jeudi 18 octobre 2018

TBTL #81 - Super Méchant

BettieRose a lancé ce RDV pour parler d'une lecture que le thème nous évoque, histoire de pouvoir (re)parler de bouquins qui nous ont marqué et qui passent vite à la trappe avec le flot de nouveautés. Vous pouvez retrouver les liens sur son blog !

 
J'ai longuement hésité pour le thème de la semaine. Non, parce que des méchants, des antagonistes, il y en a de toutes sortes : du charismatique qu'on est tenté d'apprécier malgré tout, du manichéen pur jus, du vraiment machiavélique, du super intelligent, du qui fait "mouahahahahahah" quand il parvient à ses fins...
Mais puisque c'est le mois de l'Imaginaire (et qu'octobre se prête pas mal à ces genres, je trouve), j'ai décidé de restreindre mes supers méchants à ceux qui sortent tout droit d'un de ces genre (SF, fantasy, fantastique et leurs nombreux sous-genres, donc).

Et figurez-vous que j'ai une série en cours où la super antagoniste réunit pas mal des critères sus-mentionnés. Faut d'ailleurs que je me décide à lire (et d'abord à me procurer) le tome 3... Go Les chroniques lunaires pour rencontrer la très machiavélique powerful charismatique Levana !

Levana, c'est basiquement la méchante qu'on aime détester. J'ai vraiment hâte d'en savoir plus à son sujet et que des nuances (qu'on pressent déjà) lui soient amenées ! Elle est magnifique, diabolique, déterminée et prête à tout pour arriver à ses fins, même aux pires atrocités. Et au final, on en vient à se dire qu'elle a des qualités d'héroïne, non ? Un poil plus extrêmes, quoi ! 

mardi 16 octobre 2018

115° vers l'épouvante


115° vers l'épouvante de Lazare Guillemot

Les Moutons électriques / Les saisons de l'étrange, 2018, 202 p.

Fantastique, Aventure


Que s’est-il produit dans un lointain passé sur l’île de Skellig, au large de l’Irlande ?
La manifestation d’une créature épouvantable, événement dont on trouve des traces sur une bonne partie du globe terrestre, selon une étrange diagonale de 115° qui, traversant l’Europe et l’Afrique, va se perdre quelque part dans l’Océan Indien. La chose terrifiante avait jadis été mise en échec. Or, en ce mois de mai 1925, elle s’est réveillée… et compte bien revendiquer le monde comme terrain de jeu !
Les seuls à savoir, les seuls qui, peut-être, parviendront à la contrer, sont au nombre de cinq : le Père Brown, un prêtre catholique britannique dont le hobby est la résolution de meurtres et mystères ; un jeune orphelin cornouaillais, Billy Babbridge ; ainsi que trois aventuriers américains, Hareton Ironcastle, sa fille Muriel et son neveu Sidney Guthrie. Ils se lanceront sur les traces des sectateurs de la chose et, au terme d’un périple qui les mènera au-dessus d’une faille océanique, à l’autre bout de la Terre, tenteront d’empêcher le monde de basculer dans l’horreur.


J'avais participé avec enthousiasme à la campagne de financement participatif Ulule de ce projet. Et au final, une fois reçu, je dois bien admettre que les livres ont pas mal traîné. Je me suis lancée cet été avec le premier volume de cette saison 1. Ma première impression, c'est que j'ai eu bien tort de laisser cette nouvelle collection de côté si longtemps.
Oui, ben ça va, on se calme !
C'est court, c'est rythmé, et si on ne tremble pas de terreur tout du long, les créatures décrites ont largement de quoi filer quelques frissons. 
Mais ce que j'ai le plus aimé, c'est le côté aventure un peu old school. Au niveau ambiance et personnages, on se serait quasiment cru dans un Jules Verne, et c'est un sacré compliment venant de ma part. 
La petite troupe que l'on rencontre très vite va devoir allier ses forces pour sauver le monde, rien de moins. Et tout ça part d'une bête randonnée dans les Cornouailles, d'un nuage fort étrange (et flippant) et d'un sauvetage en hydravion. Intrigant ? Vous aimerez la suite, alors !
Parce que dès le départ on est dans l'action, et sachez-le, il n'y aura que peu de pauses. D'ailleurs, les nouveaux acolytes auront à peine le temps de commencer à se raconter mutuellement le début de leurs épopées respectives autour d'un thé brûlant qu'ils devront faire face à une nouvelle sorte d'attaque. Une nouvelle sorte d'attaque, mais aussi une nouvelle sorte de monstres. 
Tout va très vite, et si on peut regretter un certain manque d'approfondissement par moments, c'est la règle du jeu avec ce format. Parce que faut bien avouer que la bande d'aventuriers de l'horreur traverse un paquet de contrées différentes et qu'une bonne partie de leurs aventures tient en quelques lignes. 
Idem pour les personnages, qui sont décrits assez sommairement. Mais, je vous l'assure, ça suffit amplement pour s'y attacher. Certains sont charismatiques, d'autres sont drôles, et tous sont complémentaires. Vous aurez même le bonheur de rencontrer une plante pensante et télépathe, et si c'est pas la classe, je ne sais pas ce qu'il vous faut !
En tout cas, vous avez la garantie de ne pas vous ennuyer, vous finirez peut-être même essoufflés !
Bref, beaucoup d'enthousiasme de ma part pour ce premier tome, et j'ai hâte de lire la suite !

Ma lecture en un GIF : 



- Le rythme
- L'ambiance
- Les créatures beurky-beurk

- Manque d'approfondissement

lundi 15 octobre 2018

C'est Lundi, que lisez-vous ? #121

Comme chacun sait, je pense, on retrouve tous les liens chez Galleane qui a repris ce RDV d'un blog anglophone.


On répond comme chaque Lundi à trois petites questions :

1. Qu'ai-je lu la semaine passée ? 

J'ai adoré La forme de l'eau. Ce n'est pas tout à fait un coup de coeur non plus, mais j'ai adoré. J'ai vraiment très très envie de voir le film maintenant, j'espère en avoir l'occasion rapidement. 
Vert émeraude conclut très bien la Trilogie des Gemmes, même si je n'ai pas eu de grosses surprises en le lisant. C'est pétillant, plein d'humour, j'ai adoré cette série, bien plus que je ne l'aurais imaginé (pour être honnête, je pensais en l'achetant que je trouverais ça naze).
J'étais fort guillerette en rentrant de la médiathèque samedi avec les deux premiers tomes du Mari de mon frère. Lus dans l'après-midi, j'ai envie de lire la suite et je suis hyper contente de m'être laissée tenter par les avis positifs, moi qui n'avais pas lu de manga depuis peut-être 10 ans. 

2. Que suis-je en train de lire en ce moment ?

   

Bandidos me ravit actuellement par l'immersion en pays hispanophones et les thématiques traitées, mais je ne suis pas hyper fan du style de l'auteur, sans que j'arrive à mettre le doigt sur ce qui me chagrine.
Je commence La première fois qu'on m'a embrassée, je suis morte et sans être particulièrement enthousiaste, j'aime assez pour le moment.
Par contre, je suis complètement in love de l'ambiance du premier tome des Ferrailleurs ! C'est burtonien (mais quand il faisait des trucs cools), agréable à lire et les persos m'envoient du rêve en barre pour le moment. Puis j'adore les illustrations. Bref, ce livre a tout bon pour moi pour le moment.

  
3. Que vais-je lire ensuite ? 

J'ai emprunté un livre audio qui me tente bien : Bakhita. J'en ai lu de très bonnes critiques / chroniques / avis, j'espère donc me régaler. 
Pour la suite, je reste quand même dans le mood SFFF, et je me lancerai peut-être aussi dans du thriller un peu glaçant en fin de mois. Mon problème étant que j'ai l'embarras du choix dans ma PAL et que je passe plus de temps à chercher que lire qu'à lire vraiment !


4. Blabla

Ce week-end, ça faisait 7 ans que j'étais avec mon cher et tendre. On s'est donc débarrassés de Paupiette pour passer une soirée en amoureux, c'était chouette, d'autant que ça n'arrive pas souvent. Faut dire qu'on est tous les deux aussi romantiques que Hermione est cancre, et c'est pas peu dire. 
Sinon, j'ai beaucoup râlé après le prix abusif des billets de train, rapport que lâcher plus d'un tiers de SMIC à la SNCF pour un A/R sur le week-end, ça m'enjaille pas des masses. Sérieusement, faut pas se poser la question de "pourquoi les gens prennent pas plus le train ouin ouin ouin". J'aime pas trop vendre un rein à chaque déplacement, m'voyez ? D'autant qu'on en a jamais que 2 et que ça repousse pas.
Bref, je suis d'humeur massacrante de manière générale, je crois que les vacances dans 15 jours vont me faire le plus grand bien.

Et vous, vous avez lu / fait quoi ? 

dimanche 14 octobre 2018

Jouons à... Chronicles of Crime

Helloooo !
Il est tout frais, il sent encore le neuf, il est issu d'une campagne KickStarter et je vous en avais parlé en février puisqu'on avait pu le tester lors de notre passage au FIJ de Cannes, c'est Chronicles of Crime ! 


Carte d'identité

Chronicles of Crime de David Cicurel
illustré par 
édité par Lucky Duck Games

1 à 4 joueurs
à partir de 10 ans 

durée d'une partie : entre 60 et 90 mn

2 extensions (5 scénarios dans le jeu de base et 4 par extension) : Noir (qui plonge dans l'ambiance des films noirs donc) et Welcome to Redview (bande d'ados des années 90)

Nécessite un smartphone et l'appli dédiée, possibilité de jouer avec des lunettes VR


C'est pour qui ? 
- Ceux qui aiment les enquêtes
- Ceux qui aiment la technologie
- Ceux qui sont prêts à ne pas rejouer à un jeu 
- Ceux qui aiment la réflexion

Comment qu'on joue ?

On choisit son scénario. On lance l'appli. On se laisse guider. Fin.
Bon, OK, il faut savoir quelques petits trucs. On commence par une scène de crime et en principe une ou deux personnes qu'on va pouvoir interroger. Le truc cool, c'est que chaque carte comporte un QR Code qu'on va pouvoir scanner grâce à l'appli et qui va nous permettre d'avancer dans l'enquête, mais aussi de décompter nos points (scanner des cartes nous fait perdre du temps, et donc des "points de victoire").

On va ainsi pouvoir observer la ou les scènes de crime (les lunettes 3D sont en option mais ajoutent un vrai côté immersif) pour repérer nos premiers indices. C'est alors pas mal d'être 2, car pendant qu'on observe et qu'on balance en rafale tout ce qu'on voit de supposément pertinent, notre partenaire peut fouiller les cartes à la recherches des indices qu'on lui donne. Il faut ensuite scanner les indices pour pouvoir les rentrer dans notre Pokédex carnet d'enquêteur.
On pourra aussi solliciter l'aide d'experts dans leur domaine, à savoir un médecin, une scientifique, un hacker et un criminologue.

De fil en auguille, on va être amené à résoudre l'enquête avec plus ou moins de difficultés et / ou de rebondissements. Quand on pense avoir fini, on va voir notre grand chef, et on a plutôt intérêt à savoir répondre aux questions qu'il va nous poser (toujours par l'intermédiaire de l'appli), sous peine d'avoir un score toupourri.

 Mon avis
Eh bien, je ne suis pas déçue ! Lors de notre premier test, on n'était pas forcément convaincus par les scènes en réalité virtuelle, mais ils ont dû améliorer le machin car c'était bien plus agréable cette fois !
Une seule enquête à notre actif et on a commencé par la plus facile. Pour le coup, on a très vite eu des soupçons, à tel point qu'on a traîné pour trouver une réelle preuve matérielle même une fois les fils de l'intrigue démêlés. Erreur, on a juste perdu du temps ! C'est ça d'être perfectionniste.

Alors, évidemment, comme pour tous les jeux du genre, on peut reprocher le manque de rejouabilité. Bah ouais, une fois que vous avez résolu une enquête, l'intérêt de la refaire est assez minime, on est d'accord. Mais je trouve le prix plutôt accessible, et des extensions sont prévues a priori (à moins que le jeu ne marche pas du tout, mais vu le succès sur KickStarter, je pense qu'on est loin du fiasco).
Un truc qui prête parfois un peu à confusion, c'est l'aspect parfois général des cartes indices. Comme elles sont utilisées pour les différents scénarios, forcément, il faut qu'ils soient assez génériques pour correspondre aux différents items représentés mais assez spécifiques pour qu'on sache lesquels choisir.
Je pense aussi qu'il faut savoir avec qui on joue, parce qu'on aura vite fait de monopoliser l'appareil. Du coup, je ne suis pas certaine que ce soit un bon plan de jouer à 4, par exemple. 2 c'est parfait (puis c'est beaucoup plus RP !).
Voilà pour les avertissements. 
Pour le reste, c'est prenant, immersif, on passe un bon moment et c'est clairement mon nouveau chouchou !

Alors, tenté.e.s ?

vendredi 12 octobre 2018

Terre de Brume, tome 1 - Le sanctuaire des dieux


Merci à NetGalley et Rageot !

Terre de Brume de Cindy Van Wilder

Rageot, 2018, 288 p.

Fantasy, Young Adult


Depuis le Bouleversement, cataclysme qui a recouvert son monde d'une brume toxique en ne laissant que de rares survivants, Héra vit à Taho dans le Sanctuaire de Prêtres de l'eau, où elle apprend à maîtriser la magie pour devenir guerrière. 
Au cours d'une mission, elle rencontre Intissar, une Sœur de Feu capable de communiquer avec les esprits. Intissar a bravé sa propre communauté pour venir avertir les habitants de Taho d'un terrible danger. Mais il est déjà trop tard : une vague de Brume, peuplée de créatures ni mortes ni vivantes, s'est levée... et frappe le Sanctuaire. Et elle frappera encore. Héra et Intissar s'allient afin d'empêcher leur monde de sombrer dans l'oubli.


Je suis toujours partante pour de la SFFF, surtout qu'on est en octobre et que c'est le mois de la SFFF. Bref, c'était le moment idéal pour lire le tout dernier roman de l'autrice !

Et je vous le dis tout net, j'ai passé un bon moment. Faut dire qu'on oscille entre féminisme, diversité et écologie qui sont des valeurs plutôt cools, donc j'approuve tout à fait qu'on le prône auprès d'un jeune public.
 
Brefons !
On va rencontrer, après un prologue assez mystérieux, deux adolescentes que tout oppose. Intissar est une orpheline qui manie la magie du Feu et qui est capable grâce à elle de se détacher de son corps pour voir les esprits, ce qui est visiblement assez badass comme pouvoir dans ce monde. Héra est elle aussi orpheline et c'est une Guerrière qui utilise la magie de l'Eau. 
Chacune vit de son côté, dans des Sanctuaires éloignés, dans un monde qui tombe en ruines puisque la Brume a tout recouvert.
Evidemment, elles vont être amenées à se rencontrer et probablement à trouver une solution qui sauvera le monde. Alors, OK, ça ne semble pas super original comme pitch. Et si je suis honnête, je peux bien vous l'accorder. C'est un point qui m'a un peu chagrinée, parce que je vois venir le truc où ces deux ados vont parvenir à leurs fins toutes seules sans qu'aucun adulte n'intervienne vraiment dans le processus, comme ça se produit dans ce tome-ci au final, où les adultes, même les chefs, font davantage figure d'embûches le long du chemin des deux jeunes femmes que d'aide bienveillante souhaitant partager leurs connaissances et suppositions. 
Mais ce qu'on ne peut pas retirer à l'autrice, c'est que ça fonctionne. Et si ça fonctionne, c'est parce qu'on sent qu'il y a tout un background à cet univers. Alors comme je suis pointilleuse et exigeante, j'aurais préféré qu'on en sache davantage sur tout ça, mais vu que le public-cible est assez jeune, j'entends bien qu'on n'a pas forcément les mêmes attentes.
Ce qui fonctionne aussi très bien et qui est un énorme point fort du bouquin, c'est le système magique. Quand on utilise la magie, il y a une contrepartie à payer. Pas de sacrifice humain ou de dépense d'énergie (a priori) ici, mais il faut une portion de l'élément que l'on maîtrise, mais surtout, une fois la magie opérante, on laisse échapper de la Brume... La même Brume qui a recouvert le monde, donc. On pourrait se dire que du coup l'utilisation de la magie est hyper réglementé, qu'on a le droit de l'utiliser uniquement en cas d'urgence ou quoi... Mais non. L'être humain n'apprend pas de ses erreurs, c'est visiblement une vérité générale quelque soit le monde...
Les personnages sont plutôt cools et changent de ce qu'on voit souvent dans le genre. Déjà, on n'a pas affaire à des "blancs", puisqu'on parle beaucoup des héroïnes comme ayant la peau plus ou moins sombre. Et en SFFF, c'est quand même pas si fréquent. Ce sont des nanas (on en trouve davantage maintenant, entre la bit-lit et le YA, mais ce n'est pas encore une sinécure), et je pense bien que l'autrice pose les jalons pour qu'une romance naisse entre ces deux demoiselles.
Encore des points bonus, donc, mais qui ne vaudraient pas grand-chose si les persos étaient écrits avec les pieds, on est bien d'accord. Ce n'est pas le cas. Cependant, j'ai eu un peu de mal à encadrer Héra qui est un brin arrogante et du coup agaçante. Par contre, cœur avec les mains pour Intissar. Elle est impulsive et parfois irréfléchie. Mais elle est adorable, courageuse, elle se bat pour les valeurs qu'elle juge importantes, elle est volontaire, maline et a plus d'un tour dans son sac. 
En bref, je serais ravie de lire la suite, en espérant que l'autrice nous montre davantage du monde qu'elle a construit et que certaines choses (genre les références à la mythologie) se mettent à faire vraiment sens. En tout cas, j'ai déjà envie de retrouver nos deux héroïnes et de vérifier mes théories !

Ma lecture en un GIF : 


- L'univers
- Le système magique
- Les valeurs défendues par le livre
- Le style

- Intrigue assez bateau dans un premier temps
- Les adultes complètement inutiles


De la même autrice :

jeudi 11 octobre 2018

TBTL #80 - Écureuil

BettieRose a lancé ce RDV pour parler d'une lecture que le thème nous évoque, histoire de pouvoir (re)parler de bouquins qui nous ont marqué et qui passent vite à la trappe avec le flot de nouveautés. Vous pouvez retrouver les liens sur son blog !

 
Bon, ben cette semaine, je vous présente une de mes toutes dernières lectures, pas d'hésitation, parce que j'ai très envie d'en reparler ! 
On va donc aller rencontrer les deux frères de Comme un seul homme de Daniel Magariel. Pourquoi ? Accrochez-vous, c'est un poil capillotracté (best jeu de mots ever !) : il se trouve qu'à un moment, les frérots doivent amasser un peu d'argent pour une raison particulière, et ils vont l'économiser et le planquer. Comme un écureuil, quoi. 

Le trio formé par le père, le frère et le narrateur, les allégeances et la loyauté, c'est le cœur du récit. Le narrateur est un tout jeune garçon, tout juste adolescent. Pour vivre de façon officielle avec son frère et son père, qu'il idolâtre, il est prêt à tout. Mais surtout, il ne veut plus vivre avec sa mère, faible créature à cause de laquelle tout a foiré dans leurs vies. 
Manipulations, culpabilisation, colère, comportement erratique et imprévisible, ce père a plus d'un tour dans son sac pour garder la main-mise sur ses garçons, et la façon dont il s'en sert est de plus en plus tordue au fur et à mesure qu'il sent qu'il 
Et l'auteur brille avec son épilogue, qui sonne comme un rêve lointain, celui de tous les possibles, celui où y croire était non seulement possible, mais où il était même inimaginable de penser autrement. 

mardi 9 octobre 2018

Monsieur Viannet


Merci à Babelio et aux éditions de la Table Ronde

Monsieur Viannet de Véronique Le Goaziou

La Table Ronde, coll. Vermillon, 2018, 208 p.

Contemporaine, Société


Monsieur Viannet a cinquante ans et vit dans un minuscule appar tement, du côté de Bastille. Monsieur Viannet a autrefois été bel homme. Sportif. Monsieur Viannet a fait l’armée. Monsieur Viannet, surtout, a été acquitté après avoir été accusé du meurtre de son père. Entre la prison, les foyers d’urgence et les hôtels minables, Monsieur Viannet appartient à ce qu’il est convenu d’appeler le quart-monde. Il ne voit plus ses enfants, et sa femme n’est plus qu’un témoin de son passé. Monsieur Viannet ne sort plus. Il a ses cigarettes qu’il fume à la chaîne, ses bières qu’il vide du matin au soir, son écran plat qu’il n’éteint jamais. Monsieur Viannet est, que cela nous plaise ou non, notre exact contemporain.


Je suis éducatrice spécialisée. Si j'ai beaucoup travaillé (et encore actuellement) dans le domaine plus spécifique du handicap, je fais quand même partie de la grande famille des travailleurs sociaux (et je m'en souviens régulièrement quand je rencontre les familles, notamment). 

Entre mes stages et les remplacements que j'ai pu effectuer, j'ai bossé avec des gamins placés, avec des jeunes qui ne trouvaient pas de logement, et (très peu) en post-cure pour usagers de drogue. J'ai travaillé dans des lieux où Monsieur Viannet aurait pu séjourner, dans lesquels il aurait pu bénéficier d'un accompagnement. Peut-être du mien. 

Et ça m'a sérieusement piquée. 
Parce qu'on a beau être motivé, on a beau avoir envie d'aider au mieux les personnes qu'on accueille, ben ça ne "marche" pas à chaque fois. Statistiquement, ça "marche" assez peu. Et j'en profite pour une petite parenthèse "politique", ça va pas s'arranger. Entre  les coupes franches dans les subventions et le personnel auquel on demande de plus en plus une démarche quantitative plutôt que qualitative, évidemment qu'on s'occupe moins bien de notre travail et que dans certains domaines, les personnes concernées deviennent de plus en plus facilement des dossiers.

Monsieur Viannet est réaliste. Les dialogues, les situations, les faits, pourraient être réels. Il est passé par la case foyer, par la case prison, par la case centre de réinsertion, il est allé en cure, en post-cure. Monsieur Viannet n'a pas d'avenir et son passé est trop dur pour qu'il s'y penche. Monsieur Viannet fume des clopes, boit des bières, regarde la télé et ne sort plus de chez lui. Monsieur Viannet n'a plus grand-chose d'autre. 
Et l'enquêtrice face à lui, engagée par une asso qui a un peu suivi l'homme quelques années plus tôt, s'en rend vite compte. Il se dégage de lui de la résignation, une certaine idée de la fatalité, mais pas de désespoir, parce qu'il est au-delà de ça, déjà. 

Elle va essayer de rester "à sa place", de trouver la "bonne" distance, de ne pas trop s'impliquer émotionnellement. Comme n'importe quel travailleur social, au final. Et ça va être difficile, parce que Monsieur Viannet n'est pas qu'un numéro de dossier, c'est un homme, avec du sens de l'humour, des colères, une histoire et une épouse. Cette femme va un peu trianguler la relation, l'apaisant, complétant les réponses de Monsieur Viannet ou au contraire en attisant sa colère.
Monsieur Viannet est lucide, conscient de sa situation. Sa vie a "glissé", c'est son expression, elle a "glissé" dès le début. Tout le monde n'a pas la même chance au départ, et il n'en a pas eu du tout. Pareil pour sa femme. Avoir une vie normale après ça ? Difficile. Impossible, peut-être. 

En tout cas, lui, les institutions, programmes, cures, formations ne l'auront pas aidé. Pas assez.
C'est un roman pessimiste et dur, mais c'est aussi un roman plein d'humanité. Je l'ai aimé, j'y ai reconnu des situations, des choses que je côtoie. C'était un peu déprimant parce que ça a fait mal à ma vocation, mais même si je peux être carrément cynique, je suis aussi une optimiste. Et je suis certaine que Monsieur Viannet n'a pas à être la règle. 


Ma lecture en un GIF : 



- La dimension réaliste
- Les dialogues
- Les personnages

- Un récit qui peut sembler très pessimiste