samedi 25 février 2017

Chronique : La Porte du Ciel

Merci à NetGalley et aux éditions Les Escales pour cette lecture

La Porte du Ciel de Dominique Fortier

Les Escales, 2017, 256 p.

Contemporaine, Société

Au coeur de la Louisiane et de ses plantations de coton, deux fillettes grandissent ensemble. Tout les oppose. Eleanor est blanche, fille de médecin ; Eve est mulâtre, fille d'esclave. Elles sont l'ombre l'une de l'autre, soumises à un destin qu'aucune des deux n'a choisi. Dans leur vie, il y aura des murmures, des désirs interdits, des chemins de traverse. Tout près, surtout, il y aura la clameur d'une guerre où des hommes affrontent leurs frères sous deux bannières étoilées. Plus loin, dans l'Alabama, des femmes passent leur vie à coudre. Elles assemblent des bouts de tissu, Pénélopes modernes qui attendent le retour des maris, des pères, des fils partis combattre. Leurs courtepointes sont à l'image des Etats-Unis : un ensemble de morceaux tenus par un fil – celui de la couture, celui de l'écriture.

La première chose que j'ai envie de dire, c'est que Les Escales est en train de devenir une maison d'édition incontournable pour moi en terme de pépites littéraires. J'avais vraiment bien aimé Le dernier exploit de Poxl West et il en va de même pour ce livre.
Mais encore une fois, on se retrouve face à un roman atypique, si ce n'est étrange. Au vu des thèmes et de la période abordés (esclavage, guerre de Sécession, états sudistes, amitié), on s'attend à être submergé par l'émotion, on s'attend à davantage de sentiments. Finalement, on en a peu. C'est un récit tout en retenue et métaphores, plein de poésie, mais qui ne va pas vous servir du drama sur un plateau. 
Eve est une jeune fille noire, dont la vie va se trouver inextricablement liée à celle d'Eleanor. Leur relation est au centre du récit, mais finalement, on la ressent peu. Elle est présente, en arrière-plan, sans qu'on ait besoin d'en parler, peut-être. J'avoue que ça m'a parfois manqué, d'autant que nous suivons les deux enfants jusqu'à leur vie de femmes. Oui, elles partagent une maison, longtemps même une chambre, elles vivent côte à côté avec un attachement certain, mais on ne voit ni confidences, peu de jeux, peu de conversations. Il s'agit sûrement d'un choix que l'auteure a fait sciemment, mais cela rend probablement plus difficile l'attachement aux personnages.
Ce récit principal est entrecoupé de sortes d'entractes qui vont peu à peu faire sens, éclairer des situations mais sont un peu déstabilisants au début.
On va assister à la guerre de Sécession, mais là encore, de loin. Du point de vue des femmes restées à la maison, et pour qui le quotidien est finalement assez peu modifié, si ce n'est les passages de soldats dans les champs.
Pas comme ça, donc
En y réfléchissant, je me dis que finalement, tout cela fait sens avec le choix du narrateur à qui il importe peu que ce soit la guerre, que des femmes soient amies, que l'une soit noire, blanche ou orange, et que l'autre ne le soit pas.
La place d'Eve est étrange : ni esclave, ni membre de la famille, elle se coule entre deux eaux, s’accommode de la situation et ne fait partie d'aucun camp. Mais ce n'est pas non plus un roman sur la place des esclaves et leur rôle au sein des familles, notamment celui des femmes (qui étaient parfois très attachées en particulier aux enfants des familles). On parle de ce statut étrange qu'Eve occupe, mais sans pousser la réflexion. Au lecteur de s'en faire une idée.
C'est donc un récit plein de pudeur, finalement, où l'on va deviner beaucoup de choses plutôt que de les ressentir vraiment. Cela m'a parfois manqué et je pense que c'est la principale chose qui peut être reprochée à ce livre. Mais c'est surtout un roman plein de poésie, de délicatesse qui tombe jamais dans le jugement ou le récit historique pur.
J'ai en tout cas beaucoup aimé passer du temps avec Eve et Eleonor, m'imprégner de l'ambiance particulière de ces États du Sud. Plus que tout, j'ai aimé la plume de l'auteure et je la relirai avec plaisir.
 
  • La plume poétique
  • Le narrateur
  • Les métaphores

  • Manque d'émotions

8 commentaires:

  1. Je l'ai reçu en SP, il faudrait que je me décide à le lire !

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    1. Il vaut le détour, en tout cas, dans ce qu'il a d'original. Mais c'est vrai qu'il n'a pas fait l'unanimité, du coup, je suis curieuse de voir ce que tu en penserais !

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  2. Il pourrait me plaire ! Merci pour la découverte :)

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    1. De rien ! J'espère que tu te laisseras tenter.

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  3. Je suis d'accord avec toi pour Les Escales. Je vois bien de plus en plus de livres qui me font envie publiés chez eux.
    Celui-ci est tentant c'est vrai!

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    1. Moi aussi. Je pense d'ailleurs craquer prochainement pour La voix des vagues dont j'ai entendu beaucoup de bien.

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  4. J'aime beaucoup la période à laquelle se situe ce roman et les livres qui traitent de l'esclavage. Si il y a une belle plume en plus, pourquoi pas :)

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  5. Je trouve les sujets traités intéressants mais le fait que cela manque d'émotions et que le tout est dans la poésie ne me donne pas du tout envie :-/

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