samedi 28 avril 2018

Coupez !


Coupez ! de Cameron McCabe

1ère publication : 1937

Sonatine, 2018, 377 p.
Policier

Un polar Hollywoodien entre roman noir et jeux littéraires. 
Années 30, Londres. Cameron McCabe travaille au montage d'un film, lorsque son producteur lui demande de couper toutes les scènes dans lesquelles intervient une jeune actrice, Estella Lamare. McCabe a du mal à comprendre cette décision aussi surprenante que soudaine. Le lendemain, le corps d'Estella est retrouvé dans la salle de montage. 
McCabe décide alors de mener seul son enquête. Il nous raconte ses pérégrinations dans le monde du cinéma et compte les suspects, nombreux autour de lui. 
Tout à coup, son récit s'arrête. 
Et l'affaire prend une tournure tout à fait inattendue. 

Publié en 1937 et inédit en France, Coupez !, qui évoque les intrigues particulièrement élaborées d'un Paul Auster, est d'une modernité tout à fait exceptionnelle. L'identité de l'auteur, qui est restée un mystère pendant des décennies, a elle-même donné lieu à une enquête passionnante relatée en annexe de l'ouvrage. 
Préface de Jonathan Coe.


J'annonce, mon avis va être difficile à retranscrire. 
Déjà, c'est un bouquin qui date de 1937, ce qui n'est pas exactement hier. 
Ensuite, clairement, et c'est annoncé tout aussi clairement, c'est un livre qui prend les codes du roman policier, et même du roman noir en général, les regarde 2 minutes et leur tourne le dos.
Du coup, on peut bien se le dire, c'est franchement déstabilisant.
Mais retransrire le truc avec zéro spoil, c'est compliqué. Un dont vous vous rendrez très vite compte si vous lisez le livre : le nom du héros, c'est aussi le nom de l'auteur. Et cet auteur est resté inconnu pendant des années. En lisant ce livre, rien que ça, ça fait se poser des questions.
Tu es donc plongé dans ta lecture. Première chose qui frappe, surtout pour un truc qui date un peu, c'est le ton. Le cynisme, l'humour très noir. Les dialogues savoureux. J'ai adoré ce style, mais je suis certaine que d'autres détesteraient. Dans mon cas, et en particulier dans les échanges entre Smith, l'enquêteur officiel de Scotland Yard, et McCabe, notre héros monteur dans le cinéma, j'ai trouvé que c'était truculent. Et je n'utilise pas ce mot souvent, sachez-le.
Bon, ensuite, j'ai commencé à me perdre dans les personnages ou certaines situations. Il y a des ellipses temporelles - volontaires - qui se justifient par la suite mais qui clairement sont déstabilisantes. 
Et, dans mon cas, je ne comprenais plus où on en était. Sache-le, ami lecteur, ce n'est pas un livre qui se lit quand on est claqué d'une grosse journée. Pour te donner un ordre d'idée, j'ai cru tour à tour avoir malencontreusement sauté un chapitre avec ma liseuse, puis avoir obtenu un fichier mal mis en page et pour finir, j'ai tout repris depuis le début parce que je ne captais plus rien.
C'est pour moi l'énorme défaut de ce livre : il nécessite non seulement de la concentration mais aussi beaucoup de bonne volonté. Parce qu'il en faut quand on arrive à un point de l'intrigue où on ne sait plus qui est qui, pourquoi untel arrive dans cette situation, et pourquoi machin a fait tel truc alors qu'on n'a pas le lien de cause à effet rapport qu'il s'est peut-être passé 3 jours entre deux scènes et qu'on n'est pas au courant. Donc ouais, la temporalité est un brin mal maîtrisée, mais je pense aussi que ça fait partie de  l'exercice de style que l'auteur s'était imposé. N'empêche, j'étais aussi perdue qu'une baleine bleue dans la mare de mon voisin.
Mais si on s'accroche, et le style donne envie, on découvre finalement un truc assez fou. Pas tant dans l'intrigue que dans la façon de s'y prendre. L'auteur se moque des romans policiers aux intrigues si bien ficelées qu'elles en sont improbables, l'auteur se moque du microcosme du cinéma, l'auteur se moque de sa société avec une grosse dose d'humour noir et surtout, l'auteur se moque de son enquêteur officiel. Mais l'auteur se moque également des critiques littéraires de l'époque, et cela sera une grande (et excellente) partie de la phase 2 de ce livre. Parce qu'après le livre en lui-même et son intrigue déstabilisante, tu vas découvrir une sorte de post-face qui reprend le bouquin en question et les analyses et critiques qui en sont faites. Analyses fictives (mais pas tout à fait) puisqu'elles sont partie intégrante du bouquin. 
En bref et en clair, ce livre est fou. Je n'ai pas adhéré plus que ça du fait de mes difficultés à m'y immerger, mais ce livre est incroyable.

Ma lecture en un GIF : 



- Le style de l'auteur
- L'humour et le cynisme
- Le dézingage des codes du genre en bonne et due forme

- Une temporalité difficile à suivre
- Des personnage peu différenciés


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3 commentaires:

  1. Haaan tu titilles ma curiosité !
    Je note, quand j'aurais le courage de me lancer dedans du coup^^

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    1. Oui, tu as raison, c'est un récit assez exigeant au final, mais très intéressant.

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  2. Tu me donnes très envie de relever le challenge de ce livre. J'adore ta chronique ! Ce livre a l'air tellement particulier, tellement original que je meurs d'envie de le découvrir. Merci pour la découverte !

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