jeudi 25 avril 2019

The Wicked Deep


Merci à Rageot et Babelio

The Wicked Deep de Shea Earnshaw

Rageot, 2019, 395 p.

traduit par Lilas Nord

Fantastique, Jeunesse


C’est une histoire de vengeance... Il y a près de deux siècles, Marguerite, Aurora et Hazel Swan, trois jeunes femmes belles, libres et indépendantes, furent accusées de sorcellerie par les habitants de la ville de Sparrow. Des pierres accrochées aux chevilles, les trois sœurs furent noyées. Exécutées. Depuis ce jour, chaque année au mois de juin, les sœurs Swan sortent des eaux de la baie pour choisir trois jeunes filles, trois hôtes. Dans le corps de ces adolescentes, Marguerite, Aurora et Hazel reviennent se venger. Et cette année encore, Penny le sait, alors que les touristes afflueront, on retrouvera des cadavres de jeunes hommes sur la plage… Car cette malédiction, rien ne semble pouvoir l’arrêter.

La première chose que j'ai à vous dire, c'est que si vous lisez du young adult avec plaisir, vous allez vous régaler. La preuve, même moi qui suis une vieille ronchon, j'ai aimé.
On se retrouve dans un récit pas forcément incroyablement original mais dont le ton l'est un peu plus, à cheval entre le conte et le thriller, le tout saupoudré de fantasy à la sauce sorcellerie. 
Voui, j'a utilisé le mot sorcellerie, même si ce n'est pas tout à fait ça, parce qu'on va y causer un peu féminisme, ce qui est toujours appréciable, vous en conviendrez. Bon, aussi, j'ai annoncé hein : je suis une vieille ronchon. Du coup, forcément, ben j'ai trouvé que le truc n'était pas assez poussé. Pas autant qu'il aurait pu l'être en tout cas. Alors, je sais, c'est pour un jeune public. Mais je persiste dans ma conviction que jeune ne veut pas dire débilos (même si on est rarement aussi bête qu'à 15 ans, sorry not sorry) et que c'est aussi (et surtout) auprès des jeunes et de leurs esprits pas encore obtus de vieux ronchons que les auteurs peuvent se régaler à faire passer des messages. 
Parce que oui, il y a un côté un peu jeunesse aussi, pas dans le meilleur sens du terme : certaines choses sont trop explicitées, pas assez montrées.
Le déroulement de l'intrigue et les rebondissements ne sont pas forcément surprenants de bout en bout mais c'est bien mené. Et personnellement, j'ai quand même eu quelques petits effets de surprise, ce qui est bon signe. D'autant que comme il ne s'agit pas d'un thriller pur et dur, je n'attendais pas forcément des révélations fracassantes et une fin qui me laisse pantoise.
Le style est fluide, l'histoire entraînante, le rythme maîtrisé. Il manquait peut-être juste un peu de charme à la plume de l'autrice pour que je sois complètement conquise.
Par contre, il me reste quand même quelques questions à la fin malgré tout. Parce que sérieusement, pourquoi c'est pas devenu une ville fantôme ? Non, mais tous les ans, en un mois, y a 3 ados mâles minimum qui se noient comme des branques et personne ne déménage ? Why the fork ?
En tout cas, je l'ai fini depuis 3 semaines et je m'en souviens encore rudement bien.
Mon vrai reproche véritable (oui, c'est redondant, j'assume !), c'est le fond, les messages qui passent et transpirent derrière le récit (déjà, c'est un peu beurk de transpirer derrière un récit, mais passons). Il y a des petits traits féministes, mais pas tout à fait assumé, ça se veut nuancé, mais ça demeure plutôt manichéen (à cause de la fin, notamment). Bref, il y a un côté un peu "bridé", comme si l'autrice avait voulu rester très consensuelle alors qu'elle en avait sous la semelle. 
En tout cas c'est une bonne lecture si vous cherchez du distrayant, prenant, mystérieux et facile à lire. Vraiment. D'ailleurs, ne me huez pas, mais même la romance ne m'a pas dérangée alors qu'on est quand même dans un truc que tu vois arriver à des km, de plus loin que ma fille ne repère les oeufs de Pâques et c'est dire !

Ma lecture en un GIF : 



- L'ambiance
- Le mélange des genres
- Le rythme
- Certains personnages

Manque d'approfondissement des thématiques
- Côté un peu manichéen par moments

jeudi 11 avril 2019

La troisième Hemingway


Merci à NetGalley et aux Presses de la Cité

La troisième Hemingway de Paula McLain

Presses de la Cité, 2019, 480 p.

traduit par Florence Hertz

Biographie (romancée), Historique


Fin 1936. La jeune romancière Martha Gellhorn a vingt-sept ans mais déjà une solide réputation de globe-trotteuse. De neuf ans son aîné, Ernest Hemingway est en passe de devenir le monstre sacré de la littérature américaine. Elle est célibataire mais connaît les hommes, il en est à son deuxième mariage. Entre eux, la complicité est d’abord intellectuelle. Mais la guerre a le pouvoir d’attiser les passions… Du New York bohème à l’Espagne ravagée par le franquisme, les amis deviennent amants. Et les voilà repartis sur les routes, entre l’Amérique, l’Europe et Cuba. Seulement, au gré de leurs allées et venues dans un monde à feu et à sang et d’une
rivalité littéraire qui ne cesse de croître, les deux époux ne tarderont pas à goûter aux fruits amers de la vie conjugale…

Hemingway demeure une figure de la littérature assez fascinante. Mais les femmes qui ont partagé sa vie n'ont malheureusement pas connu le même sort auprès de l'opinion publique. Si Martha Gellhorn est une sacrée reportrice de guerre, son nom ne vient pourtant pas de suite à l'esprit (en tout cas au mien) quand on pense à des femmes complètement badass qui ont marqué leur époque.
Mais après avoir lu ce livre, vous ne l'oublierez plus.
Parce que c'est de ça que parle le bouquin. De comment une femme volontaire, déterminée, intelligente, courageuse et vraiment indépendante se fait bouffer par son mari, par leur amour. De comment elle s'invisibilise malgré elle. Comment tout ce qu'elle peut accomplir n'est finalement réduit qu'à "c'est la femme de". 
Ce livre saura séduire les fans d'Hemingway par la biographie en creux de l'auteur. Mais ce qui en ressort surtout, c'est le portrait d'une femme qui a le potentiel pour devenir un sacré role model.
Parce qu'il faut bien se l'avouer, continuer à avancer, à créer, à écrire quand on a tout à fait conscience d'être dans l'ombre d'un géant  nécessite une force de caractère peu commune. Se raccrocher à ses idéaux, à ce qu'on veut et demeurer aussi déterminée alors qu'on vit dans une société aussi machiste et patriarcale que celle des Etats-Unis en cette première moitié du XXème siècle, c'est juste admirable.
Alors oui, les fans d'Hemingway apprécieront ce qui se rapporte à l'auteur. Mais c'est surtout et avant tout un bouquin féministe, un portrait de femme forte et indépendante bien avant que ce soit la mode, une femme qui va devoir lutter contre la société et les lois qui la régissent (les reporters de guerre sont des hommes, tu devrais plutôt aller couvrir les évènements qui se passent loin du front petite), sa famille et sa mère plus particulièrement (marie-toi, pose-toi, fais des enfants) et surtout, son mari et l'ombre qu'il jette sur ceux qui l'entourent.
La passion qui va les dévorer va justement faire ça : les dévorer. C'est beau et intense. Ça ne peut pas bien finir et Martha en est consciente. Mais elle tente le coup. L'amour vaut le coup. Elle fait des concessions, des compromis, mais elle refuse de s'annihiler complètement, de ne plus être fidèle à elle-même. Elle doute, mais elle avance. Elle ne baisse pas les armes, elle se jette dans cette relation comme dans une lutte pour rester celle qu'elle est tout en aimant passionnément. Jusqu'au bout, elle essaie de faire en sorte que leur couple fonctionne mais à une condition : ne pas tout lui sacrifier. Et quand ça n'est plus possible, elle a le courage de regarder la vérité en face.
Sacrée bonne femme.
Et faut bien avouer que ce couple qui se déchire sur fond de guerres est hyper romanesque, comme l'écho de leur propre histoire sur le monde, ou l'inverse. 
Par contre, je dois bien avouer que j'ai trouvé quelques longueurs. Je n'ai pas été emportée par ma lecture, et certains passages étaient presque indigestes pour moi. Sans la figure hyper charismatique de Martha Gellhorn, j'aurais peut-être même abandonné. Question de goûts, donc hyper subjective, mais je préfère vous prévenir.  

Ma lecture en un GIF : 


- Martha Gellhorn
- Féministe à souhait
- La petite histoire dans la grande
- La passion très bien décrite

Quelques longueurs
- Pas charmée par la plume de l'autrice

samedi 6 avril 2019

Aberrations, tome 1 - Le réveil des monstres


Merci à Bayard et Babelio !

Aberrations, tome 1 - Le réveil des monstres de Joseph Delaney

Bayard, 2019, 352 p.

traduit par Marie-Hélène Delval

Fantasy, Jeunesse


Le Shole, un monstrueux brouillard, a englouti des régions entières de l'Angleterre et continue son expansion vers le nord. Ceux qui s'y trouvent piégés meurent ou sont transformés en créature immondes : les aberrations.
Dans le duché de Lancaster, Crafty, treize ans, est l'un des rares survivants qui peut traverser ces étendues maudites. Recruté pour servir au château, il devient l'apprenti d'une mystérieuse guilde qui l'envoie effectuer des missions dans les zones dangereuses. Mais bientôt, le garçon devine que les aberrations ne représentent peut-être pas le plus grand danger...

On ne va pas se mentir, quand Babelio m'a proposé de découvrir le premier opus de la nouvelle saga de Joseph Delaney, je me suis dépêchée de répondre OUI ! J'ai beau ne pas avoir fini la saga de L’Épouvanteur, j'aime assez l'univers qu'il a réussi à créer pour être hyper curieuse de savoir à quoi ça allait ressembler.
On va retrouver une ambiance relativement horrifique, un nouveau bestiaire pas piqué des vers, un tout jeune héros, mais la comparaison s'arrête là. 
L'univers a l'air bien réfléchi pour ce qu'on peut en voir. Il a d'ailleurs un petit goût de post apo pas désagréable. Au lieu de pluie meurtrière ou de catastrophe nucléaire, on a un brouillard qui s'étend dangereusement et de façon complètement imprévisible, en fait de zombies, on se retrouve avec des Aberrations qui sont des mutants touchés par ledit brouillard. Et la fin du livre laisse présager un vrai thème survivaliste pour la suite. Bref, c'est du post-apocalyptique transféré dans un monde fantasy, et c'est bien fait.
Evidemment, il s'agit d'un premier tome, alors les questions du pourquoi-comment restent sans réponse. 
Les personnages sont sympas sans être forcément très fouillés pour le moment (ce que je reproche assez souvent à la littérature jeunesse), même si on se retrouve finalement avec un espèce de Golden Trio à la Harry-Hermione-Ron. 
Niveau ambiance, c'est sombre et horrifique comme on pourrait s'y attendre. Cependant, c'est quand même de la jeunesse, donc j'ai pu supporter tout ça (même si j'ai ressenti bien plus de malaise que dans le premier tome de L'Epouvanteur). Âmes très sensibles s'abstenir, donc. A contrario, si vous êtes friands du genre, vous risquez peut-être d'être déçu par ce côté car certes, quelques passages font un peu grimacer et se dire boudiou-est-ce-que-j'ai-bien-fermé-la-porte-à-clé? mais ils sont brefs. Ce qui me convient très bien personnellement (en vrai, si j'étais confrontée à une invasion zombie, je serais tellement tétanisée que les mecs croiraient peut-être que je suis déjà décédée) (remarquez, ça peut être une combine de survie).
Il y a aussi quelques petits trucs "rigolos", des petits clins d'oeil de l'auteur, notamment sur la partie conspirationniste avec la Secte chelou persuadée que les autorités ne veulent pas que les gens s'aventurent dans le brouillard pour mieux les contrôler, ou même que les Aberrations sont nos potes. 
Par contre, c'est très jeunesse (oui, je sais que ce n'est pas un défaut en soi, que plein de trucs estampillés jeunesse sont formidables). Comme je l'ai dit, les persos restent assez superficiels en terme de personnalité et de motivation. Si quelques-uns sont franchement sympathiques ou mystérieux, on n'est quand même pas sur une construction psychologique qui nécessitent de chercher à comprendre le moindre haussement de sourcil. Tout est expliqué, pas d'implicite, si on te dit qu'un mec est méchant, il l'est pour de vrai et pire que ce que tu pensais, et s'il est gentil, il est tellement gentil qu'il pourrait crever pour toi sans soucis. 
Bref, ça manque encore un peu de nuances tout ça.
Mais mon vrai point négatif, c'est le rythme. Au début, l'auteur te pose son monde, son ambiance. Il fait en sorte que tu sois bien dedans. Et quand je dis bien, c'est pas en mode cosy, hein. Et ensuite, les péripéties s'enchaînent. Beaucoup. Et vite. Alors, oui, on ne s'ennuie pas. Mais sans vouloir un truc contemplatif, c'est bien quand on prend un peu le temps aussi. Sur ce point, c'est clairement trop jeunesse pour moi.
Donc, vraiment, j'ai bien aimé plein de points et j'ai pas mal envie de découvrir la suite. Mais je ne peux pas dire que j'ai pris du plaisir avec la plume de l'auteur. 

Ma lecture en un GIF : 


- L'ambiance
- Le Shole
- L'univers de façon générale
- Les clins d'oeil à la société actuelle


Personnages superficiels et binaires
- Problème de rythme
- Un peu trop jeunesse pour moi



Du même auteur