dimanche 13 mai 2018

Swimming Pool


Merci à Babelio et Rageot

Swimming Pool de Sarah Crossan

Rageot, 2018, 228 p.

Traduit par Clémentine Beauvais
Young Adult, Contemporaine

Kasienka vient d’arriver en Angleterre avec sa mère. Elle qui n’a jamais connu que la Pologne fait sa rentrée dans un pays qui n’est pas le sien, avec des gens qu’elle ne connaît pas, dans une langue qu’elle maîtrise mal. Et le soir venu, de quartier en quartier, elle cherche son père, qui a quitté le domicile familial sans laisser d’adresse. Bref, ce pays est gris, humide, et parfois assez inhospitalier. Heureusement, il y a la piscine, il y a l’eau. Et dans l’équipe de natation, il y a William…


Si vous passez ici depuis quelques temps, il est hautement improbable que vous ne m'ayez pas entendu déblatérer au sujet de mon amour pour le premier livre traduit en français de l'autrice : Inséparables. Une claque, un coup de coeur, de l'émotion, de la justesse, de la finesse et de la poésie. En gros.
Bref, je n'ai pas cherché à comprendre quand on m'a proposé de recevoir Swimming Pool. Mais j'avais des attentes grandes comme ça (bon, vous me voyez pas, mais je lève le bras très haut). 
Alors ai-je été déçue ? Est-ce que l'autrice aura su me convaincre une fois de plus ?

Ben, je vais être honnête, je pense que si je n'avais lu Inséparables avant, j'aurais eu un nouveau coup de cœur. Là, je connaissais la plume de l'autrice, la forme du bouquin (des vers libres, donc) et l'émotion que Sarah Crossan était capable de nous faire ressentir en un minimum de mots. C'est ce que j'attendais, c'est ce qu'elle a fait, mais il n'y avait plus cet effet "claque dans ta face".
Kasienka se retrouve en Angleterre après avoir émigré de sa Pologne natale, où elle se trouvait très bien. Le problème ? Son père s'était fait la malle quelque temps plus tôt, et sa mère est bien décidée à le retrouver. 
Kasienka - rebaptisée Cassie, vu qu'apparemment, son nom est trop difficile à prononcer pour ses pauvres anglais (sans déconner, la violence du truc, vous imaginez, vous arrivez dans un nouveau pays, on vous dit "ah, non, ton prénom il est casse-bonbon, on va plutôt t'appeler Cunégonde") - va donc devoir non seulement s'adapter à un nouvel environnement, maîtriser une langue qu'elle ne connaît que très peu, chercher son père dans Londres (ça va, c'est Londres, quoi, c'est pas juste gigantesque) mais aussi s'intégrer auprès des anglais dans son nouveau collège.

À partir de ce contexte (un peu moisi des pieds, vous en conviendrez), l'autrice va pouvoir aborder une foultitude de thématiques. Et ben, une fois de plus, c'est brillant. Avec justesse, subtilité, finesse, en conviant l'émotion au rendez-vous sans jamais tomber dans le pathos ou le drama (parce que Kasienka a un sacré caractère et une force psychologique incroyable), en quelques mots bien choisis, elle va nous montrer le quotidien de son héroïne. On va parler de l'attachement aux racines, aux parents qui devraient nous aider à grandir, à la lucidité de l'âge adulte qui commence à prendre le pas sur la naïveté de l'enfance. Kasienka grandit sous nos yeux du fait des épreuves qu'elle traverse, et elle se débat entre des injonctions contradictoires "obéis à ta mère", "va conquérir ta liberté", "ne mens pas", "ne fais pas de mal aux gens, surtout ceux que tu aimes". Ses dilemmes sont justes, et elle va osciller entre ce qu'elle sait être bien, ce qu'elle sait qu'on attend d'elle, et une dose d'égoïsme parfaitement normale.
Et  à travers Kasienka, on va causer immigration. La façon dont les étrangers sont accueillis (là, c'est en Angleterre, mais je pense qu'il y a quelques chose d'assez universel dans ce qui est décrit), parfois déshumanisés, les a priori et autres réflexions qu'ils subissent. Kasienka va vivre tout ça, et ça nous permet d'avoir un maximum d'empathie envers elle, mais envers les gens dans cette situation de manière générale.

Et vu l'actualité concernant les flux migratoires, ce n'est franchement pas de trop de voir un livre (surtout adressé à un public relativement jeune) rappeler que les "migrants" sont avant tout des êtres humains.
Mais l'autrice va aussi en profiter pour aborder le harcèlement, et en particulier le harcèlement scolaire. Insultes, isolement, rumeurs, bizutage, Kasienka va devoir traverser et survivre à ces épreuves, et là encore, c'est décrit avec énormément de justesse et de finesse. Les gosses en face de la jeune fille ne l'aiment pas, c'est clair, et les raisons de leur méchanceté évoluent : d'abord, c'est la nouveauté et les origines de Kasienka qui vont être en cause, mais au bout de quelque temps, on passe à quelque chose d'autre, à savoir une part de jalousie parce qu'elle est bien plus maline que ce qu'on pensait (incroyable mais vrai, les gamins en Pologne vont aussi à l'école) (ironie inside) et une part de quelque chose qui ressemble à la nécessité d'avoir un bouc-émissaire. Et là, le message devient encore plus universel, je trouve.
Finalement, je n'ai que deux petits regrets. D'une part, Kasienka est très jeune. Elle n'a que 13 ans, et même si sa vie lui a certainement fait gagner en maturité, je n'arrivais pas à me l'imaginer si petite. J'aurais plutôt vu une ado un peu plus âgée. Du coup, à chaque fois que son âge revenait sur le tapis, je tiquais. Et ça me faisait un peu sortir de ma lecture.

La deuxième chose, c'est que c'est très court. L'autrice va à l'essentiel, ses mots sont justes, je n'ai rien à redire là-dessus, mais je crois que je n'aurais pas craché sur une fin un peu plus développée tout de même. 

Ma lecture en un GIF : 



- Les thématiques abordées avec justesse et sensibilité
- Le style de l'autrice et sa poésie
- Le côté direct de ce qui nous est raconté, on va à l'essentiel
- Le panel d'émotions 

- L'âge de l'héroïne
- La fin un peu rapide



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7 commentaires:

  1. Chouette chronique !
    Je n'ai pas eu de coup de coeur pour Inséparables, peut-être que j'apprécierai plus celui-là maintenant que je me suis un peu familiarisée avec le style de Sarah Crossan... Ou peut-être pas, je vais pas en faire une priorité ^^

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  2. Et bien ! Tu me donnes terriblement envie de lire ce bouquin là **
    Mais je pense que je vais d'abord lire moonrise puisqu'il est dans ma PAL et je verrais ensuite :)
    Le sujet en tout cas m'intéresse !

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  3. Je me disais bien que j'avais déjà vu ce genre de couverture... :) Il faudrait que je tente avec l'expérience avec cette auteure, tu me rends vraiment très curieuse!

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  4. Les thèmes abordés donnent carrément envie, puis j'ai hâte de découvrir cette autrice !! En plus traduit par Clémentine Beauvais, ce doit être un petit bonheur... :)

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  5. Je vais ENFIN pouvoir lire Inséparables, dans genre une semaine ! J'ai hâte :D

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  6. Ton enthousiasme ajouté à tes GIFs forment un cocktail absolument détonant pour nous forcer à craquer, merci :)

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  7. J'avais beaucoup beaucoup aimé "Inséparables" moi aussi (si bien que je l'ai acheté en V.O., pour pouvoir découvrir les "vrais" mots de Sarah Crossan), et ton article m'a confortée dans mon envie de lire "Swimming Pool" !

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