mardi 3 avril 2018

Filles de la mer


Merci à Robert Laffont et NetGalley

Filles de la mer de Mary Lynn Bracht

Robert Laffont, 2018, 432 p.

Traduit par Sarah Tardy

Historique


Sur l'île de Jeju, au sud de la Corée, Hana et sa petite sœur Emi appartiennent à la communauté haenyeo, au sein de laquelle ce sont les femmes qui font vivre leur famille en pêchant en apnée. Un jour, alors qu'Hana est en mer, elle aperçoit un soldat japonais sur la plage qui se dirige vers Emi. Aux deux filles on a maintes fois répété de ne jamais se retrouver seules avec un soldat. Craignant pour sa sœur, Hana rejoint le rivage aussi vite qu'elle le peut et se laisse enlever à sa place. Elle devient alors, comme des milliers d'autres Coréennes, une femme de réconfort en Mandchourie.

Vous le savez peut-être, mais je suis de plus en plus friande de récits se déroulant en Asie. Je connais très peu les cultures et l'Histoire des pays de ce continent, et je n'ai pour l'instant pas été déçue une seule fois par les livres s'y référant.
Alors, la Corée + l'Histoire + un portrait de femmes, même si le thème était très difficile, ça avait tout pour me plaire.
Trêve de suspense, le pari est réussi.
L'autrice nous offre là un livre bouleversant. Impossible de rester de marbre face au destin des femmes de réconfort exploitées par les japonais et violées jour après jour par les soldats dans l'indifférence la plus totale. Le pire n'étant peut-être même pas la prostitution forcée, mais le fait qu'elles soient enlevées à leurs familles, éloignées de leurs régions natales sans aucun espoir de retour. Les chiffres annoncés en fin de roman, lorsque l'autrice explique un peu ses recherches et son parcours autour de ce livre, sont parfaitement glaçants.

Et le pire, c'est peut-être aussi de se rendre compte que les japonais n'ont pas eu l'apanage de l'instrumentalisation des femmes en temps de guerre. C'est quelque chose qui a existé de tout temps, jusqu'à devenir parfaitement organisé de nos jours encore.

On va osciller dans le récit entre un présent de narration plus ou moins contemporain, où l'on va suivre une haenyeo maintenant âgée. Son histoire aura été marquée par la guerre de bien des façons, et son destin n'a finalement pas grand-chose d'enviable à celui de l'histoire que l'on suit en parallèle. Cette histoire, c'est celle de Hana, qui se sacrifie pour protéger sa petite sœur, encore une enfant au moment des faits. Par amour pour elle, Hana va se faire enlever par un soldat japonais, être emmenée dans un bordel après avoir traversé la Corée puis la Chine dans des conditions horribles. Son histoire ne s'arrête pas là, mais je préfère vous en laisser la surprise afin que vous puissiez avoir la même intensité que moi au cours de ma lecture.
Sachez néanmoins que ces deux portraits sont ceux de femmes fortes. De femmes victimes de la violence des hommes, oui, mais fortes tout de même. Fortes dans leur détermination, dans leur espoir d'autre chose, parfois dans leur résignation et leurs sacrifices. Parce que si elles se résignent, si elles se sacrifient, c'est qu'elles ont encore de l'espoir. Ce sont des résignations temporaires pour qu'il y ait un futur et que celui-ci soit différent.
Si l'histoire d'Hana et de la vieille haenyeo sont entièrement inventées, elles se basent néanmoins sur un contexte et des faits historiques bien réels et les drames que ces personnages ont vécu ont été vécus, même si certains détails ont été différents. C'est ce qui fait la force émotionnelle de ce livre, mais aussi sa dureté. D'autant que la cruauté des hommes s'incarne tout particulièrement dans le personnage de Morimoto, le soldat japonais, que vous allez très probablement haïr de toute votre âme. Il est la personnification du mal et des souffrances que ces femmes vont endurer, et tous les autres protagonistes rencontrés feront pâle figure à côté de ce qu'il est capable de mettre en place.
C'est presque trop pour un seul personnage, à vrai dire, et c'est aussi la raison pour laquelle je ne conseillerai pas aux plus sensibles d'entre vous de lire ce livre.

Ma lecture en un GIF : 
 


- Le personnage de Hana
- Le contexte historique et culturel très documenté
- Les dénonciations sur le statut de la femme
- l'histoire bouleversante

- Un méchant très très très méchant
- La fin pourra sembler trop gentillette à certains même si elle m'a convenu


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6 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas du tout mais ton avis me donne vraiment envie de lire ce livre !

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  2. J'aime beaucoup le titre du livre, il est vraiment très beau !
    On sent toute la profondeur du livre à travers ta chronique. Je connais très très mal ( pour ne pas dire pas du tout ) la culture asiatique, les différentes cultures asiatiques même, je pense que ce livre pourrait me permettre d'apprendre certaines choses. Il semble vraiment très dur, mais je pense pas que cela puisse me gêner, je pense même que j'aime les histoires dures.
    Merci pour la découverte, je prends note.

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  3. Et bien tu as éveillé ma curiosité ! J'aime beaucoup la culture asiatique alors il pourrait me plaire !
    Ce personnage très très méchant me fait un peu peur ahaha on verra si je supporte ou pas

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  4. Un coup de cœur de mon côté, vraiment une lecture très intéressante !

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  5. J'ai un avis coup de coeur passé sur ce roman. Depuis, je suis vraiment tentée et ta chronique ne fait que confirmer mon envie de découvrir cette histoire qui a l'air tellement dure !

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