mercredi 1 février 2017

Chronique : Americanah


Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

grand format : Gallimard, coll. du monde entier, 2015, 528 p.

poche : Folio, 2016, 685 p.

traduit par Anne Damour

contemporaine

«En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire.»

Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre.
Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés?
Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux États-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria.

J'en avais beaucoup entendu parler et j'étais très curieuse de le découvrir. Inutile de préciser donc, que quand je l'ai vu dans la bibliothèque de ma môman chérie d'amour (toujours flatter les mamans, elle pourrait passer dans le coin), je me suis dépêchée de lui lancer mon regard appelé communément celui du-chat-de-Shrek pour lui emprunter.
Celui-là, oui. Nul ne peut y résister.
On rencontre Ifemelu, vivant aux États-Unis depuis plus de 10 ans quand elle décide de rentrer au Nigeria. Nous allons donc suivre son parcours, celui d'une vie, de son enfance nigeriane, de son immigration aux Etats-Unis, de son retour éventuel au pays, en passant par son adolescence, ses histoires d'amour, et finalement, en filigrane, la construction de son identité. L'identité d'une femme, noire, immigrée volontaire. Les 3 points étant tout aussi importants les uns que les autres
Je ne vais pas mentir, il y a parfois des longueurs. Mais on adore suivre Ifemelu, essayer de comprendre ses choix, sa façon de réfléchir. 
On apprend beaucoup avec elle, et aussi on se remet en question, en particulier par rapport au racisme. Parce que bon, je suis blanche et même si je me contrefous de la couleur de peau / de la religion / des origines éventuelles des personnes avec lesquelles j'interagis, peut-être qu'il peut m'arriver de tenir des propos offensants. Peut-être que s'en foutre, ce n'est pas la bonne approche, peut-être qu'il faut justement en tenir compte.
C'est surtout à ça que j'ai pensé en lisant ce livre. D'ailleurs, Ifemelu tient pendant un temps du livre un blog où elle parle de race et j'aurais adoré voir davantage de ses posts. J'ai aimé qu'elle me dérange (sûrement parce que je sais que je n'ai rien d'une personne raciste) et qu'elle me fasse me poser des questions.
Donc, parler de l'intrigue, bof. Ce n'était pas l'intérêt de ce bouquin, en tout cas, ce n'est pas ce qui m'a marqué et ce qui m'a trotté dans la tête après l'avoir refermé.
Ce qui m'a trotté dans la tête, ce sont les petites réflexions. Dans mon cercle d'amis, par exemple, il y a un mec musulman. On se marre, et surtout lui, et il dit régulièrement "vous m'aimez bien, mais c'est pour les quotas". Oui, c'est raciste, mais est-ce que c'est offensant si c'est un running gag qui vient de lui ? Dans quelle mesure le contexte est-il important dans le racisme ordinaire ? Si on me dit la même chose parce que je suis rousse, est-ce que c'est comparable ? 
Excellente question...
 Une des anecdotes du livre concerne une vendeuse, noire. Pour la décrire, jamais sa cheffe - blanche - n'utilise sa couleur de peau, elle est grande et brune. C'est tout. Ce qui fait beaucoup rire la narratrice et la rend perplexe en même temps. Ce n'est pas une chose qui me gêne. La librairie où je vais habituellement employait un libraire noir. Il se trouve que c'était mon préféré (en plus, il était mignon). Bref, si je voulais un conseil de sa part en particulier, je ne demandais pas le-type-qui-a-des-lunettes. Ce serait idiot vu qu'ils sont plusieurs.
ça, c'est raciste.
Si je bossais uniquement avec des asiatiques, par exemple, j'imagine qu'on parlerait de moi comme de la blanche si on ne savait pas mon nom, et je ne vois pas en quoi ce serait un problème...
Mais ce n'est pas qu'un livre qui m'a fait réfléchir à ce sujet. Parce que c'est une femme qui écrit, c'est une femme qui en est la narratrice, et donc, c'est aussi un récit plutôt féministe (je dis plutôt comme si ça coulait de source, ce qui n'est pas le cas, mais passons).
Le personnage de la tante se "trouve" un homme, elle n'imagine pas sa vie sans un homme à ses côtés. L'indépendance n'est clairement pas sa tasse de thé, bien qu'elle soit médecin.  Beaucoup des jeunes femmes que l'on croise ici cherchent à se marier. Ifemelu fait l'effet d'un électron libre à côté. Qu'elle soit maîtresse, petite amie très officielle ou célibataire, elle cherche qui elle est. Et si elle se cherche parfois dans ses relations, ce n'est que pour finalement être honnête envers elle-même.
Bref, si vous voulez lire un parcours de la vie d'une femme, de sa construction, le tout agrémenté de beaucoup de réflexions sur le racisme, mais aussi le féminisme, les préjugés, les idées reçues, lisez-le. Personnellement, j'ai l'impression d'en être sortie un peu plus maligne. (mais ne vous inquiétez pas, il reste encore du boulot !)
  • Une plume fluide et agréable
  • Un personnage féminin intéressant
  • Des réflexions intelligentes

  • Quelques longueurs

14 commentaires:

  1. Ce livre m'intéresse bien :). La question de la vie de cette femme et du racisme est vraiment intriguante pour moi.
    Bisous à toi et à plus sur nos blogs respectifs!

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    1. Je l'ai vraiment trouve très intéressant pour ma part !

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  3. Très jolie chronique. Je n'étais pas particulièrement tenter par ce livre et tu viens de me faire changer d'avis pour ces divers sujets et ces petits réflexions qu'il transmet. +1 dans ma WL. ^^

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    1. Merci, et désolée pour ta WL ! Mais effectivement, je ne pensais pas me poser autant de questions en ouvrant ce livre.

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  4. Je me souviens que quand tu en avais parlé une première fois (je constate donc que toi aussi tu es un peu à la bourre dans tes chroniques, ça me rassure), j'avais déjà eu envie de me pencher dessus ^^

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    1. Un peu ?! Je suis carrément à la bourre ! (Surtout que je chronique les SP de suite, donc autant de retard supplémentaire pour les autres livres !)
      En tout cas n'hésite pas à revenir m'en parler, c'est lez genre de bouquins autour duquel j'aimerais bien échanger.

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  5. Je l'ai dans ma PAL, je pensais justement l'en sortir bientôt, tu m'en convaincs ^^

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    1. Fais, le quand même à un moment où tu as cerveau disponible. Les joies où j'étais fatiguée, je lisais autre chose, parce que j'avais l'impression de le «gâcher».

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  6. Il me tente et, en même temps, j'ai peur des quelques longueurs que je pourrais y trouver. D'un autre côté, les sujets évoqués sont très intéressants alors je lirais certainement ce livre un jour :)

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    1. Au pire, tu peux toujours sauter des passages, voire des pages si un moment t'ennuie :) Les longueurs dans un bouquin, ça n'a jamais été un vrai problème pour moi, je n'ai aucun scrupule à lire en diagonale.

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  7. Je voulais l'acheter depuis longtemps et je sais pas pourquoi je le lâche et je ne l'achète pas, mais je crois que là je vais bondir dans ma librairie pour me le procurer !

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    1. Oh, oui, franchement, c'est une belle découverte, et c'est vraiment un bouquin qui fait réfléchir sans même qu'on s'en rende compte !

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