samedi 17 septembre 2016

Le Classique du Mois : Le Grand Meaulnes

Le Grand Meaulnes d'Alain Fournier

1ère publication :1913

éditions Gründ, coll. Lectures de toujours, 2013, 288 p.

Classique 


Lu pendant mon adolescence, il m'avait laissé une forte impression. La vidéo de Lemon June (dont je vous recommande vivement la chaîne parce qu'elle envoie du pâté artisanal) (bien mieux que le pâté en boîte donc) (sérieusement, je voudrais que cette jeune femme soit mon amie, genre BFF et on se ferait des tresses, ce genre de trucs) m'a donné super envie de le redécouvrir. Des fois, faut pas chercher loin. J'espère ne pas m'être trop inspirée de sa vidéo tout de même pour cette chronique.

François, quinze ans, est le fils de M. et Mme Seurel, instituteurs de Sainte-Agathe, en Sologne. Il fréquente le cours supérieur qui prépare au brevet d'instituteur. Un mois après la rentrée, un nouveau compagnon de dix-sept ans vient habiter chez eux. Il se prénomme Augustin Meaulnes. La personnalité mystérieuse d'Augustin, que les élèves appellent bientôt "le grand Meaulnes", trouble le rythme monotone de l'établissement scolaire et fascine tous les élèves.

Quand on lit Le Grand Meaulnes, on est souvent au collège, parfois au lycée. Du coup, on a le même âge que les protagonistes. Mais il faut qu'une chose soit acquise maintenant-tout-de-suite : au début du XXe siècle, les ados n'avaient pas du tout la même vie que nous, ni les mêmes centres d'intérêts. Là où je veux en venir, c'est que c'est un livre qu'on apprécie probablement plus à l'âge adulte qu'à l'adolescence.
Pour ma première lecture, j'avais 18 ans, je pense. J'en gardais un souvenir un peu onirique, avec principalement la scène de la fête au château en mémoire. Le reste, je l'avais un peu zappé, mais cette recherche perpétuelle de la part du héros de son grand amour - ou plutôt de ce qu'il avait décidé qui serait son grand amour - m'avait marquée. J'avais déjà pleuré toutes les larmes de mon corps un paquet de fois pour le mien de premier amour, donc je l'admirais de ne pas baisser les bras.
Mais revenons au bouquin. Le narrateur, ce n'est pas le héros. C'est son meilleur copain. Dans ce livre, l'histoire d'amitié est beaucoup plus belle que dans la plupart des livres que j'ai pu lire. Sauf que, avec le recul, je me rends compte que ce pauvre François, plein d'admiration pour Aurélien Meaulnes, vit un peu par procuration. Il y a des gens comme ça, qui vous éteignent un peu. Leur personnalité est si charismatique, ils sont tellement plein de passion que ce qui leur arrive devient nôtre. 
Meaulnes, ce serait un peu l'équivalent du beau gosse ténébreux, mystérieux, plein de charme et de secrets. Son secret le plus fou, il va le partager avec son meilleur ami, et ensemble, ils vont chercher à lui redonner vie. Parce qu'un jour, Meaulnes se perd au fin fond de la cambrousse et arrive par hasard dans un château où une immense fête a lieu. Tout est si vivant, si doux, de la musique aux barques sur l'étang, des sourires des convives à la manière dont il est accueilli comme s'il avait été lui-même attendu qu'il a l'impression d'avoir atteint le paradis sur terre. C'est un peu le Pays des Merveilles d'Alice, sans le côté flippant. Improbable, inattendu, solaire. Et le centre de cette perfection, c'est une jeune femme qui va l'incarner. Évidemment, Meaulnes va immédiatement en tomber amoureux et n'aura de cesse de la retrouver, entraînant avec lui son pote François, persuadé que cette sensation de bonheur ultime ne pourra revenir que si elle est en sa compagnie.
Le récit est plein de nostalgie, mais il est surtout extrêmement triste au final. Parce qu'Aurélien, toujours en quête de plus d'émotions, de passion, d'aventures extraordinaires, ne peut plus se satisfaire du bête quotidien. J'ai vraiment eu l'impression qu'il était figé à jamais dans son adolescence. 
François, de son côté, va le soutenir et l'admirer quels que soient ses choix. Amis pour la vie, OK. Mais jamais au grand jamais il ne tapera du poing pour lui dire que là, le Meaulnes, il déconne. Il passera donc un certain temps réparer les dommages que Meaulnes fait subir à son entourage, ou subit lui-même la faute à sa quête de perfection. 
J'aimerais m'attarder un poil sur la jeune femme en question (qui s'appelle Yvonne, et c'est probablement son seul défaut). Si je n'en avais pas gardé un souvenir frappant lors de ma première lecture, c'est parce qu'à part la merveilleuse impression qu'elle produit sur Augustin, elle est transparente, la pauvrette. Prête à se sacrifier, certes, mais incroyablement fade en tant que personnage dès qu'elle sort du monde onirique de Meaulnes : raisonnable, compréhensive, aimante et patiente. La tristesse de ce personnage, c'est sa façon de se laisser faire, de "comprendre", de ne pas se plaindre de ceux qu'elle aime (et pour le coup, son frère, un espèce que Peter Pan qui refuse de devenir adulte en tient une bonne couche). Finalement, elle ressemble assez à François : aveuglés par l'amour qu'ils portent à leurs proches, ils leur pardonnent tout... Jusqu'à un certain point.
Ce qui est très beau avec ce livre, c'est aussi le style de l'auteur. Ses descriptions qui vont faire surgir le  merveilleux de l'ordinaire, l'émotion qu'il parvient à insuffler à son texte, et la nostalgie qui imprègne chaque page
Je ne peux que le conseiller, mais c'est sûr que si vous êtes de grands amateurs d'actions épiques, vous risquez de vous ennuyer.
  • La plume de l'auteur, plein de nostalgie
  • Les personnages, symboliquement très forts
  • L'ode à l'adolescence et à l'envie de perfection
  • Quelques longueurs si on n'aime pas les descriptions

13 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas du tout, mais tu me donnes très très envie de découvrir ce classique ! Si je le trouve, je fonce. :)

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    1. C'est impossible qu'il ne soit pas dans votre CDI !

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    2. C'est impossible qu'il ne soit pas dans votre CDI !

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  2. Je n'avais jamais entendu parler de ce roman, mais tu me donnes très envie de le découvrir, je retiens le nom de l'auteur pour le chercher au CDI. ^^

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    1. J'ai hâte de savoir ce que tu en auras pensé, du coup !

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  3. Mon dieu, je l'avais lu au collège, c'est le premier livre qui m'a fait m'endormir dessus, j'en revenais, il me semblait que quelque chose s'était cassé en moi (je lisais encore plus que maintenant, c'est dire), il faudrait que je retente le coup à l'occaz, pour voir si effectivement, c'est une question d'âge...

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    1. Je pense qu'on ne saisit pas bien la nostalgie quand on a l'âge des personnages, en fait. Du coup, si tu le retentes, je serais curieuse d'avoir ton avis !

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  4. Ton article est très intéressant. C'est assez drôle car j'ai lu ce roman lorsque j'étais ado (et j'étais déjà une grosse lectrice) et je ne l'ai pas aimé, mais alors pas du tout ! Je ne m'étais pas sentie proche des personnages et le côté onirique ne m'avait pas plu. Tu as sans doute raison, il plait peut-être davantage aux adultes, il faudrait que je le relise, mais j'avoue que j'en ai gardé une telle déception que je n'ose pas trop le rouvrir. Moi aussi je (re)lis un classique par mois alors qui sait, un jour peut-être finalement relirai-je celui-ci ?

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    1. Il se lit super vite en plus, alors même si tu n'aime pas, tu n'auras pas perdu trop de temps ! Aucune excuse !

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  5. J'adore les vidéos de Lemon June ❤ Elle me donne toujours envie de lire les livres qu'elle présente alors que ce n'est pas mon style de lecture (les classiques, je veux dire). Du coup, tu donnes encore plus envie aussi ^^

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    1. Oui, je l'aime beaucoup aussi, elle a tellement de pep's, on sent qu'elle est passionnée quand elle parle de lecture :)

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  6. Je me rappelle qu'il fallait que je lise au collège. J'avais fait plusieurs tentatives, jusqu'à, par la force des choses, connaître presque par coeur le début de cette histoire Je l'ai redécouvert quelques années plus tard et je l'ai enfin apprécié à sa juste valeur. Et ton avis me donne envie de m'y replonger une nouvelle fois ! :)

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  7. Je comprends, la première fois que j'avais tenté, je n'avais pas été vraiment emballée.

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