samedi 14 octobre 2017

The Girls

The Girls d'Emma Cline

10/18, 2017, 360 p.

Traduit par Jean Esch

Contemporaine

Le Nord de la Californie, à l’époque tourmentée de la fin des années 1960. Evie Boyd a quatorze ans, elle vit seule avec sa mère, que son père vient de quitter. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Mais les deux amies se disputent dès le début de l’été qui précède le départ en pension d’Evie. Un après-midi, elle aperçoit dans le parc où elle est venue traîner, un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Très vite, Evie tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais aux yeux d’Evie, il est exotique, excitant, électrique, et elle veut à tout prix s’y faire accepter. Tandis qu’elle passe de moins en moins de temps chez sa mère, et tandis que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche à grands pas d’une violence impensable, et de ce moment dans la vie d’une adolescente où tout peut basculer.
Je n'avais pas fait de lecture commune depuis un petit moment, aussi le Charmant Petit Monstre (que vous devriez tous connaître, rapport qu'elle est drôle et intéressante) aura eu droit à une version de moi faisant une LC complètement en retard et à la ramasse. 
Vous pourrez retrouver sa chronique ici.
J'avais très très très envie de lire ce livre depuis sa sortie en grand format, et c'est sa sortie en poche qui m'a décidée. Et j'ai aimé. Sauf que ce n'est pas tout à fait ce à quoi je m'attendais.
(note de moi-même (qui ça pourrait être d'autre vous demandez-vous ? moi aussi) : je viens de lire l'avis de Mimine la susnommée et on a un peu un sentiment similaire de brouillon dans la tête)
On va commencer par ce que j'ai adoré, genre vraiment. J'ai adoré Evie ado, qui a envie d'une vie un peu plus trépidante, qui a envie d'être remarquée, de ne pas passer inaperçue, mais en même temps de se fondre dans un moule et surtout - surtout - d'être aimée.

Tous ses sentiments sont décrits à la perfection, entre ses parents qui passent à côté d'elle sans la voir, sa brouille avec sa BFF qu'elle n'apprécie finalement pas tant que ça, ses obsessions pour des garçons. Le genre d'ado qui veut vivre des trucs renversants, à tout prix. Le genre d'ado tout à fait lambda qui s'embête un peu, qui voudrait être ailleurs. Qui voudrait être considérée comme une adulte même si elle est loin du compte. Bref, vous l'aurez compris, Evie se cherche. Et ce n'est jamais cliché, ou trop niais, c'est terriblement juste.
Bref, c'est la cible parfaite, quasiment le portrait-robot de celle qu'une secte voudrait dans ses rangs. Mais, contrairement aux autres filles, ce n'est pas à cause du charismatique Russell qu'elle va y entrer, y vivre un moment et refuser de voir la réalité. C'est du fait de Suzanne. Suzanne est jeune, libre, indifférente aux autres, et Evie va non seulement immédiatement l'admirer, mais tout faire pour capter son attention et attirer son amour. C'est de l'adoration pure et simple et peut-on attendre autre chose d'une gamine de 14 ans dont les parents sont en plein divorce et se soucient assez peu d'elle et qui vient de vivre une rupture amicale éprouvante ? Qu'on se le dise, les ruptures amicales sont bien aussi dures à digérer que les ruptures amoureuses.
Donc voilà, Evie est là. Et comme elle n'a d'yeux que pour Suzanne, qu'elle a envie de s'intégrer, qu'elle a envie d'être aimée et qu'elle a besoin de sentir qu'elle fait partie de quelque chose, qu'elle n'est pas toute seule, elle va fermer les yeux sur tout le reste.
Et le reste est très bien amené. Parce que comme Evie choisit de prétendre que cela n'existe pas, ou alors qu'elle ne comprend pas les conséquences et les implications de ce qu'elle voit, on n'a pas droit à des choses explicites. Mais ce qu'on imagine est encore pire. Entre la pseudo liberté sexuelle - qui sert surtout de prétexte aux hommes pour "se servir", la malnutrition, l'hygiène, la petite délinquance, l'éducation des enfants... Il y a de quoi être révulsé, et assez rapidement.
Mais l'aura de liberté qui entoure le fameux ranch fascine Evie et son adoration pour Suzanne surpasse tous ses doutes. Du coup, non seulement on ne peut la juger à aucun moment, mais on se rend bien compte de tout ce qui se trame et on ne peut pas s'empêcher de grincer des dents.
En parallèle, on rencontre une Evie bien plus âgée. La rencontre avec le fils d'un de ses amis et sa petite amie va la pousser à ressortir ces fantômes de leur placard tant elle se reconnaît dans la jeune fille. Elles ont le même besoin indicible d'être aimées, d'être considérées comme des égales de ceux qu'elles admirent et ignorent toutes deux les choses qui devraient les alarmer.
Mon problème, c'est que j'ai trouvé cette version adulte d'Evie incroyablement fade et mollassonne. Il m'a été impossible de m'y attacher. Elle permet parfois d'apporter un peu de recul à ce qu'observait Evie adolescente, mais bien trop peu à mon goût. 
Et surtout, on a finalement l'impression qu'elle n'a pas vraiment évolué, qu'elle n'a jamais réussi à franchir l'étape qui ferait d'elle une femme adulte, qu'elle n'est jamais vraiment sortie de cette expérience traumatisante. Finalement, c'est comme si elle était encore moins libre que ses anciennes compagnes. 
ça, c'est pas Evie
Là aussi, c'est très bien amené, mais quand même, ça m'a gênée. Ça m'a gênée, par exemple, que jamais le mot "secte" ne soit utilisé dans sa bouche, comme si elle minimisait, comme si elle regrettait, comme si elle était encore complètement embrigadée. Comme si même si elle savait objectivement ce qui lui était arrivé, elle était encore dans un certain degré de déni.
Et c'est très fin, c'est très bien trouvé, l'autrice nous amène à ce point en douceur (encore qu'on pourrait l'interpréter différemment, j'imagine) mais ça n'a pas fonctionné avec moi. J'étais déçue de ne plus me reconnaître en Evie comme j'avais pu m'identifier à sa version adolescente.
C'est tout de même un livre que je conseille, parce qu'il est très bien écrit, parce qu'il est émouvant, parce qu'il est fin et parce que tout ce côté concernant l'adolescence, le mal-être qui l'accompagne parfois, l'envie d'atteindre un idéal et le mépris pour ce qui reste moyen est divinement bien retranscrit.

  • Une description de l'adolescence et des émotions qui l'accompagnent très vraie
  • Le portrait psychologique d'Evie est très fin
  • La subtilité dans les descriptions de ce qu'il se passe au ranch
  • L'atmosphère glauque qui se dégage sans que l'autrice n'ai à chausser ses gros sabots
  • La version adulte d'Evie, trop fade et effacée
  • Le déni qui semble perdurer

4 commentaires:

  1. Je ne connaissais point ce livre, j'aime bien ceux qui abordent les sujets de secte, je trouve que c'est toujours intéressant donc pourquoi pas !
    Cool que tu ai quand même bien aimé ! =)

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  2. Oh j'avais beaucoup aimé (comme tu le sais, je crois), je suis contente que ça t'ait plu ! Et bien d'accord avec ton analyse de l'Evie adulte...

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  3. Me réjouis de le lire, il attend bien sagement dans ma pile :) Je note les + et les -, et j'ai hâte de m'en faire mon propre avis ^^

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  4. Ce livre m'intrigue et, en même temps, je ne peux m'empêcher d'hésiter à le lire. Je ne sais même pas pourquoi. Mais j'ai vraiment l'impression qu'il est perturbant ce bouquin. Du coup, que faire ? Je suis perplexe ^^ Mais il faudrait peut-être que je me fasse mon avis, rien qu'en l'empruntant à la bibliothèque, par exemple :)

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