dimanche 26 novembre 2017

Syngué Sabour - Pierre de patience

Syngué Sabour : Pierre de patience d'Atiq Rahimi

P.O.L., 2008, 155 p.

Contemporaine


Syngué sabour [sége sabur] n.f. (du perse syngue " pierre ", et sabour " patiente "). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là on est délivré.


Ma mère m'avait vivement conseillé ce livre, qui ne me disait a priori pas grand-chose.Bon, n'écoutant aucun de mes "a priori imbéciles", elle l'avait fourré de force dans ma valise au moment où je suis repartie (oui, j'ai carrément le sens de l'exagération).
Bref, je m'y suis plongée sans en attendre grand-chose. C'est un texte court et qui se lira donc vite, me disais-je. Mais comme d'habitude, maman avait raison (faux, elle a tort des fois, comme quand elle insiste pour qu'on attende minuit pile poil pour ouvrir les cadeaux à Noël). Et j'avais tort aussi parce que même s'il pourrait se lire vite, ça n'a pas été mon cas. Je l'ai dégusté, je l'ai fait durer, et il m'est arrivé plus d'une fois de poser le bouquin sur mes genoux pour réfléchir aux mots de l'auteur.
C'est l'histoire d'une femme qui veille son mari. Celui-ci est plongé dans un profond coma, dans une ville en guerre. 
Et cette femme va prendre la parole qu'elle n'a jamais eue dans son couple. Sa liberté a toujours été dans sa tête, mais jamais dans sa vie. 
Et très vite, à travers ses confidences, les propos qu'elle tient au mari immobile et incapable de réagir, on se rend compte que c'est lui sa syngué sabourEt surtout qu'elle n'aurait jamais pu dire les mêmes choses à voix haute dans d'autres circonstances. 
Cette femme s'occupe de son mari parfois avec dévotion, parfois avec lassitude, parfois machinalement, mais elle le fait toujours, même quand le danger pointe le bout de son nez. Mais ses propos, ses monologues sont en totale contradiction avec son dévouement.
Les mots sont crus, parfois vulgaires et elle joue avec ce vocabulaire qu'elle n'a jamais pu prononcer. La moindre injure n'est pas juste une provocation lancée au mari incapable, elle est surtout prononcée avec un plaisir qui se savoure, un bonheur quasi miraculeux. 

On découvre l'intimité de cette femme qui est bien loin que ce qu'elle laisse à voire, obligée qu'elle est de se dissimuler derrière une pudeur et une discrétion affectées à cause de sa religion, mais surtout de son époux.
Elle sait ce qu'elle risque à tout déballer ainsi, à se confier, mais le danger la rend encore plus téméraire. Elle se moque, provoque, force parfois le trait de tout ce qu'il ne sait pas.
C'est vraiment un texte fort qui amène à réfléchir. Bien entendu, c'est la place de la femme qui est au coeur de ce récit, mais j'ai vraiment apprécié son absence de contexte. L'auteur est afghan et son héroïne musulmane, mais je pense vraiment que cette histoire pourrait prendre corps dans n'importe quel pays, et sûrement avec une autre religion. Ici, l'islam est important, notamment par les appels à la prière qui rythment les journées, mais l'auteur en profite aussi pour dénoncer l'interprétation qui peut en être faite par certaines personnes pour arriver à des buts bien loin d'être religieux.
Finalement, maman avait raison, donc. J'ai aimé ce texte, sa portée, sa poésie et son ton parfois cru.

Ma lecture en un GIF :



- La psychologie des personnages
- L'ambiance qui passe de malsaine à carrément angoissante
- L'intégration très naturelle du fantastique
- LA FIN !!!

- Certaines des petites révélations sont assez prévisibles
- David manque un peu de profondeur

2 commentaires:

  1. Je suis intriguée. Ton avis me donne envie de quitter ma zone de confort pour lire ce livre "brillant"

    RépondreSupprimer
  2. C'est intriguant mais je n'apprécie pas le trop vulgaire dans mes lectures donc je ne sais pas trop.

    RépondreSupprimer

Laissez une petite trace de votre passage :)