dimanche 21 mai 2017

Chronique : La maison au bord de la nuit

Merci à NetGalley et aux éditions Presses de la Cité

La maison au bord de la nuit de Catherine Banner

Presses de la Cité, 2017, 511 p.

traduit par Marion Roman

Fresque familiale, Italie, Contemporaine

Au large de la Sicile, sur l'île de Castellamare, caillou fertile bercé par le sirocco et les légendes locales, Amedeo Esposito peut enfin poser ses valises. Élevé à l'orphelinat de Florence, ce médecin a un don pour le bonheur. Or, l'île lui réserve bien des surprises. À commencer par
l'amour : partagé entre deux femmes, Amedeo fait le choix de bâtir avec l'une. Et qu'importe si l'abandon de l'autre lui coûte sa réputation et son titre de médecin ; avec celle qu'il épouse et les quatre enfants qu'elle lui donne – dont Maria-Grazia, la rescapée, la prunelle de ses yeux –,
Amedeo restaure une vieille bâtisse surplombant l'océan et rouvre le café qu'elle abritait.
C'est ici, dans la Maison au bord de la nuit, sur fond de guerre ou de paix, de crise ou de prospérité, que trois générations d'Esposito vont vivre, mourir, aimer, se déchirer, s'effondrer et se relever, sous le regard de la sainte patronne locale, Sant'Agata, toujours prompte à réaliser quelques miracles...
Dans cette saga familiale qui témoigne d'une maîtrise romanesque rare, Catherine Banner donne vie à une constellation de personnages inoubliables.

Castellamare est un personnage à part entière de ce roman. L'île qui va abriter les Esposito recèle bien des mystères et a une âme. Dure, isolée, elle se conquiert. 
Mais la première image qu'en aura Amedeo, le patriarche, à son arrivée pour devenir médecin municipal est celle qui me reste en tête : un lieu étrange, un peu magique, nimbé d'une aura de bonheur et de féérie. L'île a sa propre sainte, sa propre malédiction, et son café, celui qui est au bord de la nuit et donne son titre au roman.

Mesquineries, rivalités, amours contrariées, commérages, mais aussi grandes amitiés, entraide et solidarité seront tout autant mis en avant à travers les habitants de cette île, qui vit quasiment en autarcie, pas vraiment en Italie. 
Malgré ce sentiment d'isolement, l'Histoire, ce XXème siècle dur, avec ses guerres mondiales, ses blessures, ses armes, va heurter de point fouet la petite île et ses habitants. 
Jusque là tranquille, Castellamare va se moderniser. L'arrivée d'Amedeo, un médecin, est le premier déclencheur de cette modification qui va s'enclencher. Assez ironique quand on se rend compte que les Esposito (dont Amedeo lui-même) seront parfois les plus réticents à ce changement.
Mon sentiment est assez ambivalent, parce que j'ai eu parfois l'impression d'étouffer, l'envie de crier à ces personnages de s'en aller, d'aller prendre une bouffée d'air frais ailleurs. Mais au final, je me suis tout autant attachée à cet endroit. Plus exactement, je me suis attachée à ce café, à cette petite affaire familiale que je n'aurais pas voulu leur voir perdre.
J'ai également particulièrement apprécié les personnages féminins de ce roman. Il n'y a pas  à tortiller, les femmes Esposito en ont dans la culotte, et c'est souvent elles qui vont prendre les choses en main et faire avancer et évoluer non seulement leur famille, mais aussi l'histoire.
Parce qu'on en vient au point faible de ce roman selon moi. Si la majeure partie du temps, j'étais embarquée et que je prenais plaisir à lire toutes ces descriptions, toutes ces anecdotes qui rendent le récit plus vivant, je me suis aussi parfois ennuyée, comme si j'étais extérieure à l'histoire. Je pense que c'est dû en grande partie au choix de l'autrice de tout italianiser à grand renfort de mots ou d'expressions en italique. À force, je n'en pouvais plus des joueurs de scopa, du limoncello, de l'arancello, etc. À trop vouloir faire couleur locale, j'avais moins l'impression de lire un roman que le Guide du Routard.
Ceci dit, j'ai tout de même beaucoup apprécié ces moments où l'Histoire heurtait Castellamare, notamment quelque temps avant la seconde guerre mondiale et la montée du fascisme et du Duce. Je connais très très peu l'Histoire vue depuis l'Italie à cette période, et ces passages m'ont littéralement passionnée.
Au final, si vous n'avez pas peur des longueurs (ou de sauter quelques lignes), je ne peux que vous recommander ce roman avec lequel j'ai passé un très bon moment.
  • Les personnages féminins
  • Le côté historique, en particulier le traitement du fascisme
  • Castellamare

  • Pas mal de longueurs

11 commentaires:

  1. Bonjour et merci pour cette critique ! Petite remarque (en tant que traductrice de l'ouvrage) : les traducteurs sont presque toujours omis des critiques... Pour eux, et parce qu'ils sont ceux par qui beaucoup d'ouvrages nous parviennent, ce serait chouette de faire figurer leurs noms quelque part dans les prochaines critiques. Accessoirement (mais pas tant que ça), ça permet aussi aux lecteurs de repérer ceux qu'ils aiment et ceux qui leur sortent par les yeux ! Merci.

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    1. Merci pr votre commentaire ! C'est vrai que les traducteurs sont les grands oubliés de la littérature en général... Merci donc pour l'idée, je vais non seulement le faire à l'avenir, mais aussi reprendre luttes anciennes chroniques en rajoutant ce «détail» !

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  2. Ca peut tout de même être une saga familiale assez sympathique je pense.
    Pourquoi pas quoi :)

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    1. Oui, c'est une chouette lecture, mais les récalcitrants des pavés risquent de ne pas apprécier 😊 (m'en fiche, j'hésite les pavés, moi !)

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  3. Ce livre me sortirait de ma zone de confort mais j'aime assez bien quand l'Histoire est racontée du point de vue humain, particulièrement d'une petite communauté ... alors pourquoi pas

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    1. Il pourrait te plaire, alors, parce que si l'Histoire n'est pas au premier plan, on en voit bien les conséquences sur la vie quotidienne des personnages !

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  4. Je ne connaissais pas du tout ce livre... En tout cas, il me fait bien envie parce que j'ai bien envie de retrouver l'ambiance des petites îles de Sicile que j'ai découvert il y a quelques années :)

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    1. Je n'y suis jamais allée, mais ça me fait bien envie maintenant :)

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  5. Hum .. Je n'aime pas tellement les récits avec beaucoup de longueurs et je risque d'être exaspéré si il y a trop de mots en italien. Je ne pense pas me pencher dessus pour le moment.

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    1. C'est sûr que si tu n'aimes pas les romans qui prennent leur temps, tu risques de passer complètement à côté !

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