samedi 11 août 2018

La couleur des sentiments


La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

Babel, 2013, 609 p.

traduit par Pierre Girard

Historique, ségrégation



Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s'exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu'on n'a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l'ont congédiée.
Mais Skeeter, la fille des Phelan, n'est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s'acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même laisser un mot.
Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.


J'avais envie de lire ce livre depuis bien longtemps et je suis ravie de m'être lancée dans ce pavé ! 
C'est une lecture extrêmement immersive : on sent la moiteur du Mississipi, on EST dans les années 60 avec les bonnes noires et leurs patronnes blanches, dans leur quotidien qui devient vite le nôtre tant on s'identifie.

C'est un texte souvent très émouvant, mais pas que. L'autrice parvient à instiller tellement de tendresse dans son récit (grâce à l'attachement d'Aibileen à la petite fille qu'elle garde, notamment) qu'elle nous fera souvent sourire, voire même rire grâce à des passages réellement comiques. Pas de pathos, donc, et pourtant le sujet et les thématiques abordées auraient pu s'y prêter. Mais non, on va parler ségrégation, racisme, injustice, violences, mépris et ce ne sera pas larmoyant. 

On va principalement suivre trois femmes, toutes fortes à leur façon : Aibileen, Minny et Skeeter. Deux bonnes noires et une blanche riche. Toutes sont différentes, toutes sont attachantes, toutes vont évoluer de façon plus ou moins significative. 
Et dans ce livre, on ne va pas s'arrêter à cette description peu glorieuse de la société américaine des années 60. On va aussi causer féminisme, principalement grâce à Skeeter, qui veut être indépendante, pas spécialement se marier, travailler et vivre sa vie comme elle l'entend. 

Beaucoup de points positifs dans ce livre, donc. D'autant que le quotidien du personnel noir dans les maisons aisées est très bien décrit, tout comme le racisme subi au quotidien, intégré et presque normal, dans le sens où les personnes concernées sont presque étonnées lorsqu'on leur apporte une considération équivalente à celle qu'on aurait envers une personne blanche.

Mon petit bémol sur ces thématiques, c'est que vu la période, je pense que je m'attendais à quelque chose de plus prononcé, notamment concernant le mouvement des droits civiques. Si Martin Luther King et ses marches sont bien mentionnées, je n'ai pas eu l'impression que c'était plus important que ça pour les personnages. Peut-être que j'aurais voulu voir l'un d'eux s'y impliquer activement, mais peut-être aussi que le quotidien dans une petite ville assez éloignée du coeur de l'action ressemblait à ce que j'ai lu ici et que je me suis fait une idée un peu "romantique" de ce mouvement. Donc oui, ces évènements majeurs sont abordés, mais rien ne va venir troubler de façon significative le quotidien de nos protagonistes.
Alors voilà, en cours de lecture, j'ai trouvé ce bouquin génial, émouvant, amenant des réflexions intéressantes, j'ai trouvé les personnages riches (même les secondaires) et c'était top. Mais avec le recul, j'aurais peut-être préféré que certains points soient davantage approfondis. Parce qu'au final, on reste sur le quotidien des bonnes noires dans les familles blanches et on ne prend que très peu de recul.
On a le nez dans le guidon, comme les personnages en fait, ce qui est hyper cohérent, je vous l'accorde, et qui montre bien comme ce livre est immersif. Mais moi, j'aime bien quand on m'offre d'autres perspectives, surtout quand on parle de sujets de société de cette ampleur.

Ma lecture en un GIF : 



- Les personnages, tous intéressants
- L'immersion immédiate dans le récit
- Pas de pathos
- Les thématiques abordées


- Manque de prise de recul sur une situation plus globale
- Faits historiques trop peu exploités à mon goût

3 commentaires:

  1. Un livre que j'ai très envie de découvrir, les thématiques exploités sont fortes... Juste dommage pour les petits points négatifs...

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  2. J'avais beaucoup aimé. Et cette image des toilettes sur la pelouse !!! C'est vrai qu'il manque un peu de profondeur, mais ça reste un roman émouvant et divertissant tout en ayant le mérite de rappeler ce que certains ont pu subir, voire subissent encore, du fait de leur couleur de peau.

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  3. Je me souviens exactement du moment où j'ai lu ce roman, incapable de le lâcher tellement j'étais emportée dans ma lecture, donc oui immersif, c'est tout à fait le mot !
    Et tu sais quoi, j'ai vu le film deux ans plus tard et il m'a encore plus touché que le livre, ce qui est assez dingue ! =)

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