mardi 27 novembre 2018

La fortune des Rougon - Le classique du mois

La fortune des Rougon d'Emile Zola

1ère publication : 1871

mon édition : ebook (gratuit !) Bibebook, 2016

poche : Le Livre de Poche, coll. Les classiques de poche, 2009, 475 p.

Classique





Il y a sur LivrAddict un challenge qui consiste à s'enfiler l'intégralité des Rougon-Macquart. Pas de limite de temps, juste l'idée que ce challenge risque bien de tenir sur plusieurs années. À un rythme de 2 par an, je pars donc pour 10 ans. Si c'est pas du projet à long terme, je ne sais pas ce qu'il vous faut. 
J'ai lu quelques livres de Zola (Thérèse Raquin, Germinal et un autre me semble-t-il) entre le collège et le lycée, mais ça n'avait pas hyper matché entre le père Zola et ma personne adolescente. C'était trop porrible, m'voyez ? Bref, maintenant, je suis grande, je lis du drame et du thriller sanglant sans sourciller, alors je me suis dit qu'il était temps qu'on se rencontre à nouveau.

Issus de la paysannerie enrichie, les Rougon portent en eux l'avidité du pouvoir et de l'argent. Une des branches de la famille, les Macquart, sera marquée par l'hérédité de l'alcoolisme, du vice et de la folie. Le coup d'Etat du 2 décembre 1851 entraîne les Rougon dans la conquête de Plassans, la capitale provençale du roman. La haine de l'empereur pousse Silvère, petit-fils de la matriarche, et Miette, sa femme, dans l'insurrection républicaine. De ces passions et de ces fureurs naîtront cent personnages, et celui, aux mille visages anonymes, de la foule et de la collectivité qui préfigure le XXe siècle.

La première chose, c'est une petite introspection personnelle, que vous voudrez bien me pardonner. Plus le temps passe, plus je me dis que mon moi ado avait particulièrement mauvais goût, en plus de pas être toujours une lumière.

Non, parce que sans déconner, c'est juste le premier tome, donc on a de la mise en place de dynastie (rapport que les Rougon-Macquart, pour rappel, c'est de la saga familiale bien tragique qui se déroule sous tout le Second Empire) et de multiples personnages, sans compter une petite recontextualisation historique mais surtout politique. Bref, c'est pas forcément celui qui sera le plus simple à lire. Et ben, c'est passionnant. Je vous promets que j'étais presque en mode page-turner. Pour un bouquin qui a 150 ans, c'est plutôt pas mal.

J'avais peur du style, des descriptions. J'avais tort. Ca se lit étonnamment bien et on est très vite pris dans l'intrigue.
Ceci dit, je ne vais pas m'attarder sur celle-ci en particulier, mais plutôt sur les thématiques et les personnages. Et je ne vais pas non plus pousser dans l'analyse de texte, d'autres gens le font bien mieux que moi.
Bon, après, on est quand même chez Zola. On se doute bien qu'il n'y aura pas vraiment de happy end. Clairement, les "gentils" (il y en a peu) ne sont pas récompensés, au contraire de pas mal de "méchants". Zola, il croit moyen-bof au karma.

Puis d'ailleurs, ça se sait dès le titre, hein : les Rougon seront les fortunés, tant sur le plan matériel que sur celui de la chance, et en parallèle, la branche Macquart sera bien moins lotie.
Le contexte politique, en plus d'être primordial pour l'histoire que l'auteur va raconter, est hyper intéressant. Zola n'était pas forcément un républicain convaincu et engagé, mais par contre, Bonaparte ne le faisait pas rêver du tout du tout et ça se reflète bien dans les personnages qu'il va nous présenter. Du côté républicain, on a des idéalistes convaincus (Silvère), des qui sont là pour suivre le mouvement (Miette) ou de sacrés salopiauds d'opportunistes (Antoine) qui sont prêts à retourner leur veste à peu près à n'importe quel moment. Mais les conservateurs royalistes sont encore plus mal lotis puisqu'ils sont représentés par Pierre Rougon, sa femme et quelques petits notables effrayés à l'idée de tout perdre dans une Révolution.

Les Rougon vont se servir de ce même contexte politique pour atteindre leurs ambitions. Faut admettre qu'ils ont en plus de sacrés buts dans la vie, puisque ça consiste en : devenir bourgeois pour pouvoir habiter de l'autre côté de la rue. À leur décharge, ils auront bien essayé de parvenir à s'enrichir autrement, mais ça n'a pas hyper bien fonctionné. Placements toupourris, études de leurs enfants ratées... Aucun de leurs plans pour s'élever socialement n'a réussi à fonctionner (en même temps, Pierre Rougon ne brille pas particulièremet par son intelligence, heureusement qu'il a une femme derrière lui). C'était bien utile d'exproprier sa pauvre mère, tiens ! 
Les personnages sont donc tous pourris, mais on prend un plaisir un peu malsain à les suivre, en espérant très fort qu'ils finissent par payer un peu pour leur cruauté et leur bêtise.

Quelques-uns sont quand même attachants, en particulier Silvère et Miette. Beaucoup trop naïfs, leur amour égaye tout de même un peu le récit.
J'ai aussi aimé le personnage du troisième frère, Pascal, le médecin qui reste assez à l'écart de tout cet imbroglio.
Je ne sais pas si c'est le roman idéal pour commencer les classiques, rapport que si je me base sur mon exemple personnel, il faut visiblement un peu de maturité pour vraiment apprécier, mais en tout cas, je n'ai qu'une hâte, lire La Curée qui est le tome suivant !

Ma lecture en un GIF :

6 commentaires:

  1. Comme toi, je ne garde pas un souvenir très positif du Zola de mon adolescence ! Et autant, Balzac, qui m'avait fait une mauvaise première impression avec Eugénie Grandet, s'était totalement rattrapé en suite, autant Zola, lui, avait plutôt creusé sa tombe au fur et à mesure des lectures... Mais ton enthousiasme me ferait presque mettre mon aversion de côté ! A suivre,donc...

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    1. Tiens, c'est marrant, mais j'ai encore plus peur de Balzac que j'avais de Zola. Il faudra peut-être que je tente également cet auteur à nouveau. En tout cas, je te recommande grandement de t'y remettre toi aussi.

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  2. Comme toi j'ai pas kiffé Zola dans mon adolescence (je garde un trèèèèèès mauvais souvenir de La curée). Du coup je suis moyennement motivée pour m'y remettre un jour (il faut dire que je lis assez peu de classiques aussi), mais tu me donnes presque envie de lui redonner sa chance dis donc :D

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    1. Franchement, celui-ci est passé crème. Par contre le suivant c'est justement la curée donc tu m'angoisse un peu là...

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  3. Moi non plus je n'avais pas tellement bien vécue mon expérience de Zola au lycée, il avait fallu toute ma force d'esprit pour aller au bout de L'Oeuvre.
    Mais je pense que comme toi, maintenant je serais beaucoup plus réceptive. En fait il y a certains livres qu'on devrait pas nous filer avant d'avoir validé un certain level de maturité je crois. Peut être que ça éviterai de dégouter certains de la lecture, en leur laissant faire le cheminement dans leur coin pour se tourner vers les "classiques" quand ils en auront envie et sans contrainte.
    Voilà, c'était le petit moment réflexion du jour !
    Des bisous !

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  4. Ah bah tiens la curée est un des deux seuls Zola que j'ai lu jusqu'ici et qui m'a pas spécialement plu, je vais probablement en tirer la même conclusion que toi : lycée et Zola ça fait trois. Par contre au bonheur des dames il m'avait bien plu, mais bon il est tout mignon celui-là ! Et je crois que c'est bien le seul... Ton avis me donne vraiment envie de me relancer dedans (si la période université me donne une maturité suffisante pour apprécier Zola, je n'en suis pas encore sûre), sachant que j'ai Thérèse Raquin qui m'attend !

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