mardi 10 avril 2018

Vingt-quatre heures de la vie d'une femme - Le classique du mois

Vingt-Quatre heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig


1ère publication : 1927


mon édition : Stock, coll. La Cosmopolite, 2005, 140 p.


Traduit par Olivier Bournac et Alzir Hella


Classique, Nouvelle


Je vous le dis de suite, il s'agit d'une relecture. Je crois que je m'étais enfilée quasiment l'intégralité de la bibliographie de Stefan Zweig en étant adolescente et j'adorais. Ayant tout lu ou presque, j'ai un peu laissé cet auteur de côté, mais en fin d'année dernière, j'ai eu très envie de le redécouvrir. 
Et ce roman-ci faisait clairement partie de mes chouchous, j'ai donc commencé mon plan de relectures avec lui, avec un peu d'appréhension, parce que je ne suis plus forcément très fan des choses que j'adorais en étant ado.
Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d'Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d'un des clients, s'est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n'avait passé là qu'une journée... Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l'aide inattendue d'une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez la fugitive. Ce récit d'une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l'auteur d'Amok et du Joueur d'échecs, est une de ses plus incontestables réussites.
Je l'ai dit, j'appréhendais cette lecture. Je suis assez certaine du coup, que toi, assis dans ton canapé, tu es empli d'un suspense insoutenable : aura-t-elle aimé sa lecture ? L'ami Stefan aura-t-il su la séduire à nouveau ? Est-ce qu'un texte faisant une centaine de pages mérite une chronique complète ? Quel est l'ingrédient secret d'une bonne confiture d'abricot ?

La réponse à toutes ces question (sauf la dernière) (c'est la cannelle) est OUI. Trois fois OUI. Mille fois OUI. 
Les analyses de ce texte pullulent sur la toile, je ne vais donc pas me prendre pour une experte de l'auteur, mais j'ai non seulement aimé le style, l'intrigue et les personnages, mais aussi (peut-être même surtout) les messages délivrés en arrière-plan. 
Et je vous le dis tout net, je crois que j'ai pris encore plus de plaisir à la relecture de ce texte que la première fois. Ayant grandi et étant un peu moins naïve et cruche qu'à l'époque, j'étais sûrement plus réceptive à ce que l'auteur nous propose ici.
Et j'ai confirmé une chose que je savais déjà : Zweig est un de mes auteurs préférés. Sa plume est simple, poétique et il a un style qui lui est bien propre, une façon de raconter des histoires qui nous immerge immédiatement. Ses descriptions sont de petits chefs-d’œuvre. On est embarqué et on vit les scènes qu'il nous présente comme si on y était.

Vingt-Quatre heures de la vie d'une femme, c'est l'histoire de la passion, la vraie, celle qui anéantit toute raison, toute bienséance, tout le fruit d'années d'éducation et de formatage inculqués aux femmes depuis leur plus jeune âge, en particulier à l'époque où le récit prend place.
Une vie entière de contrôle, de maîtrise de soi peut être anéantie en quelques heures et c'est tout le propos de ce livre. 
Je ne sais pas comment ce livre a été reçu à l'époque, mais une chose est sûre, la vision de la femme qu'il présente a quelque chose de novateur. Il dénonce l'importance de leur réputation, leur impossibilité à pouvoir se laisser aller à leurs inclinations si elles ne veulent pas être sujet de commérages et être mises au ban de la (bonne) société. Au-delà de la passion qui a animé Mme C..., c'est le statut de la femme qui est passé au crible. Rien de similaire n'aurait été reproché à un homme, c'est dit de façon très explicite. D'ailleurs, les hommes peuvent avoir bien des vices (notamment le jeu, qui est un des thèmes de prédilection de l'auteur) sans qu'ils ne soient considérés comme mauvais, sauf en terme de fréquentation pour... des femmes, évidemment.

Mais c'est aussi un roman sur la folie. Celle que la passion amoureuse peut amener, celle que le jeu peut déclencher. Celle qu'on voit arriver objectivement, dont on a conscience mais contre laquelle il est impossible de lutter. 
En bref, c'est un classique court, facile à lire, plein de passages magnifiques et aux thèmes toujours d'actualité. Donc : FONCEZ !

Ma lecture en un GIF :

- La critique de la place de la femme
- Les thèmes abordés
- Le style de l'auteur : magistral
- Le côté extrêmement visuel de chaque scène

- C'est court, crénom !


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7 commentaires:

  1. Un Zweig que je n'ai pas encore lu et que j'ai bien l'intention de lire !

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    1. Fonce, il est dans mon top 3 de l'auteur (Je n'ai pas tout lu cela dit)

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  2. Tu me donnes envie de relire cette nouvelle ! Je me rappelle avoir adoré cette histoire de passion destructrice, mais en même temps, je n'ai pas encore été vraiment déçue par Stefan Zweig. Il reste un de mes auteurs préférés même si ça fait un moment que je n'ai pas lu d'oeuvres de lui.

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    1. Tout pareil. Pas une déception et un auteur que j'ai vraiment eu du plaisir à retrouver. Ça n'a pas pris une ride, vraiment.

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  3. XD J'adore tellement l'intro ! (boah nan j'aime pas la cannelle XD)
    Je me souviens que j'avais bien aimé Le joueur d'échec quand j'étais plus petite. Du coup, je note ce titre là parce que ta chronique fait bigrement envie !

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    1. Vas-y, ça se lit comme du petit lait !

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  4. Lu également quand j’étais au lycée et j’avais adoré. Alors je me pose la question : si je le relis est-ce que j’vais kiffer ma race ??

    Merci pour ce rappel de piqûre (ou cette piqûre de rappel), tes mots m’ont remis direct les images que j’ai gardé de ma lecture, 10 ans après. Il est fort Stefan quand même !

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