vendredi 23 mars 2018

Pour que je sois la dernière


Merci à Fayard et NetGalley

Pour que je sois la dernière de Nadia Murad

Fayard, coll. Documents, 2018, 392 p.

Traduit par Odile Demange

Témoignage


La vie de Nadia Murad a basculé le 15 octobre 2014, lorsque les djihadistes de Daech sont entrés dans le petit village de Kocho, en Irak. Ce jour-là, après avoir rassemblé tous les habitants de cette communauté yézidie dans l’école, les terroristes les ont méthodiquement tués ou kidnappés. L’horreur avait été programmée : les hommes qui refusaient de se convertir à l’islam devaient rejoindre dans les fosses les femmes jugées trop vieilles pour servir. Et parmi elles, la mère de Nadia Murad.
La jeune Yézidie est emmenée à Mossoul avec des milliers d’autres jeunes fi lles pour y être vendue. Servante, esclave sexuelle, elle devient la prisonnière de combattants de l’État islamique, jusqu’à sa fuite miraculeuse, grâce à l’aide d’une famille irakienne sunnite.
Nadia Murad, meurtrie par la disparition de tant des siens et par ce qu’elle a subi, vit aujourd’hui en Allemagne. Malgré les humiliations, elle a décidé de prendre la plume pour tout raconter. Pas pour elle, puisqu’il est déjà trop tard, mais pour tous les Yézidis et pour toutes les autres femmes victimes de violences.
Aujourd’hui, Nadia Murad n’a qu’un seul souhait : « Être la dernière fille au monde à avoir à raconter une histoire pareille. »
Ce livre est son histoire.


Vu le thème abordé et le fait qu'il s'agit d'un témoignage, vous comprendrez bien qu'il ne m'est pas possible de rédiger un "avis", une "chronique" et encore moins une "critique". 
Je peux parler de ce livre, je peux donner mon sentiment de lecture, je peux espérer vous donner envie de le découvrir, parce que c'est un témoignage important. Mais je me retrouve bien embêtée, parce que c'est compliqué. Je n'ai pas envie de ne pas rendre justice à ce qu'il faut de force et de courage pour relater cette expérience tragique qu'a vécu Nadia Murad. 
Pas de GIF dans cet article, pas de "lol", pas de marrade, pas de jeux de mots foireux, donc. Un peu de sobriété et de retenue pour aborder ce qu'il se passe dans notre monde à nous, sûrement encore en ce moment même et dont on parle bien trop peu.
Nadia Murad avait une vie, avant. Pauvre, certes, mais pleine de joie de vivre, de promesses d'avenir, d'espoirs, de rêves. Elle avait une famille, unie, soudée, des amis. Elle faisait partie d'une communauté solidaire, qui essayait de vivre en harmonie avec ses voisins au mépris des différences de culture. 
Puis Daesh est arrivé.
Les habitants de son village ont été parqués, tués, vendus, torturés, violés, utilisés, battus. Objectifiés. Assassinés, même pour ceux qui restaient. Quand on est réduits à moins qu'un animal, moins qu'une plante verte, est-ce qu'on est encore vivant ?
Nadia Murad ne fait pas dans le voyeurisme, dans le sensationnel. Elle s'en est sortie, elle a eu de la chance. Mais la culpabilité du survivant hante chacun de ses mots. La culpabilité de la victime aussi. Quand elle se reproche de ne pas s'être débattue davantage, de ne pas avoir crié, frappé, mordu, impossible de ne pas se remplir d'empathie. Chacun réagit comme il peut, et essayer de se retrancher dans une partie de soi qui demeure inaccessible à l'extérieur est une manière de se défendre aussi valable qu'une autre, et pas forcément moins efficace.
Mon cœur s'est serré plus d'une fois à la lecture de ce texte, parce que je sais que c'est arrivé. Ce n'est pas de la fiction, même si ça pourrait ressembler à ce que n'importe laquelle de ces dystopies qui traîne dans votre bibliothèque dénonce.
Vous n'aurez pas le détail de ce que cette jeune femme a pu vivre de glauque, de scabreux. Vous aurez un témoignage sobre et sans fioritures. Un de ceux qui marque et qui révolte. 
J'espère que vous le lirez. Que ce texte sera partagé, qu'il fera du bruit et qu'il sera un véritable coup de poing dans la figure pour chacun de ses lecteurs. Mais surtout qu'il participera à ce que notre monde change un petit peu.

Ma lecture en un GIF : 


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8 commentaires:

  1. Merci d'en avoir parlé, et de l'avoir fait avec cette retenue inhabituelle. Je n'avais pas entendu parler de ce témoignage avant, c'est maintenant chose faite, et je le note pour à mon tour le lire et le faire passer à d'autres.

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    1. J'espère vraiment que tu le liras. Il vaut sacrément le détour, d'autant qu'il s'agit de sujet qui ne sont généralement pas trop abordés dans les médias. J'ai hâte de voir ta chronique.

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  2. Un texte qui a l'air puissant et plein d'émotions... sans doute un peu trop pour moi. J'ai déjà eu du mal avec Nos étoiles contraires alors que c'est une fiction... je n'imagine même pas mon état après la lecture de celui-ci :(

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    1. Je pense que c'est davantage un texte révoltant qu'autre chose. En fait, la différence, c'est que Nadia Murad n'est clairement pas là pour faire pleurer dans les chaumières. Elle relate son expérience sans fioritures, et il n'y a pas de drama inutile.

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  3. J'ai toujours peur avant de me lancer dans la lecture de ce genre de témoignage. L'actu m'attriste tellement tous les jours alors lire de la tristesse me fait peur. C'est égoïste, j'ai l'impression, mais voilà, j'ai peur de lire ce genre de témoignage...

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    1. Un des gros points positifs de ce témoignage, c'est que même si elle ne nous épargne rien, elle ne rentre pas dans le détail et ne fait pas non plus dans le sentimentalisme. En fait, c'est assez factuel et relativement peu littéraire, ce qui n'enlève rien à l'horreur de ce qui se passe mais je trouve que du coup, non seulement ça fait plus vrai mais en plus ça nous permet en tant que lecteur d'être - pris dans une tourmente de sentiments.

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  4. Un texte qui a l'air très puissant... Je retiens !

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    1. Franchement, j'espère que tu le liras virgule il vaut vraiment le détour et il est à mettre vraiment entre toutes les mains.

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