samedi 16 juin 2018

Le dernier jour d'un condamné - Le classique du mois


Le dernier jour d'un condamné 
de Victor Hugo

1ère publication : 1829

mon édition : ebook, éditions Bibebook, 2014 - gratuit

poche : Folio, coll. Classique, 2017, 208 p.

Classique, Roman à thèse



Je n'avais pas lu de bouquin du père Victor depuis une paye. Et j'aime bien son style. Du coup, c'était en projet depuis, euh... plusieurs années pour être tout à fait honnête (l'ebook traînait dans ma liseuse depuis 2015) et suite à une discussion un brin animée avec une personne visiblement pas opposée au retour de la peine de mort, je n'ai que très moyennement réussi à garder mon calme. Sauf que quand je m'énerve, mon argumentation devient facilement bancale, ce qui est assez agaçant. 
Dans ce contexte, je me suis dit que j'allais lire le bouquin. Puis l'acheter et lui offrir. Ou lui envoyer dans la tronche, j'hésite encore.
Entre temps, j'ai appris qu'il était étudié pour le bac de français cette année. Bref, c'est le mois de juin, tous les bacheliers détestent entendre parler de ce livre donc comme j'ai visiblement décidé de ne pas me faire de copains, c'est sûrement le meilleur moment pour en parler avec vous.

Un condamné à mort raconte sa condamnation, son séjour à Bicêtre, puis à la Conciergerie, décrit les préparatifs de son exécution, sa dernière toilette, le voyage en charrette vers l'échafaud, ses impressions durant les quelques instants de délai qui lui sont accordés, mais qui vont bientôt s’achever.


Déjà, pour commencer et une fois n'est pas coutume, lire les préfaces est hyper intéressant. On sait déjà de quoi le livre va traiter, donc franchement, pas de spoil possible. Par contre, je suis assez persuadée que lire les préfaces rédigées par l'auteur lui-même ne peut que nous apporter en argumentation et éclairer intelligemment la lecture à venir.
Puis notre ami Hugo (je ne sais pas pourquoi je suis si familière envers lui, mais il me laisse une image de type sympa) malgré son engagement (qu'on retrouve dans à peu près tous ces bouquins, en tout cas ceux que j'ai lus) n'est pas dénué d'humour et va faire tourner en bourrique le critique littéraire, le bourgeois et la dame de la bonne société bien pensante. Bref, à peu près tous les détracteurs de son livre lors de sa première parution. Il va démonter leurs arguments boiteux et même expliquer sa démarche en deux temps trois mouvements, le tout en faisant marrer le lecteur. Et c'est super malin.
Bon, le problème de ces préfaces, c'est que finalement, une fois lues, on n'a plus grand-chose à extraire du livre ('fin, si on le lit pour le plaisir et pas pour passer son bac, donc).
C'est l'histoire d'un type. On ne sait pas grand-chose de lui, si ce n'est qu'il a une mère, une femme, une fille. Et qu'il a commis un crime. Lequel ? Dans l'absolu, on ne sait pas, mais on devine que ça a donné lieu à la mort d'au moins un individu. Bon, ce type est condamné à mort, on va donc passer avec lui ses derniers jours, ses dernières réflexions, ces dernières pensées.
Et si on ne sait rien de lui ni de son crime, c'est intentionnel (j'invente rien, c'est écrit dans la préface) : Victor Hugo a voulu en faire un message universel, un qui puisse s'adapter à n'importe quel prisonnier condamné à mort. Mais même un peu plus que ça : à n'importe quel être humain qui pourrait se retrouver dans sa situation. Parce que cet homme qui avait un emploi, qui a des parents, qui est marié, qui a une enfant, ben, sa vie est plutôt normale. C'est la vie de quasiment tout le monde.
Bon, enfin, n'importe qui sachant lire, écrire et quelques mots de latin, ce qui n'était pas le cas de tout le monde à l'époque, hein. 
Après, si je veux être honnête, je n'ai pas été d'accord avec l'ensemble des arguments proposés. 
À un moment, le prisonnier se lamente d'avoir été condamné sur quelques heures, aussi mauvaises qu'elles aient été, de sa vie, sans tenir compte de tout ce qu'il avait pu faire de bien auparavant ou depuis. Oui, ben ça mon coco, c'est un peu le principe de la justice, hein. On va pas te donner une médaille parce que t'as aidé ta vieille voisine à traverser la route. Ceci dit, dans le cheminement de réflexion du prisonnier, c'est un passage tout à fait cohérent, qu'il faut sûrement plutôt prendre dans le sens où une vie peut basculer en un laps de temps très court.
De la même façon, l'argument comme quoi on punit surtout les proches (rapport que le gars, après, il est mort, donc bon), c'est un peu bancal pour moi.
Parce qu'au final, c'est un argument qui fonctionnerait aussi pour d'autres types de sanctions que la peine de mort. En prison, par exemple, ceux qui restent dehors n'ont pas forcément la vie facile pour autant, alors même que leur proche n'est pas mort. Du coup, on peut aller un peu trop loin à mon goût avec ce genre de raisonnement.
Mais pour le reste, j'avais envie d'applaudir.
Si on se dégage un peu de la partie argumentaire (qui est disséminée au cours du récit et arrive peu à peu, par fragments), la vie du prisonnier jusqu'à son exécution est hyper détaillée. Peut-être même trop pour mon petit cœur, mais c'est un mal nécessaire. Faut dire que les conditions de détention sont bien différentes de ce qu'on peut voir dans les reportages (en tout cas, en France) et que cet espèce de compte à rebours avant le coup (de guillotine) final est assez insupportable à lire. 
Mais Victor Hugo ne se bat pas seulement contre la peine de mort dans ce texte. Puisqu'on y est, autant en mettre un coup dans le nez au juge, aux fonctionnaires (malgré l'humanité de certains), à la population entière qui vient assister aux mises à mort comme à un divertissement, au bourreau et à ses aides. Bon, puis maintenant qu'on y est, un petit coup dans le tibia de la religion (enfin surtout du clergé), et on sera bien. 
Bref, vous l'aurez compris : je n'ai pas forcément passé un agréable moment de lecture (si on omet la préface rigolote) (mais je suis une chochotte quand on s'attaque à des faits réels et de vrais trucs horribles que de vrais gens ont vécu), mais je suis ravie d'avoir lu ce classique. Vraiment. Et je le recommande hyper chaudement à tous ceux qui ne l'ont pas lu, ou qui l'ont lu il y a fort longtemps. Parce que franchement, vu ce qu'on peut lire / voir / entendre concernant ce sujet dans notre société, ben ça fait pas de mal.


Ma lecture en un GIF :


- Le travail de recherche
- L'argumentaire
L'immersion dans la tête du condamné
- LE FOND !!!

- Certains arguments un peu bancals pour moi

9 commentaires:

  1. J'ai lu ce livre l'année dernière et étant une grande fan de Victor Hugo j'ai adoré ! J'ai d'ailleurs très envie de m'y y replonger !! Sur le même thème j'ai aussi lu "Claude Gueux" du même auteur que j'ai autant apprécié même si j'en suis ressortie le cœur lourd, je te le conseille vivement :)

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    1. Merci de la recommandation, je vais aller regarder ça de plus près. Ceci dit, on ne ressort pas de celui-ci le cœur super léger non plus en tout cas dans mon cas.

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  2. C'est un classique qu'il m'est arrivée de relire et bah... Ca me tenterait bien de le relire prochaine du coup !
    Le préface est important... Mais perso,je le lis après avoir lu l'histoire ! Je fais toujours ça avec les classiques. :D

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  3. Merci pour cette intro (ou préface ? :D) hilarante !
    Je l'ai lu au lycée (en 1812 à peu près) et j'ai très envie de le relire depuis quelques temps... Et ça tombe bien, il a rejoint (ou rerejoint ? je sais pas d'où venait celui que j'ai lu au lycée, mais on s'en fout un peu) ma bibliothèque récemment. Du coup merci pour cet avis qui me donne encore plus envie de me lancer :D

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  4. Ca commence à faire longtemps que je l'ai lu, faudrait que je le relise cette année du coup :D

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  5. Ah les préfaces perso je préfère les lire (quand je les lis mais c'est rare) après parce que ça en dit toujours trop et que je préfère rien savoir du livre avant de commencer ^^ J'avais lu ce bouquin en première (comme 75% des gens) et j'avais bien aimé

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  6. Je suis définitivement convaincue :D :D

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  7. Lu au collège, je crois, et je compte bien le relire un de ces jours !

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  8. Je prends cette recommandation de lecture très au sérieux ! Merci :)

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