mercredi 1 novembre 2017

La fille du rivage

Lu en partenariat avec LivrAddict et Folio

La fille du rivage de Pramoedya Ananta Toer

Folio, 2017, 352 p.

parution originale : 1962

contemporaine

La jeune fille d'un pêcheur de la côte nord-est de Java (Gadis Pantai signifie " la fille du rivage " en indonésien) a été demandée en mariage par un aristocrate local, fasciné par sa grande beauté. Elle a quatorze ans et, dans cette Java féodale du début du vingtième siècle, elle n'a guère le choix. Ce mariage arrangé la fait passer sans transition d'une vie certes pauvre et rude, mais libre et naturelle, à une existence cloîtrée, dans la vaste demeure ceinte de murs de son époux, le Bendoro. La jeune fille est intimidée et malheureuse, mais doit très vite s'adapter au langage et aux usages de sa nouvelle vie. Grâce à une vieille servante, elle apprend à se comporter en maîtresse de maison, à se maquiller, à se purifier et à prier..

J'aime les récits de vie. Mais je vous l'annonce, celui-ci ne va pas être très gai. Pour changer.
La fille du rivage est une toute jeune fille, presque encore une enfant. Elle a 14 ans quand on la marie à un riche aristocrate. Bye bye la pauvreté et le travail acharné pour subsister, hello l'opulence et l'oisiveté.
Oui, sauf que ce n'est pas si simple. Parce que ce mariage la fait moyennement vibrer la demoiselle. Au final, elle aurait préféré demeurer dans sa famille, réparer les filets de pêche dans son village et moudre les crevettes. Donc oui, c'est l'histoire d'un mariage forcé. Et dans cette histoire, personne ne comprend pourquoi la jeune fille n'est pas heureuse de son sort, ni pourquoi la séparation d'avec sa famille et l'environnement qu'elle a toujours connu lui est si difficile à digérer. 
Ni pourquoi elle ne comprend rien à ce que l'on attend d'elle, aux us et coutumes de son nouveau rang social. Sa seule alliée dans ce nouveau monde sera une vieille servante aux idées bien arrêtées parfois, mais qui lui sera souvent d'un précieux secours. 
Cette jeune fille à qui on vole sa jeunesse et sa liberté pourrait être l'histoire de beaucoup d'autres, et l'anonymat qu'elle garde tout au long du récit (elle est nommée Gadis Pentai, ce qui veut littéralement dire "la fille du rivage") donne non seulement un côté intemporel au texte mais aussi une impression d'universalité.
Elle va apprendre à se comporter comme on l'attend d'elle, à poursuivre un unique but : continuer à distraire son mari distant afin qu'il ne se lasse pas et ne la répudie pas. La différence de statut social entre les deux et l'importance d'un bon mariage laisse peu de doutes quant à la réussite de son entreprise, mais c'est au final pour elle la seule façon qu'elle envisage de ne pas jeter l'opprobre sur sa famille.
Mais, à l'aide de sa servante et des quelques propos que son mari lui adresse, sans compter les situations qu'elle va pouvoir observer, elle va surtout apprendre à réfléchir. La justice à plusieurs vitesses, le statut des femmes qui sont la propriété exclusive de leurs époux, le sort des riches et des pauvres, etc.
Bref, enfermée dans sa cage dorée, loin de ceux qui comptent vraiment pour elle, elle va apprendre la dureté du monde et sa cruauté.
C'est donc finalement bien plus que l'histoire d'une enfant mariée de force parce qu'il le faut, c'est aussi l'histoire d'un passage de l'enfance à l'âge adulte et surtout de la perte de l'innocence. Cette évolution se fait dans la souffrance et les larmes et là encore, c'est la cruauté d'une société qui est mise en cause.
Et au final, malgré les épreuves et sûrement un peu grâce à elles, elle va essayer de trouver une autre voie. Elle va se dresser. Et c'est le moins qu'on espère pour elle.
On va retrouver beaucoup de situations quasi oniriques, qui laissent planer une douce odeur de conte un brin cruel sur ce roman que j'ai beaucoup aimé et auquel je ne rends clairement pas justice dans cette chronique.

  • Le style qui se rapproche de celui du conte
  • La critique de la société
  • La critique de la place des femmes dans cette même société
  • L'air de liberté qui émane finalement le texte
  • Certains passages presque trop métaphoriques

6 commentaires:

  1. Sans ton avis, je ne sais pas si je me serais intéressée à ce livre mais ce que tu dis me donne envie de le découvrir.

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  2. Il est vraiment vraiment sympa. Même si sympa n'est pas du route le mur qui correspond.

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  3. Je suis en train de lire La tresse (1000 ans après tout le monde, on est d'accord) et je suis horrifiée quant aux conditions de vie décrites pour certain-e-s indien-ne-s... Ca me fait peur que certaines personnes puissent vivre de la sorte en 2017....

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  4. J'aime aussi beaucoup les récits de vie, celui-ci à l'air très touchant !
    Merci pour la découverte =)

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  5. J'ai vu passer ce livre dans mes propositions Amazon mais je me suis dit que ça avait l'air vraiment triste mais ton avis me donne bien envie de le découvrir!

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  6. Je ne suis pas forcément intéressé par ce genre de lecture, d'habitude mais là, tu es parvenue à me tenter ! Merci pour la découverte :)

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