mardi 24 juillet 2018

Petit Pays


Petit Pays de Gaël Faye

audio : Audiolib, 2016, 340 mn, lu par l'auteur

poche : Le Livre de Poche, 2017, 224 p.

Contemporaine



En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…


Commençons par le commencement et faisons concis : ce livre a été un coup de cœur pour moi. 
C'était poignant, c'était juste, ça parlait d'ailleurs avec des termes universels, ça m'a appris des choses, ça m'a touchée, c'était dur et j'en ai encore un souvenir très vif plus de 2 mois après ma lecture.
J'ai pourtant eu un peu peur au début de ma lecture. Parce que c'est un parti pris extrêmement difficile que de raconter l'histoire - et a fortiori une histoire qui s'inscrit très directement dans l'Histoire - du point de vue d'un enfant. Et je suis assez difficile, peut-être, mais je trouve que les voix d'enfants sont souvent assez mal faites. Parce que forcément, les yeux encore plein de naïveté de l'enfant ne vont pas être à même de comprendre la réalité politique de son pays ou de celui où est né sa mère. 
Mais en fait, ce n'est pas si grave, parce que c'est ce qui va faire toute la beauté et l'horreur de ce texte à la fois. Et puis on le sait dès le départ. Gabriel, notre héros, et sa soeur apprennent par leur père que les Hutus et les Tutsis sont différents. Ils n'ont pas le même nez et les uns sont plus petits que les autres. Cela devient pour eux un jeu que de deviner à quelle ethnie appartiennent les gens qu'ils croisent.
Et le début de ce livre, c'est surtout ça : des jeux et une enfance heureuse au goût d'infini. Bien loin des clichés que l'on peut avoir en tête concernant les pays africains (surtout si on n'y a jamais fichu les pieds). Les guerres intestines entre ethnies, partis, pays n'affectent finalement que de très loin Gabriel et sa bande de copains, tous issus d'un milieu plutôt privilégié. Leur impasse est leur terrain de jeux et d'aventures, mais elle est surtout une bulle, un cocon.
Comme on s'en doute la tragique réalité va venir heurter de plein fouet ce quotidien et bouleverser la vie de Gabriel, mais aussi de sa famille, de ses amis, de ses voisins, et même de ses employés domestiques. 
Je suis bien loin d'être une experte concernant le Burundi, le Rwanda, le génocide et tout ce qui y a conduit. À quelques articles près, ce roman est la seule chose que j'aie jamais lue à ce sujet. Je ne vais donc pas m'étendre là-dessus pour ne pas dire de bêtises. Sachez tout de même que certains passages sont très durs, très forts, que si vous êtes très sensibles, ils peuvent être vraiment difficiles à lire. D'autant plus que si le jeune âge de Gabriel nous épargne des descriptions trop précises, il nous laisse le loisir de l'imagination ce qui n'est pas forcément mieux. Obligé de grandir par la force des choses, il nous touche sûrement même plus que si le narrateur avait été un adulte. Il ne s'agit pas de quelqu'un de responsable qui participe ou s'implique sciemment d'un côté ou de l'autre. Il subit et sa résilience est sa force principale.
Au-delà de l'horreur de ce que son pays et sa famille traversent, on assiste à une quête identitaire forcée. Lui ne se posait pas de questions, se voyait burundais. Mais non, il lui faut choisir : Hutu, Tutsi, noir, blanc, burundais, rwandais, français. Lui qui aurait voulu jouer dans son impasse avec ses copains, isolés du monde, le voilà servi.

Vous l'avez compris, c'est un récit plein d'émotions et il est difficile de garder l’œil sec de bout en bout. Colonisation, racismes, guerres, violences (parfois invisibles), le tout vu par le prisme de l'enfance qui s'enfuit... Rien à dire, c'est un pari réussi. 

Ma lecture en un GIF : 



- Le style de l'auteur
- Le point de vue de l'enfance
- Un roman initiatique dur
- Les émotions

- Certains passages difficiles pour les plus sensibles

6 commentaires:

  1. J'ai tellement aimé ce livre ! J'ai été happée par l'histoire, par le regard de Gabriel et pas toutes les émotions générées par les mots de Gaël Faye.

    Si tu ne connais pas sa musique, voilà un aperçu divin : https://www.youtube.com/watch?v=XTF2pwr8lYk

    Tout cet album tourne autour de son enfance ♥

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    1. J'avais tellement aimé le bouquin que j'ai écouté ses morceaux ensuite, justement !

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  2. Depuis le temps que j'ai envie de découvrir cette histoire... Superbe chronique !!

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    1. Fonce, c'est vraiment très beau. Mais très dur aussi, tu es prévenue.

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  3. Tu nous proposes ici une superbe chronique, tout en douceur et subtilité. Je note ce titre de suite dans ma WL car il y a des chances qu'il me touche autant que toi... Ce sont des thèmes qui me parlent.
    Je te remercie pour la découverte !

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    1. Oh, merci ! J'espère qu'il te plaira autant qu'à moi. En plus, c'est assez court, donc tu ne prends vraiment pas de risques.

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