mardi 6 mars 2018

Les nouvelles courtisanes

Merci à Kero et Babelio pour cette lecture

Les nouvelles courtisanes de Nadia Le Brun

Kero, 2017, 192 p.

Reportage, Essai


Après avoir surpris son ex avec la baby-sitter, Nadia Le Brun, la quarantaine fringante, s’est interrogée sur l’attrait des hommes mûrs pour les jeunes filles. Chemin faisant, elle a découvert un nouveau monde fait d’érotisme et de vénalité, les sugar babies : des étudiantes, belles et brillantes, entretenues par un ou plusieurs mécènes bien plus âgés contre relation en CDD. En France, elles seraient 40 000 à être inscrites sur les sites mettant en relation les sugar babies et les sugar daddies, et des millions dans le monde. Entre curiosité et sidération, Nadia Le Brun a mené l’enquête, à coup de faux profil et d’échanges de mails très osés, avec beaucoup de questions en tête : quel parcours ont mené ces étudiantes pour vendre leur corps à des hommes parfois trois fois plus vieux ? Quelle est leur sexualité ? Comment leurs « pygmalions » justifient-ils ces rapports tarifés d’un nouveau genre ? Et l’amour dans tout ça ?
Elles se sont livrées sans pudeur, ils ont accepté de témoigner sans tabou, et vous invitent désormais à pénétrer dans le monde feutré des courtisanes du XXIe siècle.


J'ai toujours été intéressée par les documents (livres, films, etc.) traitant de la prostitution. Pendant ma formation, j'avais assisté à une conférence sur le sujet, dont une grosse partie s'était concentrée sur les étudiantes qui utilisaient le net pour se vendre. Du coup, vu le thème de ce bouquin, j'étais très contente de le recevoir.
On va commencer par les points négatifs que j'ai relevés. Comme ça, ce sera fait, et on pourra se concentrer sur le bon. Le titre, la couverture toute douce, et la façon dont quasiment toutes les personnes interrogées appréhendent ce phénomène des sugars enlève beaucoup du côté que je trouve personnellement assez glauque. Pour moi - et on pourra essayer de me prouver par A + B que ce n'est pas le cas, je n'y adhèrerais pas - cela reste de la prostitution. Certes, les nanas ne sont pas sur le trottoir, mais dans notre société actuelle, je pense qu'Internet peut aisément le remplacer. Certes, elles ne se font appeler ni prostituées ni escort, mais c'est justement à mon sens la plus grosse partie du déni total dans lequel ces femmes et leurs clients vivent. 
Alors, attention, je ne leur jette pas la pierre. Le contexte économique est tel que je peux comprendre le choix (personnellement, rien qu'avec mes horaires de stage fluctuantes et en internat, je n'aurais clairement pas pu prendre un boulot à côté, donc je remercie les bourses et la "gratification" de stage, même si j'étais clairement en-dessous du seuil de pauvreté).  Je peux même comprendre la curiosité et l'excitation de l'interdit (et de l'argent "facile"), et après tout, chacun fait ce qu'il veut de son derrière.
Mais j'ai trouvé qu'avec le contenant et les témoignages et la façon un peu "boudoir" dont le sujet était abordé, ça apportait quasiment une touche glamour à la prostitution des étudiantes. Je me dis même qu'une jeune nénette qui lit ce livre peut avoir envie de tenter l'expérience plutôt que de bosser au McDo ensuite.
Parce que, et c'est mon deuxième point négatif, le livre manque un peu de consistance. Quelques analyses socios et psychos auraient été bienvenues pour ma part. Quelques témoignages plus négatifs qu'un soixantenaire en plein chagrin d'amour aussi. Mais malgré la parole libérée qui nous est vendue sur la 4è, aucune des demoiselles interrogées ne parle d'un client qui se serait mal comporté, par exemple. La seule qui l'évoque ne fait que ça, l'évoquer. Dans le genre, clairement, je ne peux que recommander le film Mes chères études. Il est clair qu'il n'aborde pas tout à fait le même sujet, mais il entraîne, je trouve, davantage de réflexions. 
Pour le reste, l'autrice fait à mon sens un sans faute. Elle dévoile complètement les raisons de ceux qui acceptent de lui parler, et on comprend pourquoi le terme de prostitution n'est pas employé. Les jeunes filles ne veulent pas y être réduites, la plupart se préparant à de "grandes" carrières. (Je suis cynique et je ne leur souhaite pas, mais dans 20 ans, si le scandale sexuel leur pète au nez, à mon avis, leurs carrières risquent d'être sacrément raccourcies...). Comme d'habitude, les hommes s'en tirent plutôt mieux dans ce genre de situation : ce sont eux les grands princes, et ce sont eux qui dirigent ces relations - malgré tout ce qu'elles peuvent avoir de factice - sans même avoir à assumer de faire partie de l'industrie de la prostitution, puisque le terme n'existe pas dans ce joyeux petit monde. 
Si l'on a parfois le point de vue personnel de la journaliste, c'est en connaissance de cause, et je ne peux que saluer son impartialité autour d'un sujet qui la touchait d'assez près d'un point de vue personnel vu qu'il est la cause de son divorce. 
AU final, ce livre est sûrement une bonne entrée en matière, mais si le sujet vous intéresse plus particulièrement, vous risquez de rester un peu sur votre faim et d'avoir besoin de trouver des informations ailleurs. Par contre, il est assez court et se lit particulièrement vite, grâce d'un côté aux témoignages très nombreux et de l'autre au style de l'autrice qui rend le tout très fluide.
Ma lecture en un GIF : 
- L'impartialité de l'autrice
- Le style très fluide et agréable
- Un bon récit pour aborder le sujet

- Manque un peu de consistance et d'apports théoriques
- Glamourisation (involontaire) du phénomène 


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1 commentaire:

  1. Je me souviens que ce phénomène de prostitution estudiantine (car, comme toi, je pense clairement que c'est de la prostitution) a beaucoup éclaté lorsque j'étais étudiante et ça foutait bien les boules. Moi, sans mes parents, sans les bourses, je ne sais pas comment j'aurais fait. Ouais, je bossais le WE au McDo mais clairement, tu vis pas qu'avec ce revenu. Ce livre doit être intéressant mais bon, si c'est pas assez creusé, je crois que ça me saoûlerait en fait. Dommage!

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