samedi 1 septembre 2018

À ce point de folie


Merci à Babelio et Flammarion

À ce point de folie de Franzobel

Flammarion, coll. Littérature étrangère, 2018, 518 p.

Traduit par Olivier Mannoni

Historique


Le 17 juin 1816, La Méduse quitte Rochefort à destination de Saint-Louis, au Sénégal. À son bord, quelque 400 passagers et un équipage nombreux. Au commandement, un capitaine dont l’incompétence avérée est à l’origine du naufrage de la frégate après quelques jours de mer. Comme les chaloupes sont en trop petit nombre, 147 voyageurs sont abandonnés sur un radeau. Seuls quinze d’entre eux en réchapperont au terme de treize journées d’enfer, jalonnées de meurtres, de corps dépecés et d’ultimes stratégies de survie. L’un des rescapés, le médecin de bord Jean-Baptiste Henri Savigny, fera le récit de ce périple tragique, que le monde entier voudra connaître jusque dans ses détails les plus atroces…
Mais qu’aurions-nous fait à leur place?


Du fameux radeau de la Méduse, je ne connaissais pas grand-chose, si ce n'est le tableau de Géricault. Alors, forcément, je me suis dit qu'un roman sur le thème, ça pouvait être diablement intéressant.

Pas de spoiler ici en disant que ce fut le cas. Je ne m'attendais certes pas à ce que ce soit raconté de cette façon-là, mais c'était instructif, exigeant parfois et surtout passionnant.
Passionnant parce qu'on n'est pas jeté sur le fameux radeau sans rien comprendre. Bien au contraire, on va tout savoir du départ vers le Sénégal, de la vie à bord, des soldat, des passagers, du commandement, des matelots. 
spoiler : ça se passe pas comme ça. Jamais.
Et si les journées sur le radeau nous seront bien évidemment contées, si on va bien sûr nous parler de cannibalisme, de survie, de loi du plus fort, on va surtout se rendre compte que cette même loi s'appliquait déjà pas mal à bord avant l'ensablage.
Parce que la vie du "petit" personnel à bord d'un bateau, c'était pas Byzance, clairement. On va le comprendre très vite à travers les yeux de Victor, fils d'une famille aisé parti voir l'aventure et qui va se retrouver traité comme un moins que rien. Heureusement, le matelot avide d'instruction Osée Thomas va le prendre sous son aile, tout comme le second médecin de bord Savigny.
On va rencontrer un paquet de personnage et s'ils sont nombreux, ils nous permettent de découvrir les enjeux politiques et sociaux de l'embarcation. Et puis Franzobel, même s'il a un style pas forcément évident à appréhender, use d'un ton plein d'humour et de références beaucoup plus contemporaines (on va ainsi croiser certaines recettes, concepts, notions historiques et célébrités volontairement anachroniques), et ça passe tout seul. 
Alors évidemment, quand on va parler du pire, des dilemmes moraux, de la résignation, du désespoir, on va bien grimacer un peu. Mais finalement, ça monte crescendo, parce que c'était déjà pas tout rose avant.
La loi du plus fort, les guerres de pouvoir existaient avant que nos 15 survivants ne montent sur le radeau, et s'ils s'y sont retrouvés, c'est d'abord parce qu'ils avaient perdu quelques batailles que ce soit à la naissance (les aristocrates et premiers lieutenants étant tranquillou sur leur chaloupe pour 60 à seulement 25) ou au cours de la traversée.

Du coup, ça va aussi causer piston et allégeances politiques (coucou capitaine Chaumareys), mutinerie et orgueil (salut les officiers), égoïsme et fatuité (bonjour gouverneur Schmaltz, mais surtout ta femme qu'est pas piquée des vers). Que les beaux côtés de l'humanité, vous dis-je.

Face à ça, les jolis idéaux humaniste comme l'égalité, l'amour du prochain, la compassion ou l'entraide passent vite à la trappe. Et Savigny, notre médecin de bord féru de dissection va se retrouver face à cette loi de la nature : manger ou mourir. Difficile de regarder son serment d'Hippocrate dans les yeux quand on grignote le cuissot du voisin, voire pire, quand on condamne à mort les voleurs de vin.
Quelques regrets néanmoins : on passe bien plus de temps à bord de la Méduse que du  radeau ou des chaloupes par la suite. Un peu dommage, mais je crois sans mauvais jeu de mot que plus de temps sur le radeau aurait eu quelque chose d'un peu répugnant pour moi. Par contre, j'aurais voulu connaître davantage les conséquences pour les survivants, tant sur le plan psychologique (sérieusement, comment se remet-on de ça ???!!!) que pénal (on a peut-être une page et demie concernant le procès de Chaumareys, sans contexte de l'époque et c'était bien trop peu à mon goût). 

Ceci dit, la toute fin est aussi incroyable que fantastique (même s'il y a un petit côté facile), et j'ai été hyper emballée par ma lecture de manière générale, même si elle ne m'a clairement pas redonné foi en l'humanité. Pas tant à cause de l'anthropophagie que de tout ce qui la précède et aurait pu être évité si l'appât du gain, l'envie de pouvoir et l'orgueil avaient été moins présents sur cette frégate.

Ma lecture en un GIF : 




- La présentation du contexte
- L'humour et les références
Les personnages qui prennent vie
- Les thématiques et sentiments humains
- Parfois un peu froid et clinique
- Style pas forcément hyper accessible

6 commentaires:

  1. Ce ne doit pas être une lecture facile... Je ne sais pas si je la lirai mais merci pour la découverte :) Une chouette chronique !

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  2. L'ouvrage m'a l'air un peu exigeant à lire... mais surtout très noir d'après ce que tu nous dis :O
    Dommage que les conséquences ne soient pas plus développées. Je n'aime pas quand c'est comme ça, adorant avoir des explications sur tout :P

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  3. Tu donnes envie de lire le livre, surtout que je viens de lire un article très bien fait, qui justement explique un peu ce qui s'est passé après avec tous les enjeux politiques autour de ce radeau. Vivement qu'il sorte en poche ! :D

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  4. Moi aussi, je ne connaissais que le tableau, je ne savais pas qu'un livre en décrivait l'histoire. Ca a l'air bien sombre, avec ces histoires de cannibalisme etc !

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  5. Je connaissais que le tableau moi aussi, et tu as titillé ma curiosité avec ton article (comme d'hab' en fait hein). Merci pour la découverte, je m'empresse de noter ce roman ! =)

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  6. Je connais aussi le tableau et j'avoue que tu me tentes! Surtout que je ne connaissais pas du tout le livre :) Merci pour la découverte!

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