samedi 7 avril 2018

Règne animal


Règne Animal de Jean-Baptiste Del Amo

Gallimard, coll. blanche, 2016, 419 p.

Contemporaine


Au cours du XXe siècle, Règne animal retrace, en deux époques, l'histoire d'une exploitation familiale vouée à devenir un élevage porcin. Dans cet environnement dominé par l'omniprésence des animaux, cinq générations traversent le cataclysme d'une guerre, les désastres économiques et le surgissement de la violence industrielle, reflet d'une violence ancestrale. Seuls territoires d'enchantement, l'enfance, celle d'Eléonore, la matriarche, celle de Jérôme, le dernier de la lignée et l'incorruptible liberté des bêtes, parviendront-elles à former un rempart contre la folie des hommes ? Règne animal est un grand roman sur la dérive d'une humanité acharnée à dominer la nature, et qui dans ce combat sans pitié révèle toute sa sauvagerie et toute sa misère. "Des images lui reviennent, surgies d'une mémoire atavique : des plaines fourragères et sauvages, des souilles établies dans les fougères, au coeur de forêts primitives, des rivières indomptables aux flots desquelles il s'abreuve, des meutes de loups qui menacent, une harde innombrable, dont il fait partie, et avec laquelle il chemine. Puis, se superposent les voix des hommes, les encouragements et les cris, les coups assenés sur le groin, dans les flancs, sur la croupe, leurs mains qui l'empoignent par l'oreille et la tordent, leurs mains qui déversent la nourriture dans l'auge, leurs mains qui font couler l'eau, leurs mains qui le guident vers la truie immobile, saisissent son sexe qui tâtonne et le guident. Enfin, le visage ovale et redoutable des hommes qui se penchent par-dessus les barrières des enclos et décident du jour et de la nuit".
Ma chronique ne va pas être simple, dans le sens où il s'agit d'un récit particulier dont je ne saurais dire si je l'ai aimé ou non. 
En fait, on retrouve dans ce texte de vraies qualités littéraires (même si le style est parfois un brin pompeux pour moi par moments). Le propos est intéressant et on comprend où l'auteur nous emmène : en suivant l'évolution d'une exploitation agricole au cours d'un siècle et la barbarie qui l'entoure concernant l'élevage des porcs, il dénonce évidemment notre façon de traiter (et par extension de consommer) les animaux et  la viande. 
Le truc, c'est que le destin des personnages, leurs faiblesses, leurs motivations, ce qui se joue entre eux, ce qui les anime, ben tout ça, ça passe un peu au second plan. C'est plutôt malin en un sens : ils sont animalisés et instrumentalisés par leur exploitation, qui devient un personnage à part entière du roman. 
Mais je n'ai pas réussi à adhérer. 

Je crois que mes premiers haussements de sourcils au cours de la lecture (oui, je hausse les soucils quand je suis perplexe en lisant un livre) ont été dû aux personnages féminins. Très clairement, si tous sont réduits au rang d'animal, leur traitement à elles en particulier, à la limite (et parfois, la limite était bien franchie) de l'obscène m'a clairement dérangée. J'ai le souvenir de quelques scènes de la première partie où je me suis sérieusement demandé quel était le fuck. L'auteur prête des pensées hyper sexualisées à une enfant, une petite enfant. Je dois avouer que j'ai été choquée par ses propos, surtout tenus envers une enfant de même pas 10 ans. Mais les autres personnages féminins sont mis en scène de la même façon, comme si leur unique but, leur unique motivation était la copulation (et je ne choisis pas ce mot au hasard). Les hommes eux, deviennent des objets, des serviteurs de leur exploitation, ils sont sujets à des coups de sang, à quelque chose qui va s'apparenter à de la folie, mais à aucun moment ils n'ont de tels comportement. Du coup, bah j'étais un peu fâchée de cette différence de traitement.
Concernant le propos principal, je n'ai cependant rien à redire. Je ne m'y connais pas spécialement en élevage, mais tout cela m'a paru très documenté et réaliste. Les scènes concernant les animaux, leurs conditions de vie (et de mort !) sont particulièrement horribles et choquantes. À titre personnel, je ne suis pas végétarienne, je ne compte pas le devenir, mais ce livre amène clairement à se poser des questions. 
Néanmoins, je reste persuadée que si l'idée de l'auteur était de prêcher pour le respect de la vie animale, le plus malin n'était pas forcément de traiter ses personnages humains avec autant de mépris et de "cruauté", même s'il pense (et si je suis d'accord dans une certaine mesure) que c'est ainsi que nous traitons les animaux dans notre société actuelle (en tout cas, ceux destinés à la consommation). Je suis peut-être naïve, mais je n'ai jamais pensé que se comporter de la même façon que des oppresseurs (j'utilise volontairement des termes forts mais aussi assez génériques) permettait de faire évoluer les choses dans le bon sens.
En bref, c'est un roman bourré de qualités mais que je n'ai pas su apprécier à sa juste valeur parce que j'étais en profond désaccord avec la façon de l'auteur de faire passer son message. Ceci dit, c'est vraiment un point extrêmement subjectif, et je suis certaine que si vous vous intéressez à la question, vous pourrez avoir une opinion tout à fait différente de la mienne.
Ma lecture en un GIF : 
- Un message intéressant
- Des scènes très visuelles qui servent le propos
- De vraies qualités littéraires


- Traitement des personnages, en particulier féminin
-Désaccord de fond sur la façon d'amener et de justifier son propos
- Style pompeux par moments


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2 commentaires:

  1. Dommage que le livre t'ait déçu :/ Le résumé me plaisait bien mais ton avis me donne un peu moins envie !

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  2. Je n'ai pas lu le livre mais je comprends ce que tu veux dire dans ta chronique : parfois, on sait ce que veut faire l'auteur, on comprend ses choix, ses messages mais on adhère pas parce que ça ne nous plait pas.

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