mardi 28 mars 2017

Chronique : No Home

Merci à NetGalley et aux éditions Calmann-Lévy

No Home de Yaa Gyasi

Calmann-Lévy, 2017, 450 p.

traduit par Anne Damour

Historique, Fresque familiale

Maama, esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un incendie, laissant derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, elle épouse un Ashanti, et donne naissance à une autre fille, Esi. Ainsi commence l’histoire de ces deux demi-sœurs, Effia et Esi, nées dans deux villages du Ghana à l’époque du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. Effia épouse un Anglais et mène une existence confortable dans le fort de Cape Coast, sans savoir que Esi, qu’elle n’a jamais connue, est emprisonnée dans les cachots du fort, vendue avec des centaines d’autres victimes d’un commerce d’esclaves florissant avant d’être expédiée en Amérique où ses enfants et petits-enfants seront eux aussi esclaves. Grâce à un collier transmis de génération en génération, l’histoire se tisse d’un chapitre à l’autre : un fil suit les descendants d’Effia au Ghana à travers les siècles, l’autre suit Esi et ses enfants en Amérique.

Nous nous retrouvons une fois de plus avec une fresque familiale. À croire que c'est un critère de sélection dans mes lectures en ce moment. Oui, mais non. No Home c'est beaucoup plus que ça. On ne va pas chercher à découvrir de sombres secrets de famille, puisque le lecteur les connaît déjà. On va plutôt regarder tout ce petit monde se débattre avec leur quête identitaire, chacun à sa façon.
Tout commence au Ghana (si toi non plus, tu ne savais pas exactement où c'était parce que tu as toujours été une bille en géo, je te fais un high five virtuel).

Effia et Esi sont demi-sœurs, mais elles ne le savent pas, vivant à des kilomètres l'une de l'autre. Quand la première va épouser un riche anglais qui trempe pas mal dans la vente d'esclaves, la seconde va être capturée. Au même endroit. Quelques étages plus bas.  On pourrait en juger une bien plus chanceuse, mais comme tout dans la vie, ce n'est pas si simple.
Les grands thèmes dans ce livres ne sont pas strictement les liens du sang, mais plus généralement la question des origines, de l'identité, de l'appartenance et de l'exclusion. On va suivre l'histoire d'hommes et de femmes qui vont se débattre avec ces questions. Déracinés, comme l'indique le titre, auxquels il manque une histoire, on va les observer chercher, s'épuiser à la créer, à remplir ce vide. Au-delà d'une "crise" identitaire qu'ils vont tous traverser, on va assister à un recommencement perpétuel. De mères en filles, de pères en fils, comme si chacun portait le poids de la séparation initiale, de l'arrachement du départ. Et on ne parle pas là que de la séparation d'avec la mère, mais aussi de l'éloignement géographique, du poids d'un lieu, de son importance dans la construction de l'individu. Certains vont surnager, survivre, d'autres vont s'autodétruire. 
Ce qui est frappant, et que l'on retrouve de diverses façons dans chacun des personnages, c'est à quel point le manque de repères va leur donner des difficultés à être parents eux-mêmes, malgré parfois toute leur bonne volonté.
Bien entendu, puisque nous allons traverser les siècles et les continents, nous allons aussi rapidement nous heurter au racisme. Il est plus ou moins visible selon si la peau est plus ou moins foncée, mais aussi plus insidieux. On n'appartient alors ni à l'un ni à l'autre des "clans". Il en va de même pour le milieu social. Le pays, la population, le village d'où l'on vient. La discrimination, la haine, la condescendance seront présentes partout de manière plus ou moins oppressante. Et, bizarrement, c'est parfois là où on s'attend le moins à une accalmie qu'elle a lieu.
C'est donc aux côtés de beaucoup de destins brisés et de tragédies que l'on va traverser les siècles, et  les réponses obtenues seront bien maigres. Malgré tout, la lignée continue, comme signe qu'il y a toujours un espoir.
J'ai trouvé ce roman bouleversant, je me suis attachée à quasiment tous les personnages, et l'auteure a réussi le tour de force de ne jamais me perdre. Par certains côtés, notamment dans les thèmes abordés, il m'a beaucoup fait penser à Americanah. Et c'est un sacré compliment que je fais là.
  • Les différents personnages avec chacun leurs particularités
  • Les thèmes abordés
  • Les réflexions amenées
  • La question de l'identité abordée tant sur le plan familial que social et géographique

  • Des réponses / conclusions m'ont manquée pour certains personnages

17 commentaires:

  1. Réponses
    1. Oui, j'ai vu sur LA que tu l'avais chronique aussi, mais je n'ai pas encore eu le temps de passer voir.

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  2. Faut que je le lise celui-là, apparemment, ce serait dommage de passer à côté ^^

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  3. Ce sont des thèmes qui me parlent, je pourrai tout à fait lire ce livre. Il semble d'une grande sensibilité, et tout ce qui a trait à l'esclavage, au racisme etc m'intéresse. Merci pour la découverte :)

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    1. Je te conseille sur l'esclavage l'ensemble de l'oeuvre d'Albert Memmi, grande référence sur le thème. Pour ne pas trop te spoiler il montre notamment à quel point le colonisateur construit délibérément un portrait mythique ultra dépréciatif au colonisé pour l'exploiter et faire de lui un objet de travail ! Ce thème enseigne foultitudes d'éléments sur les vices de l'être humain. Bon courage :)

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    2. Oui, et surtout des conséquences sur l'identité, même des années atouts...
      Et merci de la référence Yann, je vais regarder ça !

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  4. C'est vrai que ça a l'air poignant. J'avais vu le roman passer mais c'est intéressant d'en apprendre un peu plus.

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    1. Il est vraiment intéressant, et c'est assez fort de voir le nombre de personnages très identifiés que crée l'auteure autour d'un thème similaire.

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  5. Oh, il me le faut : j'adore les bouquins parlant de la traite d'esclaves mais pas que de... Merci pour cette découverte !

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    1. De rien ! J'en suis ravie, c'est tout le but du blog !

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  6. J'avais déjà repéré ce livre sans vraiment savoir de quoi il parlait mais je dois dire qu'il me tente beaucoup grâce aux thèmes qu'il aborde.

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    1. Les thèmes sont très bien gérés, avec des points de vue différents, je te le recommande si les sujets t'intéressent !

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  7. Le comparer à Americanah est en effet un magnifique compliment! Ce livre donne très envie et il a l'air d'être abordé avec beaucoup de justesse. Jolie chronique!

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    1. Plus au niveau des thèmes abordés de façon un peu intelligente que par la plume de l'auteure, mais je pense avoir aimé autant l'un que l'autre !

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  8. Les avis précédents n'avaient pas su me convaincre de le lire mais le tien finit par titiller ma curiosité ! :)

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    1. Aaaah, tant mieux, j'ai vraiment passé un bon moment de lecture avec lui !

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