vendredi 20 janvier 2017

Chronique : Le Don empoisonné de la folie

Merci à NetGalley et aux éditions Mazarine

Le don empoisonné de la folie de Lucia Etxebarria

Mazarine, 2017, 340 p.

contemporaine, autobiographie

Lucía a eu une jeunesse tumultueuse et a beaucoup essayé, dans tous les domaines. Elle dit avoir dépensé chez les psys de quoi s’acheter une Porsche. Finalement, sa famille et elle-même se convainquent qu’elle est folle. Jusqu’au jour où elle découvre, à 48 ans, qu’elle est zèbre, c’est-à-dire qu’elle fait partie des 0,5 % de personnes dotées d’un QI supérieur à 140. Quand on est zèbre, on est hypersensible – aux situations, aux personnes, mais aussi aux bruits, aux odeurs… –, ce qui est un don, mais aussi une souffrance. Surtout quand on aime.
Ce texte aurait pu s’appeler La Vie sexuelle de Lucía E. Mais « ça n’a jamais ressemblé à un film porno », dit-elle. Il y a dans ce récit quelque chose d’un journal intime à la sincérité sans fard.
C’est l’histoire d’une femme de sa génération dans un monde désenchanté, une femme très libre, à fleur de peau, qui ne ment pas, ni à elle-même ni à son lecteur.
J'étais RA-VIE de retrouver l'auteure, que je n'avais pas lue depuis quasiment 10 ans (c'est fou ce que le temps passe).
La première chose qui m'a étonnée avec ce nouveau roman, c'est qu'étant rédigé par l'auteure en français (et étant donné que le français n'est pas sa langue maternelle, vous vous en doutez vu son nom), il est bien moins poétique et les figures de style y sont beaucoup moins présentes. Bref, le style est tout simplement moins "littéraire" que ce à quoi elle nous avait habitués.
Mais ses thèmes de prédilection sont toujours bien présents (sexe, drogues, dépression), et il reste le côté trash, cette fois-ci beaucoup plus brut (attention, je n'ai pas parlé de vulgarité, ce n'est vraiment pas vulgaire !).

Divisé en plusieurs parties, le roman se présente sous la forme d'une autobiographie où l'auteure va jouer le rôle du personnage principal. Sa relation à l'alcool, aux hommes, à elle-même, tout va être disséqué. On se doutait, vu les sujets récurrents de ses premiers romans, qu'ils contenaient du vécu, mais ici, pas de truchements, pas d'héroïnes fictives derrière lesquelles se retrancher. 
Analysant ses relations avec les hommes (et les femmes) depuis son divorce, Lucia va essayer de "grandir", ou du moins de se sortir de cette nécessité qu'elle a d'être aimée, désirée, voulue, choisie.
Pas d'inquiétude, même si le thème n'est pas gai, on retrouve tout de même l'humour de l'auteure (et surtout son ironie) notamment dans les surnoms qu'elle attribue à ces personnes qui ont partagé un morceau de sa vie.
Niveau ironie, on est au top !
Hétéro qui aime aussi les filles, femme en quête d'attention, d'affection, d'oubli, mère, alcoolique, timide, zèbre, dépressive. Lucia Etxebarria dresse un portrait d'elle sans fioritures et j'aime à penser que l'écriture est ici pour elle un exutoire, une façon de se réparer, ou du moins d'avancer, de tourner une page de sa vie.
J'ai cependant parfois eu du mal avec les réflexions autour du statut de "zèbre" ( = personnes qui ont un QI supérieur à 140). J'ai parfois eu l'impression qu'il s'agissait d'une excuse pour justifier certains de ses actes, certaines réactions. Je ne sais pas s'il est si difficile que cela d'avoir d'importantes capacités intellectuelles (vous noterez que je en parle pas d'intelligence), mais il ne me semble pas nécessaire d'utiliser cela comme un prétexte pour avoir des réactions inappropriées / excessives. Du moins pas à chaque fois. Mais il s'agit peut-être d'une méconnaissance du sujet de ma part, évidemment (et, OK, j'avoue que je me suis servie un paquet de fois de l'excuse des "hormones" quand j'étais enceinte, mais c'était temporaire).
Quoiqu'il en soit, le personnage me fascine toujours autant, pour une raison que j'ignore.
Ce livre ne sera sûrement pas celui qui me restera en mémoire, ni le premier de l'auteure que je conseillerais à quelqu'un qui veut la découvrir, mais je suis bien contente de l'avoir découvert, ne serait-ce que pour la sincérité qui en émane, la lucidité dont l'auteure fait preuve (et bon, ok, peut-être aussi mon côté voyeuriste).
Pour ce qui est du titre, j'ai tout de même une réponse à envoyer à l'auteure (et au monde) (rien que ça) :

  • La sincérité qui émane du texte
  • Les thèmes abordés avec lucidité
  • Le personnage de l'auteure qui est assez fascinant

  • Moins de poésie que d'habitude
  • Prétexte du côté zèbre parfois lassant

4 commentaires:

  1. C'est dommage qu'il ne t'ai pas plus que ça mais ça a tout de même d'être une lecture agréable aloès pourquoi pas ! :)

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  2. Ca doit bien faire aussi 10 ans que je n'ai pas lu l'auteur ! Mais je ne suis pas très tentée par ce titre, j'aimais justement ses images poétiques.

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  3. C'est une auteure que j'ai beaucoup aimée et dont je me suis un peu lassée. Je la lis en VO, et cela fait aussi des années que je n'ai rien lu d'elle. Je suis curieuse de lire celui-ci, ne serait-ce que par le fait qu'elle l'a écrit en fr. Par contre j'ai un peu plus de mal avec la thématique, trop de "cases" a un peu tendance à justifier certains actes, et j'ai du mal avec ça. Mais ça m'interpelle!

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  4. Tu me donnes envie de le lire dis-donc!

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