samedi 15 octobre 2016

Chronique : Face à la mer de Françoise Bourdin

Face à la mer de Françoise Bourdin

Belfond, 2016, 280 p.

Contemporaine
Merci à NetGalley et aux éditions Belfond pour leur confiance


Mathieu tient une librairie indépendante au Havre depuis plus de vingt ans. Il a consacré sa vie à son entreprise, ce qui lui a valu un divorce et l'a empêché de voir grandir sa fi lle, Angélique. Passionné par son métier, entouré de collaborateurs qui l'admirent, il réussit pleinement. Mais le succès a un prix, et un jour, c'est le burn-out. Impossible pour Mathieu de pousser la porte de sa librairie. Déprimé, apathique, il décide de tout plaquer et de se réfugier à Sainte-Adresse, dans la maison de son vieil ami César qui vient de mourir. Alors qu'il n'aspire qu'à la solitude, ses proches s'invitent les uns après les autres. Tess, sa compagne amoureuse mais impuissante à l'aider, son ex-femme, ses quatre frères, qui ne comprennent pas les raisons d'une telle crise. Seule Angélique prend la mesure de la situation et, malgré sa jeunesse, décide de veiller sur la librairie et de motiver chaque jour les employés, quitte à négliger ses études. Tandis que Mathieu tente de trouver dans son passé l'origine du mal qui l'anéantit, la détermination sans faille d'Angélique pourrait bien l'aider à se reconstruire et à envisager une nouvelle façon d'exercer son métier. Surtout si des dangers surgissent...

Il s'agit de mon premier livre de l'auteure (qui a pourtant une bibliographie assez impressionnante) et comme la thématique m'intéressait assez, je n'ai pas hésité une seconde avant de sauter sur ce livre.
On va parler ici de burn-out. Sujet un peu "à la mode" aux infos, mais pas vraiment en littérature. Et, autant vous le dire tout de suite, j'ai beaucoup aimé la façon dont il est traité ici.
Mathieu a tout pour lui : un travail qui le passionne, une fille aimante et une petite amie dont il est fou. Un peu d'argent pour ne pas avoir à s'en inquiéter, une chouette maison avec vue sur la mer, et il vit dans une ville qu'il adore. Le genre de vie qu'on aimerait tous avoir, somme toute. Mais voilà, un beau jour, tout ça lui paraît fade. Il n'a plus envie de rien, ni de travailler dans sa librairie chérie, ni de voir des gens, a fortiori ceux qui l'aiment.
Il voudrait avoir la paix. 
Prendre une douche devient un effort surhumain. 
Osef de tout.
La question, ici, ce n'est pas de savoir pourquoi-comment-par quel truchement, ni même la façon dont on peut s'en sortir. De toute façon, tout ça, Mathieu ne le sait pas. Ce qu'il sait, par contre, c'est qu'il a choisi son métier, que c'était par passion, qu'il n'a pas à subir une hiérarchie ou des collègues pénibles. Il est son propre patron.
Ce qu'il sait, c'est que c'est sûrement plus profond.
On va donc découvrir sa mère, ses frères et la place qu'il a depuis toujours dans cette fratrie, lui, le petit dernier. Toujours à l'écart, parce que ses trois frères sont plus âgés, parce que sa mère n'avait pas le temps. Parce qu'elle voulait une fille, désespérément. Et on va se rendre compte que malgré son succès, il reste ce vilain petit canard.
Ici, le burn-out n'est pas juste une dépression professionnelle, ça va plus loin, chaque domaine de la vie de Mathieu va être impacté et il va assister impuissant au spectacle de ce qui se délite autour de lui. Avec chaque jour l'angoisse de ne jamais voir le bout du tunnel, l'angoisse de perdre ceux qui lui sont chers parce qu'il n'arrive pas à redevenir l'homme qu'il était. Et si c'était ça le problème ?
Plus que tout ça, j'ai apprécié d'avoir le point de vue de son entourage, et parfois même de Mathieu lui-même sur sa maladie.
On a beau dire, la dépression, selon l'opinion publique, ça se règle à coups de "sors-toi les doigts". C'est réservé aux personnes fainéantes, qui n'ont pas de vrais problèmes. C'est un luxe. Une manière de se faire plaindre. Je pourrais continuer un moment sur toutes les idées reçues. 
Et là, nous voilà bien avancer, parce que se bouger et reprendre sa vie en main, c'est justement pile poil de dont Mathieu est absolument incapable.
Le point négatif de cette lecture, c'est que les historiettes qui vont autour de la dépression de Mathieu ne m'ont pas spécialement intéressée, même si elles y sont liées (le psy, les cousins, etc.). Par contre, il faut bien reconnaître une chose : tout se lisait très facilement !
En conclusion, il s'agit d'une lecture agréable, qui non seulement se lit bien mais nous force également à réfléchir au sujet d'un thème qui est toujours plus d'actualité (et ça va pas s'arranger, coucou la loi travail...)

  • Le traitement de la thématique principale dans le quotidien du héros
  • L'évolution de la façon dont est vue la maladie
  • La plume, fluide et agréable
  • Les histoires qui se mêlent au destin de Mathieu
  • La fin, un peu prévisible




6 commentaires:

  1. Le thème ne touche pas vraiment, vu que je ne connais pas le monde de travail, alors je ne sais pas si ce livre serait fait pour moi. Il a l'air intéressant en tout cas.

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    1. Je pense que ça peut parler même sans être dans la vie active, parce que je pense que ce n'est pas spécifique au monde du travail, ça existe aussi pour les études, malheureusement...

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  2. Comme Julie, le thème ne me touche pas trop... Peut-être plus tard. Merci pour la découverte en tout cas, ce peut toujours être une lecture intéressante.

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    1. De rien ! C'est sur que c'est un thème un peu particulier.

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  3. J'ai déjà lu un Françoise Bourdin mais il ne m'a pas plus transcendé que cela ... Contente que tu aies tout de même passé un bon moment avec celui-ci :)

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    1. Je n'ai pas sauté au plafond non plus, mais j'ai quand merle passe un bon moment !

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