samedi 10 juin 2017

Le classique du mois : Rebecca

 Je fais de la publicité mensongère quand je nomme une catégorie "du mois" alors que le dernier en date est paru en février, JE SAIS ! Mais j'avais oublié, puis j'avais piscine, et ensuite j'ai re-oublié. Alors que j'ai 3 classiques sur le feu qui attendent rien que d'être chroniqués et tout. Bref, bonnes résolutions de juin : je chronique mes classiques, et j'en lis plus parce que j'aime ça. 

Rebecca de Daphné du Maurier

1ère publication :1938

livre audio : Audiolib, 2015, 914 mn, lu par Virginie Méry

poche : Le Livre de Poche, 2016, 640 p.

traduit par Anouk Nehoff

Classique, Drame




J'en ai entendu beaucoup de bien, tout simplement. Et, très honnêtement, avant de me pencher un peu dessus, je n'étais même pas sûre qu'il s'agisse d'un classique. Bon, on ne va pas tergiverser sur la notion de classique, j'en ai une définition très personnelle, mais vous voyez où je veux en venir : je n'avais pas la moindre idée de la date de publication avant de l'avoir lu.

Sur Manderley, superbe demeure de l'ouest de l'Angleterre, aux atours victoriens, planent l'angoisse, le doute : la nouvelle épouse de Maximilien de Winter, frêle et innocente jeune femme, réussira-t-elle à se substituer à l'ancienne madame de Winter, morte noyée quelque temps auparavant ? Daphné du Maurier plonge chaque page de son roman - popularisé par le film d'Hitchcock, tourné en 1940, avec Laurence Olivier et Joan Fontaine - dans une ambiance insoutenable, filigranée par un suspense admirablement distillé, touche après touche, comme pour mieux conserver à chaque nouvelle scène son rythme haletant, pour ne pas dire sa cadence infernale. Un récit d'une étrange rivalité entre une vivante - la nouvelle madame de Winter - et le fantôme d'une défunte, qui hante Maximilien, exerçant sur lui une psychose, dont un analyste aurait bien du mal à dessiner les contours avec certitude. Du grand art que l'écriture de Daphné du Maurier, qui signe là un véritable chef-d'oeuvre de la littérature du XXe siècle, mi-roman policier, mi-drame psychologique familial bourgeois.

Mon ressenti avec cette lecture a été en dents de scie : j'ai d'abord été captivée, puis j'ai trouvé le temps parfois un peu long, puis, j'ai à nouveau été complètement immergée, avant une fin un peu abrupte.
Mais tout ça ne vous explique pas le pourquoi du comment, voici donc le pourquoi du comment. Je pense que la raison principale en est la narratrice. Héroïne dont on ne saura jamais le nom, son anonymat va servir à montrer son impuissance face à l'omniprésence de Rebecca, qui même morte hante les lieux et les personnages. J'ai commencé par trouver sa naïveté et sa fraîcheur touchantes, mais au bout de quelques semaines, je n'en revenais pas qu'elle n'acquiert pas un peu de maturité. Qu'elle soit maladivement timide ne me posait pas de problème, mais sa passivité face à sa nouvelle vie à fini par m'agacer. Ce n'est pas compliqué, j'avais envie de la secouer, de la forcer à obtenir des réponses, et si ce n'est à s'imposer puisqu'elle manque cruellement de confiance en elle, du moins de forcer la communication et d'initier doucement quelques changements minimes. Je reste persuadée qu'elle n'a jamais réussi à dompter Manderley non pas à cause du fantôme de Rebecca qui plane au-dessus, mais à cause de ses propres peurs et angoisses. Pas de problème avec le fait d'être timide et d'avoir du mal à s'affirmer, mais aies au moins un peu de clairvoyance, et fais arriver les choses !

En ce qui concerne Rebecca, le roman ne porte pas son nom pour rien. Aucun autre personnage  ne prend autant de place qu'elle, du début à la fin, si ce n'est peut-être celui du domaine de Manderley lui-même (personnellement, j'y ai vu comme une incarnation de la première Mme de Winter, de toute façon). Intrigante et mystérieuse, on comprend très vite que cette aristocrate courue cache bien des secrets et des facettes de sa personnalité. Et on va vite éprouver le même mélange de haine et de fascination que la narratrice. Comment marcher dans ses pas sans y être comparée ? Et alors, comment faire mieux qu'elle ?
Manderley, que Rebecca a façonné à son image, qui regorge de ses souvenirs, est tantôt austère, impressionnant, splendide, effrayant. Jamais chaleureux, pas envers la narratrice en tout cas. Il fait partie de ses lieux qui ont une âme, de ces lieux qu'on associé à ceux qui y ont vécu, et qui sont tellement imprégnés des évènements qui s'y sont produits qu'ils les transpirent.
La dernière partie du roman ne m'a pas tellement surprise : très sincèrement, elle est finalement plutôt prévisible. Mais elle est très bien amenée et vraiment passionnante. Surtout, on apprend enfin à connaître Max, resté jusque là très sombre et mystérieux. C'est d'ailleurs l'un de mes quelques reproches à ce livre : il y a toujours beaucoup de distance entre Max et le monde. Du coup, on a souvent du mal à se rappeler et à comprendre pourquoi la narratrice en est tombée follement amoureuse, d'autant qu'elle-même n'est pas très expansive à ce sujet.
Quelques questions demeurent sans réponses, notamment concernant la gouvernante Mme Danvers. Il s'agit clairement d'un personnage phare du roman, une autre extension de Rebecca tant elle lui est dévouée, même au-delà de la mort. Adoratrice de son ancienne maîtresse, Mme Danvers s'est érigée en gardienne de sa mémoire et risque de vous faire frissonner tant elle est glaçante et effrayante. Il est donc assez frustrant de ne pas comprendre ses réactions finales, qui sont pourtant d'une importance cruciales dans la conclusion de l'histoire. Mon hypothèse, c'est que son instinct quasi maternel envers Rebecca la pousse à protéger sa mémoire, mais c'est tout de même assez étrange.
J'ai été plus frustrée cependant par la fin et les questions qui demeurent concernant Manderley (même si j'ai là aussi une hypothèse) au vu de l'importance que le domaine a depuis le début et qui s'accentue au fur et à mesure des pages qui se tournent.
  • Le personnage de Rebecca qui nous hante et nous intrigue très rapidement
  • Ses "extensions" : Manderley et Mme Denvers
  • La tension qui s'insinue et monte crescendo
  • La narratrice qu'on voudrait bien secouer et les longueurs que son comportement amène
  •  Max, mystérieux un peu trop longtemps

17 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas du toooout cette histoire, je sais même pas comment je suis passée à côté parce que c'est typiquement le genre de livre qui me plait !
    Merci d'avoir soulagé mon ignorance et hop direct dans la Wishlist! =D

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    1. Je ne connais pas encore assez bien tes goûts pour te le dire avec certitude, mais si tu aimes bien les ambiances style soeurs Brontë, il est clairement fait pour toi !

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  2. Une nouvelle découverte qui promet d'être un bonne lecture :)

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    1. Il y a vraiment une ambiance particulièr qui s'en dégage, je te le conseille vivement !

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  4. Je ne crois pas l'avoir déjà lu, il faudrait que je répare ça !

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  5. C'est un classique qui se trouve dans ma wish list et qui m'intrigue beaucoup. Contente que tu aies aimé, malgré les quelques bémols.

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    1. Il est très intrigant, même en cours de lecture, tu peux y aller le syeux fermés !

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  6. Ah ben voilà ! Le retour du classique du mois !
    Je l'ai lu celui-là, il y a fort fort longtemps, et je ne m'en souviens plus guère (on parle classique, je parle classique, c'tout). En version audio, ça pourrait carrément le faire ! Je vais foncer à la bibliothèque un de ces 4, voir s'ils ont ça sous le coude.

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    1. Le pire, c'est que j'ai L'île mystérieuse et Les 3 mousquetaires à chroniquer, mais j'y arrive pô. Alors bon, faut que je m'auto-botte les fesses, ce qui, à mon âge avancé, n'est pas super évident niveau souplesse.
      La version audio était très agréable, en tout cas, donc si tu tombes dessus, laisse-toi tenter !

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  7. Même si c'est un classique, je ne le connaissais pas du tout ^^. En tout cas, j'ai bien envie de le découvrir :)

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    1. C'es tun lcassique relativement récent, tout de même, mais ça compte ! Il est très sympa :)

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  8. Il fait partie des classiques qui me tentent un minimum. D'ailleurs, il se trouve dans ma PAL ! J'espère sincèrement accrocher ;) Dommage qu'on n'ait pas toutes nos réponses, par contre.

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    1. Disons qu'il y a des pistes, donc qu'on peut un peu imaginer ce qu'on veut. Mais ce n'est pas clair-limpide quoi.

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  9. Un roman que j'ai très envie de redécouvrir, des années après ma première lecture, et dont je garde un souvenir flou mais saisissant à la fois ! Ok, ce n'est pas très clair, mais je me comprends :D
    Merci pour ce chouette billet :)

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