samedi 24 février 2018

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage



L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage de Haruki Murakami

GF :Belfond, 2014, 368 p.

poche : 10/18, 2015, 354 p.

Traduit par Hélène Morita

Contemporaine


Ce roman de formation de type réaliste (les formes de réalisme magique ou de surréalisme de l'auteur y sont confinées aux récits et aux rêves) suit l'itinéraire de Tsukuru Tazaki, un homme qui veut comprendre pourquoi sa vie a déraillé seize ans plus tôt, et la redémarrer.

Dans le Nagoya du début des années 1990, le lycéen Tsukuru était un amateur de petits trains membre d'un groupe d'amis, trois garçons et deux filles inséparables dont les noms évoquaient une couleur en japonais ; tous sauf le sien, incolore. Mais à 20 ans, durant sa deuxième année d'université, il a été sans explication exclu du groupe un jour de 1995 ; plus tard, son seul ami de fac a disparu. Blessé, hanté par un sentiment de vide, il en gardera l'amère impression d'être anormal.

Dans le Tokyo de 20116, l'ingénieur Tazaki est un célibataire de 36 ans qui travaille à concevoir et rénover des gares pour une compagnie ferroviaire, et dont la nouvelle petite amie de deux ans son aînée travaille dans une agence de voyages. Quand il lui avoue son traumatisme, elle le convainc d'affronter son passé et lui localise ses ex-amis. Il entame alors un pèlerinage pour les confronter un à un, quête qui va le ramener dans sa ville natale puis l'envoyer à l'autre bout du monde.

En commençant cette chronique, deux questions me taraudent. Comment réussir à parler de ce livre qui me laisse encore un sentiment assez indéfinissable tout en lui rendant justice ? Mais surtout, pourquoi, pourquoi, POURQUOI n'ai-je jamais lu Murakami avant ?
Sérieusement, c'est typiquement le genre d'auteur qui a tout pour me plaire : un style propre à lui, assez recherché tout en restant très accessible, un univers qui oscille entre une émotion qui ressort de chacune de ses phrase et un côté onirique hyper présent. Tout pour me plaire, donc.
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage est un récit touchant, plein d'émotions, propice à l'introspection, parfois cru et surtout assez mélancolique. Tout en lenteur et en réflexions, il ne manque néanmoins pas de rythme, loin de là. 
Il y a énormément de thématiques abordées, tellement qu'on peut se demander où l'auteur nous emmène, où il veut qu'on le suive. Mais c'est tellement doux, on s'y sent comme dans un cocon, alors on avance. Même si on va passer quelques moments difficiles, à l'instar de Tsukuru, on ne veut pas quitter ce morceau de vie qui nous est conté. On va parler de la mort, du passé, de comment on vit avec, de comment on avance, de comment on se (re)construit. Et surtout, surtout, on va parler d'amitié. 

Du genre qui forge, mais qui peut aussi détruire. Du chagrin d'amitié qui est souvent plus dur à encaisser que le chagrin d'amour. Et tout ça avec une poésie indéniable. 
On rencontre Tsukuru alors qu'il est adulte, et relativement avancé dans cette étape de sa vie. Son adolescence commence à être assez lointaine, mais elle l'a marquée avec une force et une violence incroyable. Lui qui se sent incolore (un joli mot pour dire inutile), dès le départ, on est au jus : les gens qui l'entourent sont des couleurs, pas seulement du fait des noms qu'ils portent, mais parce que ce sont eux qui colorent sa vie. Et c'est une très jolie métaphore.

Il lui faudra donc bien des années de pèlerinage, et pas mal de courage, pour se trouver et comprendre finalement comment les autres le voient / l'ont vu.
Apparté : ma seule incompréhension face à Tsukuru reste cette passion pour les gares. Sérieusement, les trains, je peux comprendre. Mais les gares ?! Même pas les gens dans les gares, hein, juste les gares. Personnellement, je n'ai jamais trouvé d'apaisement à aller traîner à Gare du Nord, c'était même plutôt l'angoisse, mais chacun son truc !
Au final, ma seule déception reste la toute fin, mais ma foi, on ne peut pas réussir à combattre tous ses démons ! J'aurais aimé que Tsukuru puisse se suffire à lui-même, ou en tout cas, qu'il comprenne sa valeur en tant qu'individu et qu'elle ne dépende pas systématiquement des gens qui l'entourent et auxquels il tient. Si son évolution est indéniable (et si j'ai adoré la suite), cet homme a toujours besoin d'être conforté par l'amour et l'estime de ceux qui l'entourent. 

Ma lecture en un GIF : 



- Le style
- La poésie
- Les thématiques abordées
- La quête de Tsukuru de manière générale

- La toute toute fin


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6 commentaires:

  1. Et ben... Merci pour la découverte, je garde bien ne tête cet auteur !!

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  2. Il est dans ma PAL et il faut vraiment que je le lise !
    De cet auteur, j'ai lu Sommeil, j'avais beaucoup aimé on style =)

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  3. Oh tu me donnes envie là ! Je n'ai jamais lu de Murakami, j'ai les 1Q84 dans ma Pal mais finalement leur taille me fait un peu peur haha. Donc je garde celui-là dans un coin de ma tête, peut-être que ce sera mieux pour commencer avec l'auteur :)

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  4. Waaaw ça donne envie! Je n'ai pas encore lu de Murakami :x mais il faut aussi asbolument que je me lance

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  5. Un très joli billet qui me donne envie de parler de ce livre que j'ai lu il y a un moment mais que je n'ai pas chroniqué... (et manifestement il faut que je relise la fin!!)
    En effet Murakami a beaucoup de talent, j'espère que d'autres de ces romans te plairont également.

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  6. J'entends beaucoup de bien de cette auteure ! Pourtant, j'hésite à me lancer car je ne suis pas sûr que son style soit fait pour moi. Mais, à mon avis, je tenterais quand même un jour :)

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