mercredi 31 août 2016

Le classique du mois : Un roi sans divertissement

Un roi sans divertissement de Jean Giono

1ère publication : 1947

Folio, 244 p. 2003

Classique, Drame


 
Je l'ai découvert en terminale en cours de littérature. Et très franchement, à la première lecture je serais passée à côté de la moitié des trucs, je ne comprenais franchement rien. Heureusement que ma prof de litté de l'époque était géniale, elle a réussi à me transmettre son amour pour ce bouquin (Mme G., si vous passez par là, je me souviendrai de vous un moment) (sauf si j'ai Alzheimer un jour). Bref, je l'ai relu quelques années plus tard, et j'ai appris à l'aimer, et à lui trouver d'autres sens.

Qui donc a profité des neiges pour égrainer un chapelet de cadavres ? Dans ce village du Dauphiné, l'arrivée du printemps rejette ses secrets et ses morts : au bout de trois victimes, on finira par faire appel à un spécialiste, le commandant Langlois, qui découvrira bien vite la vérité. Mais pourra-t-il y survivre ?

Étranges personnages que ceux de ce récit ; étrange roman, qui tient du théâtre de l'absurde, du conte séculaire et de la parabole. Parabole laïque sur un seul thème, dont la pensée de Pascal "Un roi sans divertissement est un roi plein de misère" donne la clef : l'ennui existentiel guette les hommes, s'ils ne s'inventent pas des divertissements efficaces, consistants. C'est ce qu'avait bien compris l'assassin des neiges ; c'est ce que finira par comprendre Langlois, à son corps défendant.

Avec ce drame d'une vie en trois actes, Giono inaugurait une série romanesque très noire, centrée sur l'analyse du mal et de la misère humaine.
 
Je commence par un petit disclaimer. Ce livre est un classique facile à lire, mais par forcément facile d'accès, si j'en crois mon expérience personnelle. Je suis de ceux qui pensent que la littérature est pour tout le monde, que tout le monde est capable de lire un classique, et que chacun se fait son expérience propre (en gros, j'em***** les con***** élitistes) de lecture, qui n'a pas à être jugée. Par contre, pour voir la profondeur de ce bouquin-là, il faut de la bonne volonté. Peut-être un état d'esprit, mais surtout du temps de réflexion, en plus de celui de lecture. Je pense très franchement que l'auteur avait simplement décidé que ses lecteurs n'étaient pas des débiles à qui il faut mâcher le travail (pour ma part, il m'avait un peu surestimée, mais passons).
Mais je vous rassure, le style de l'auteur est très agréable, entre argot et poésie, bourré de métaphores presque drôles (si le thème du livre n'était pas si grave), avec des phrases courtes qui amènent l'action. Et ces descriptions de paysages ! On y est, tout simplement. C'est là que réside la magie de ce texte, et surtout de son auteur. Bien que l'on voie ce village à travers toutes les saisons, l'image qu'on en garde, c'est la neige, le froid, le silence oppressant qui suit les premiers flocons, le crissement des pas sur un sol gelé.
C'est un livre étrange, qui peut paraître décousu, mais je pense que c'est une pépite où l'on parle d'humanité et d'animalité, où nature et culture se livrent un combat sans répit. C'est l'illustration même du proverbe "l'homme est un loup pour l'homme"
On suit Langlois, qui enquête sur des disparitions dans un village. On voit également une chasse au loup, intense. Puis la rencontre d'une brodeuse, la quête d'une épouse. Et, enfin, un bouquet final.
Ca a l'air sans queue ni tête, c'est à nous de combler les trous. Mais c'est riche, vivant, plein de métaphores, notamment en lien avec la seconde guerre mondiale pour qui connaît un peu l'histoire de Giono.
Point historique non-exhaustif : Giono a été soldat pendant la 1ère guerre mondiale, de laquelle il est revenu traumatisé, et surtout profondément pacifiste. Engagé politiquement (plutôt mouvance révolutionnaire et communiste), il sera arrêté en 1939 su fait de ses convictions. Soupçonné d'être collabo, il s'avère en fait qu'il a caché et entretenu plusieurs personnes au cours de la guerre. Il n'empêche qu'il est arrêté en 44 pour avoir collaboré et publié des textes dans des journaux nazis. Bref, passé trouble, le Giono.
 Pour revenir à nos moutons, ce livre raconte comment un homme tout ce qu'il y a d'ordinaire peut révéler d'un coup son instinct de meurtrier. Et je crois que le postulat de l'auteur, c'est qu'on le porte tous en nous. On dit souvent des animaux qu'une fois qu'ils ont goûté au sang, ils y reviennent toujours. Quid de l'homme ? Que faire contre ça ? Comment tromper l'envie, l'ennui ? Et là, le titre prend tout son sens, c'est épiphanie dans ta tête.
Pour Langlois, la réponse est plutôt radicale. D'ailleurs, Langlois est un personnage très intéressant. Un personnage que tout le monde connaît, qui est plutôt apprécié. Mais finalement, connaît-on jamais quelqu'un ?

Ma note en loups : 4/5



  • La plume de l'auteur,entre poésie et métaphores
  • Les thèmes abordés, et la réflexion que le texte amène
  • La complexité de Langlois
  • Les paysages
  • Quelques longueurs
  • Un texte qui semble décousu et demande du temps pour se l'approprier

12 commentaires:

  1. Je me rappelle avoir lu la nouvelle "L'homme qui plantait des arbres" de Giono quand j'étais en 4e au collège, et je n'en garde pas un souvenir très vivace. Je ne connaissais pas celui-là, mais tu me donnes vraiment très envie de le découvrir. Après, j'ai un peu peur de passer à côté de certaines choses, alors je pense attendre l'année prochaine pour le lire. Merci pour la découverte !

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    1. Je pense qu'il se lit très bien, mais qu'on doit le lire différemment à chaque fois. En tout cas, le style est très accessible, et tu as lu des oeuvres aussi compliqués, ça ne devrait pas te faire peur 😊

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  2. Année de terminale, c'est exactement ça et ce livre ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable. Mais sous tes éclaircissements, je pense qu'une relecture s'impose!

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    1. Team promo 2005 !
      Je t'avoue que sans ma prof, je serais passée à côté de la moitié des trucs.

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    2. Promo 2004 😉 lol J'avais une bonne prof mais je me souviens juste qu'il y avait énormément de symbolique dans ce roman et le reste...trou de mémoire!

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  3. Je ne connais l'auteur que grâce à la nouvelle "L'homme qui plantait des arbres", comme Julie, mais tu me donnes envie de le découvrir avec ce roman-là. Je ne le lirai peut-être pas cette année ; plus tard peut-être, parce que j'ai un peu peur d'être paumée...

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    1. Disons qu'on peut passer à côté des différents niveaux de lecture, mais aucun risque de ne rien comprendre.
      Il faudra que je lise cette nouvelle à l'occasion

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  4. j'avoue que je ne connaissais pas du tout celui ci

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    1. Il y a plein de classiques méconnus ou qui font un peu peur, c'est pire ça aussi que j'ai fait cette rubrique !

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  5. Je ne connais pas du tout ce livre mais il m'intrigue... Je ne suis pas sûre d'apprécier mais pourquoi pas ! :)

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    1. Il est dans tous les bonnes médiathèques, laisse-toi tenter 😊

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  6. Je n'ai jamais eu l'occasion de lire La Sélection jusqu'à maintenant, mais du coup, je commencerai sûrement par ça plutôt que par celui-ci si l'envie le prend de découvrir l'auteure.

    > Il s'agit d'une série assez appréciée par la blogosphère, alors c'est presque une valeur sure.

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