mardi 4 décembre 2018

La voix des vagues


La voix des vagues de Jackie Copleton

GF : Les Escales, 2016, 432 p.

poche : Pocket, 2018, 384 p.

Historique



Lorsqu'un homme horriblement défiguré frappe à la porte d'Amaterasu Takahashi et qu'il prétend être son petit-fils disparu depuis des années, Amaterasu est bouleversée. Elle aimerait tellement le croire, mais comment savoir s'il dit la vérité ? 

Ce qu'elle sait c'est que sa fille et son petit-fils sont forcément morts le 9 août 1945, le jour où les Américains ont bombardé Nagasaki ; elle sait aussi qu'elle a fouillé sa ville en ruine à la recherche des siens pendant des semaines. Avec l'arrivée de cet homme, Amaterasu doit se replonger dans un passé douloureux dominé par le chagrin, la perte et le remord.

Elle qui a quitté son pays natal, le Japon, pour les États-Unis se remémore ce qu'elle a voulu oublier : son pays, sa jeunesse et sa relation compliquée avec sa fille. L'apparition de l'étranger sort Amaterasu de sa mélancolie et ouvre une boîte de Pandore d'où s'échappent les souvenirs qu'elle a laissé derrière elle ...

Aujourd'hui, on va causer d'un livre fort, bouleversant, instructif. Un livre que j'avais envie de lire depuis super longtemps (en particulier grâce à un certain petit monstre charmant qui en avait fait une sacrée chronique), mais que j'ai fait traîner longtemps de peur d'être déçue.
Ce n'est pas le cas. C'était beau, c'était fort, c'était émouvant, et c'était même instructif. Que demande le peuple ?

Au-delà des destins particuliers que l'on va découvrir, c'est une immersion au Japon, celui du début du XXème siècle jusque après la seconde guerre mondiale. Et ce qu'on voit dans les cours d'histoire est en général très centré sur l'Europe, concerne assez peu l'Asie et encore moins du côté "perdants" de la force... On a beau connaître les noms d'Hiroshima et Nagasaki, on est loin d'imaginer ce que c'était vraiment. Pour ma part, je dois bien avouer (et j'ai un peu honte) que même si j'ai condamné intérieurement la catastrophe que ça a été, je n'y avais jamais pensé plus que ça. C'est une des choses que j'aime dans la littérature : on se décentre.

Ici, c'en est la parfaite illustration. En même temps, on ne fait pas non plus passer le Japon pour un pays "victime" qui n'aurait rien à se reprocher. Les exactions commises (et elles furent nombreuses) sont lourdement condamnées et elles pèsent lourdement sur la conscience de certains des personnages que l'on va rencontrer. Là encore, je n'avais que peu d'idées concernant les atrocités perpétrées de ce côté du globe, là encore, ça a été une nouvelle découverte. Morbide, certes, mais instructive.
Quant aux thématiques abordées... J'y ai là aussi plus que largement trouvé mon compte. Filiation, secrets, héritage, maternité, passion, pertes, deuils, mais surtout sutout culpabilité

De la culpabilité d'avoir été une mauvaise mère, de la culpabilité d'avoir participé à certaines actions, de la culpabilité sur un passé immuable, de la culpabilité sur les morts qui pèsent sur la conscience... 
Alors non, on n'est pas dans du joyeux-joyeux, malgré ce quasi-miracle de retrouver un petit-fils disparu près de 40 ans plus tard. Mais c'est bien écrit, ça nous transporte, et on finit par penser que finalement, découvrir la vérité vraie n'est pas si important.

J'ai ressenti énormément d'émotions, de l'empathie, mais parfois aussi de la colère envers cette narratrice tantôt attachante, tantôt manipulatrice. Et tandis qu’elle démêle les fils de ses souvenirs et du passé, on finit par la trouver simplement humaine et méfiante comme un animal blessé.
Bref, c'est une lecture coup de poing, une fois de plus. Mes lectures asiatiques de l'année auront décidément été riches en émotions !

Ma lecture en un GIF : 


- La poésie du texte
- L'immersion dans un pays et une culture éloignés des nôtres
- Les thématiques abordées
- Les émotions qui arrivent à coup de tractopelle dans ta face
Une narratrice parfois agaçante
- Il nous reste encore des questions en refermant le livre

2 commentaires:

  1. J'ai lu quelques livres sur l'histoire de cette partie du globe cette année moi aussi et ça a été un sacré choc également. Je te conseille par exemple Les filles de la mer qui est un roman sublime mais dur évoquant la condition des jeunes femmes coréennes enlevées par les japonais pour devenir "femmes de confort" en Chine. Un gros coup de coeur.

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    1. J'ai lu les filles de la mer, et je l'avais adoré également. Mais ce qui est différent ici, c'est qu'on a le point de vue de ceux qui sont habituellement les méchants justement. Alors que pour le cas des civils, c'était finalement autant des victimes que ceux de l'autre camp.

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