je craquerai un jour.

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  3. En même temps, ton avis est encourageant et en même temps, je ne sais pas si cela me plairait. Du coup, à voir ^^

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  4. Je ne suis pas totalement certaine que ce livre me plairait, ce n'est pas trop mon genre :) Mais ta chronique est excellente comme toujours :)

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