vendredi 3 mars 2017

Chronique : L'immeuble Christodora



Merci à Plon et NetGalley pour cette lecture

L'immeuble Christodora de Tim Murphy

Plon, coll. Feux Croisés, 2017, 570 p.

traduit par Jérôme Schmidt

Contemporaine, Société

New York. Milly et Jared, couple aisé animé d'ambitions artistiques, habite l'immeuble Christodora, vieux building de Greenwich Village. Les habitants du Christodora mènent une vie de bohèmes bien loin de l'embourgeoisement qui guette peu à peu le quartier. Leur voisin, Hector, vit seul. Personnage complexe, ce junkie homosexuel portoricain n'est plus que l'ombre du militant flamboyant qu'il a été dans les années quatre-vingt. Mateo, le fils adoptif de Milly et Jared, est choyé par ses parents qui voient en lui un artiste. Mais le jeune homme, en plein questionnement sur ses origines, se rebelle contre ses parents et la bourgeoisie blanche qu'ils représentent. Milly, Jared, Hector et Mateo, autant de vies profondément liées d'une manière que personne n'aurait pu prévoir. Dans cette ville en constante évolution, les existences de demain sont hantées par le poids du passé.

La première chose qui m'a sauté aux yeux pendant le début de ce livre, c'est que ça ressemblait beaucoup à City on Fire : fresque new-yorkaise à la chronologie décousue, même éditeur, même collection, ressemblances entre certains personnages, thèmes similaires, art, drogue, sexualité. Beaucoup moins dense, cependant. Mais franchement, cette ressemblance m'a beaucoup gênée au début de cette lecture.  Cela dit, ça reste très personnel et si vous n'avez pas lu le livre en question, vous n'éprouverez évidemment pas cette sensation.
 Puis, je vous rassure, cette impression de déja-vu a été dépassée quand, à travers les personnages, on entre dans le "vif" du sujet. 
Cela commence comme un banal roman choral dont la chronologie fait un peu ce qu'elle veut. Baladé des années 80 aux années 2000, le lecteur a d'abord du mal à voir où on veut en venir. Peu de liens entre les personnages, si ce n'est éventuellement le lieu d'habitation. Peu à peu, l'action et les informations dévoilées au cours de nos pérégrinations temporelles vont se resserrer en entonnoir autour de Mateo. Hispano dont la mère est décédée, adoptée par un couple bobo d'artistes, il va commencer par suivre leurs traces avant la fameuse crise d'adolescence.  Il va alors se rebeller contre leur bourgeoisie assommante, chercher sa place, sa raison d'être là avec eux, mais aussi d'être tout court, avec la question lancinante de l'identité et des racines en arrière-plan, sans même qu'il ne la formule consciemment. Puis, il va tomber dans la drogue. Aussi profondément qu'il le puisse.
En parallèle, à travers lui et les connexions de son histoire, avant même qu'il ne naisse, on va assister au combat des malades contre le SIDA, passionnant et révoltant.
Dans les années 80-90, ce combat n'est pas juste contre la maladie, mais aussi contre les autorités, contre l'opinion publique. C'est une vraie histoire de militantisme.
Pour ma part, j'étais beaucoup trop jeune à l'époque (voire même pas née) pour connaître l'histoire de ce virus. J'avais entendu parler de cette première appellation de cancer gay, et de la stigmatisation qui en découlait mais je ne savais pas à quel point les femmes, mêmes séropositives ou déjà malades étaient exclues de la maladie. Je ne savais pas que la définition même du SIDA les empêchaient de facto de prétendre à être reconnues comme malades, et par conséquence d'accéder aux soins. 
 Au final, tant pour le traitement de cette maladie que dans la vie des personnages que l'on rencontre, on a une immense sensation de gâchis. L'impression d'avoir perdu tant de temps. Pour les personnages, ça n'aura pas été pour rien. Ils auront mûri, grandi, appris à se faire confiance, à faire face et à en avoir le courage.
Et ces personnages sont tellement humains, on pourrait finalement les croiser dans la rue. J'ai finalement été très émue par leur sort.
Mon seul bémol, au final, aura été par rapport à ce fameux immeuble. Avec un titre pareil, j'attendais un lieu qui ait une âme, qui soit comme un personnage à part entière, mais il n'est que la scène, le lieu de rencontre et parfois de rupture.
Au final, un très bon moment de lecture pour moi, malgré ce début en demi-teinte. La suite me l'a fait oublier et seules mes notes me l'auront rappelé.
 
  • Les personnages, plein d'humanité
  • L'émotion
  • Les thèmes abordés
  • La lutte contre le SIDA et le militantisme

  • Ressemblance troublante avec City on Fire au début
  • Manque d'âme du bâtiment

11 commentaires:

  1. Contente qu'il t'ai plu et merci pour la découverte ! :)

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    1. De rien ! C'était vraiment un bon moment de lecture.

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  2. Un gros coup de cœur de mon côté ! Vraiment une excellente surprise :)

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    1. Je comprends. J'ai eu du mal a me défaire de ce outre-mer sentiment de ressemblance, mais autrement, nul doute serrure ça aurait erré un coup de coeur pour moi aussi !

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  3. Celui-ci me tente beaucoup plus que City on Fire, merci pour ton avis complet, je me le note !

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    1. La partie concernant la lutte contre le SIDA est vraiment top et le talent littéraire est bien là.

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  4. Super chronique ! ^^ Tu me fais découvrir un livre ! ;)

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    1. Merci ! J'espère qu'il te plaira autant qu'à moi si tu le tentes !

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  5. Ce livre à l'air pas mal même si à première vue, ce n'est pas mon genre de lecture de prédilection :)

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    1. J'ai vraiment passé un bon moment, perso, mais je comprends qu'on y adhère pas. En tout cas, il est hyper intéressant, ne serait-ce que pour le traitement de la maladie.

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  6. Je n'ai pas lu City on fire mais celui-ci me tente pour son sujet sur le Sida !

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